Insolite : 1% des Français sont « très » satisfaits de Hollande !

François Hollande By: Jean-Marc Ayrault - CC BY 2.0

Alors que l’état du pays semble se dégrader rapidement et que la morosité gagne les esprits, 1% d’irréductibles admirateurs de François Hollande continue de le soutenir contre vents et marées !

Par Nathalie MP.

Insolite : 1 % des Français sont « très » satisfaits de Hollande ! By: Jean-Marc Ayrault - CC BY 2.0
Insolite : 1 % des Français sont « très » satisfaits de Hollande ! By: Jean-Marc AyraultCC BY 2.0

Les grèves et les manifestations avec ou sans bris de glace se suivent et se ressemblent (et ça coûte des sous à la France), les frasques du Président et les couacs du gouvernement se suivent et se ressemblent, les camouflages de la dette et des déficits se suivent et se ressemblent, les idées destructrices et propagandistes de notre éducation nationale se suivent et se ressemblent, et comble de malchance en ce début d’été, il pleut sans discontinuer sur ce mois de juin inondé comme sur le quinquennat crépusculaire de François Hollande. L’impression de débandade non contrôlée est telle que la déprime politique me gagne. 

Désaveu du chef de l’État

Ce contexte particulièrement morose, dont on ne voit guère comment s’extraire d’ici l’élection présidentielle de 2017 (et même là… ), semble avoir gagné tous les esprits depuis un bon moment. Il s’accompagne d’un lourd désaveu à l’égard des capacités de François Hollande comme chef de l’État. Les péripéties de la loi Travail et la levée de boucliers qu’elle a provoquée à gauche, y compris chez des personnes, des partis ou des syndicats qui avaient ouvertement appelé à voter pour lui en 2012, est le signe imparable d’un ratage politique complet.

Il n’est donc guère étonnant que les sondages sur la popularité du couple exécutif se suivent et se ressemblent, tous plus désastreux les uns que les autres. J’en ai relayé un certain nombre dans de précédents articles et tous sans exception font état d’une dégringolade sans appel de François Hollande depuis son accession à l’Élysée. Deux « curiosités » toutefois, mais de faible durée : les Français ont été nombreux à resserrer les rangs autour du chef de l’État après les attentats islamistes de janvier et novembre 2015 en lui octroyant une cote de confiance de 40%, soit un bond de 20% dans les deux cas, pour s’en éloigner très vivement peu après.

En cliquant sur le lien (ici) de cet utile graphique interactif proposé par Le Point à partir des résultats des enquêtes de l’Institut Ipsos, vous avez tout loisir de cocher différentes personnalités politiques dans la colonne de gauche.

Valls falot

En opérant ainsi sur Manuel Valls, qui est Premier ministre depuis avril 2014 (suite à la défaite de la gauche aux municipales de mars 2014), on constate que sa popularité élevée de ministre de l’Intérieur (entre 50 et 60 % de juin 2012 à mars 2014) ne l’a guère servi ensuite, même en tant que successeur d’un Jean-Marc Ayrault sans relief. On observe la même chute que chez Hollande, modulo les exceptions « attentats » et modulo le fait qu’il reste toujours plusieurs points au-dessus du Président (mais l’écart se resserre vers le bas).

Les Français n’aiment plus Manuel Valls, ils le jugent incompétent, dépassé et stressé, mais celui à qui ils en veulent vraiment, c’est François Hollande. Soit ils n’ont pas voté pour lui et ne s’étonnent pas de voir que tout est pire que leurs pires anticipations, soit ils ont voté pour lui et le désenchantement est colossal. Car c’est bien lui, François Hollande, l’élu du peuple, qui avait promis une France apaisée, un exécutif irréprochable et une finance terrassée par les promesses du « vivrensemble », une France qui, grâce au « changement, c’est maintenant » allait atteindre à coup sûr des lendemains chantants et bondissants d’allégresse et de justice sociale.

Chômage, dette et croissance

Et bim ! Alors que tous nos voisins comparables semblent avoir récupéré un peu de santé économique depuis la crise de 2008, nous traînons chômage, dette et croissance poussive dans une explosion d’impôts et de cotisations sociales, et nous régressons dans de nombreux classements internationaux, aussi bien sur le plan économique qu’en termes de niveau des élèves ou de liberté de la presse.

IFOP juin 2016Le tableau est si sombre, l’impression de fin de règne si prégnante, qu’on en arrive à rire à gorge déployée lorsqu’on lit malgré tout dans les derniers sondages disponibles  qu’il se trouve encore 14 à 16% des personnes interrogées qui se déclarent satisfaites de François Hollande (graphique IFOP de juin 2016 ci-contre, ou enquête IPSOS de mai 2016 sur près de 20 000 personnes). Ramené au corps électoral qui était de 45,3 millions d’inscrits lors des élections régionales de décembre 2015, ce chiffre correspond quand même à 6,3 millions de personnes ! Mais le plus incroyable, c’est qu’il existe encore aujourd’hui un foyer d’irréductibles hollandais très satisfaits de l’action du Président. Ils représentent 1% des personnes interrogées, soit un peu plus de 450 000 personnes dans toute la France, l’équivalent des villes de Lille et Bordeaux réunies. Pas banal !

Incroyable 1%

Le site internet Slate a voulu en savoir plus sur cet incroyable 1%. La journaliste Aude Lorriaux a donc lancé sa petite investigation, sans trop de difficultés finalement, malgré les remarques sarcastiques reçues sur Twitter sur le mode « Il lui faudra passer à Lourdes pour obtenir un miracle » et autres petites blagues gentiment ironiques du même genre :

Parmi toutes les réponses reçues, elle a retenu 24 personnes, d’âges variant de 19 à 69 ans et de profils assez différents : aide-soignante, avocate, enseignant, steward, retraité de la SNCF, cadre dans l’informatique, volontaire du service civique… et sept étudiants. Tous ceux qui étaient en âge de voter ont voté Hollande en 2012 et tous voteront Hollande s’il est le candidat du PS en 2017. C’est du sérieux !

Il ressort des réponses de ces 24 témoins qu’ils sont fiers de soutenir François Hollande envers et contre tout, car les vents contraires sont pour eux l’indice que le Président va dans le bon sens. Comme tous les grands réformateurs, il est incompris, mais il tient bon pour faire prévaloir l’intérêt général.

Au nombre de ses réformes courageuses, ils citent d’abord massivement le Mariage pour Tous, puis la loi Travail, puis la fiscalité (dont l’impôt à 75% sur les plus riches, mesure cependant abandonnée), puis les réformes entreprises à l’Éducation nationale (rythmes scolaires, refonte des programmes). Si les Français ne voient pas que « ça va mieux », ce n’est pas parce que la politique est mauvaise ou hésitante, c’est avant tout un défaut de communication, doublé d’un Hollande-bashing aussi permanent qu’injustifié.

Au-delà des mesures prises dans le cadre des réformes, les 24 témoins jugent aussi que François Hollande est un personnage sympathique, doté de grandes qualités humaines et morales. Dans son rapport au pouvoir, il n’est pas monarchique, il est moderne. Ils sont tous intimement convaincus que le temps finira par rendre justice au Président :

« Ses qualités humaines me rassurent dans le bien fondé de sa politique et de ses projets. »

« On se rendra pleinement compte de l’héritage d’Hollande dans quelques années. »

C’est à se demander si l’on parle bien de la même personne. Il suffit de se remémorer quelques épisodes fracassants de sa vie privée, que même Sarkozy n’est pas parvenu à égaler, il suffit de se rappeler que la France vit sous le régime de l’état d’urgence depuis mi-novembre, il suffit de repenser à l’utilisation effrénée du 49.3 pour adopter des lois minuscules, pour conclure assez vite que, ni moderne ni monarchique, François Hollande est plutôt dans la catégorie des petits joueurs autoritaires et sans grandeur.

Ce que pense Dominique Villemot

La journaliste de Slate n’y a pas songé ou n’a pas osé aller jusque-là, mais elle aurait pu sans problème intégrer Dominique Villemot à son groupe témoin. De toute façon, on a une bonne idée de ce qu’il pense, ou du moins de ce qu’il pense en public, puisqu’il s’est donné la mission de porter la bonne parole hollandaise dans les médias et d’assurer le service après vente du gouvernement.

Qui est Dominique Villemot ? Dans mon portrait de Hollande intitulé Y a-t-il un mystère Hollande ?, je signalais en note que :

Le 30/09/2015, jour de la présentation du budget 2016, Dominique Villemot, présenté comme avocat et président d’honneur de l’association Démocratie 2012, se fendait dans Marianne d’une tribune intitulée « Hollande répare les erreurs économiques de la droite », en soutien du budget. Or Dominique Villemot est un ami de François Hollande, membre de la promotion Voltaire de l’ENA, décoré de la Légion d’honneur par le Président en 2013 et sa plume à l’occasion.

Eh bien M. Villemot, pas découragé le moins du monde, a récidivé le mois dernier dans L’Opinion en soutien des comptes publics 2015 et du « Ça va mieux » gouvernemental. Encore plus dithyrambique, si c’est possible, que les 24 témoins de Slate, il n’a pas hésité à déclarer : 

« On peut ne pas aimer François Hollande, on peut souhaiter le retour de la droite au pouvoir, mais l’honnêteté intellectuelle implique de reconnaître que, comme on le dit familièrement, François Hollande aura fait le job. »

Ah, si c’est l’honnêteté intellectuelle qui commande de tels propos, regardons dans le détail, ça promet d’être intéressant. J’ai déjà consacré des articles spécifiques aux comptes publics 2015 et au taux de chômage, et le moins qu’on puisse dire, c’est que l’enthousiasme apparemment béat qui anime Dominique Villemot a besoin de beaucoup de non-dits et beaucoup de comparaisons peu flatteuses pour se justifier.

La gauche qui gouverne

Aucune référence à la crise de 2008, sauf pour vilipender la politique de Sarkozy, aucune référence aux pays les plus performants de l’UE, mais la mise en avant de performances supérieures à celles de la Grèce ou de l’Espagne, notamment le fait que le pays n’a pas connu la récession sous Hollande et qu’il n’a pas été mis sous tutelle de l’UE ou du FMI. Et la promesse qu’en 2017, tout sera impeccable, croissance sautillante et chômage dûment retourné. Pour le chômage, on le croit sur parole. Ce n’est pas pour rien que François Hollande a annoncé vouloir mettre 500 000 personnes en formation. Joli travail de propagande que nous fait l’ami de François Hollande, une fois de plus présenté pudiquement comme « Avocat, président d’honneur de Démocratie 2012, auteur de La gauche qui gouverne. »

Confrontée régulièrement au choix d’un sujet de politique française, je ne sais plus quoi dire, tant il ne se passe plus rien depuis mars si ce n’est la réactivation permanente des mêmes ficelles du côté du gouvernement et l’absence de réaction du côté de l’opposition.

J’ai l’impression que notre vie politique est entrée dans une vaste zone marécageuse pré-électorale quasi-immobile et croupie qui va se déployer jusqu’à l’élection présidentielle de 2017. Sauf événement imprévu, tout va se jouer autour des candidatures des uns et des autres, primaires, pas primaires, bilan, inventaire, chiffres du chômage, comptes publics 2016, window dressing à tous les étages, etc. Ça va être affreusement long.

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