Face au Brexit, repenser une Europe à la carte

Face au Brexit, repenser une Europe à la carte By: OLGA LEDNICHENKO - CC BY 2.0

Face au Brexit, il n’est pas interdit de vouloir refonder l’Union Européenne en intégrant toute la souplesse qui lui fait défaut depuis ces dernières années.

Par Michel Faure.

Face au Brexit, repenser une Europe à la carte
Face au Brexit, repenser une Europe à la carte By: OLGA LEDNICHENKOCC BY 2.0

Comme dans les chansons d’amour, l’Angleterre nous a quittés et je voudrais qu’elle revienne. Que faire pour cela, sinon réfléchir aux raisons qui ont incité 51,9 % des citoyens du Royaume-Uni à claquer la porte de l’Europe ? Je ne pense pas que ce soit la courbe des bananes ou la taille des concombres, mais plutôt une certaine désillusion, le sentiment d’une perte de contrôle, la dilution de la souveraineté, le sentiment d’appartenir à un ensemble démocratiquement déficient, trop bureaucratique et réglementé, sans frontière ni culture bien définies ni protégées.

L’Europe à la carte

La solution ? L’Europe à la carte, tolérante, souple, organisée autour des deux choix dominants au menu du continent, l’un libéral, l’autre constructiviste. Si ce clivage était reconnu et admis, chaque État – chaque peuple – pourrait choisir l’option pour laquelle il a le plus d’appétit.

Il n’est pas interdit aujourd’hui de « refonder » l’Europe en intégrant ce clivage fondamental qui sépare les 18 membres de la zone euro, et les 10 autres – les 9, désormais. Les premiers sont volontaires (ou condamnés) à plus d’intégration. Sa finalité non avouée, mais néanmoins évidente, serait une construction fédérale. Cette idée repose sur quelques bons arguments concernant la nécessaire gestion collective d’une monnaie commune, des économies d’échelle en matière de défense et de diplomatie, les moyens de protéger les intérêts stratégiques du continent dans un monde disruptif.

Les seconds ne sont pas dans l’euro et n’ont manifestement pas l’intention d’y entrer, et n’ont aucune appétence pour plus d’intégration, mais ils aiment bien le libre commerce. Que faire ? Revenir aux origines, celles de notre vieux « Marché commun ». Il nous faut aller plus avant dans le vaste marché libre européen, au sein duquel circulent les citoyens, les services, les capitaux et les marchandises, et dont la seule règle commune serait de préserver le caractère ouvert et concurrentiel.

Paix et prospérité

Ce vaste marché suffirait au bonheur et à la prospérité d’une Europe en paix. Tout le monde, sans doute, s’en accommoderait fort bien. Il devrait donc être le véritable socle de l’Union. Cependant rien ne devrait interdire certains, au sein de cette Union basée sur le marché, de faire de la politique et de s’engager sur la voie d’un « projet », et rien ne doit non plus obliger, bien entendu, ceux qui n’en ont pas envie d’y adhérer.

Cette Europe sans contrainte, du libre choix, pourrait être la nôtre, un espace que nous reconnaîtrions comme commun et partagé, du moment que resterait sauvegardée la liberté du grand marché européen et que ses frontières soient ouvertes, – ou entr’ouvertes – selon des règles consensuelles encore à définir, aux migrants et aux marchandises. Et qui sait ? Face à une Europe aussi souple et flexible, adaptée à chacun, un jour, peut-être, les Anglais viendront nous rejoindre, comme ils l’avaient déjà fait, avec enthousiasme, le 1er janvier 1973 ?