Il faut sauver le soldat Heetch

Il faut sauver le soldat Heetch By: Simon_sees - CC BY 2.0

Véritable « success story » de notre French Tech, Heetch est désormais en sursis depuis l’arrêté préfectoral interdisant « les applications de type UberPop » : quand cesserons-nous de pénaliser la nouvelle économie ?

Par Delphine Granier.
Un article de Génération Libre

Il faut sauver le soldat Heetch
By: Simon_seesCC BY 2.0

« On ne veut rentrer ni à pied, ni en tracteurs« , « Le chauffeur nous a sauvé la vie », « Sauvons Heetch !« … #TouchePasAmonHeetch : ces derniers jours, le hashtag de soutien à l’application française de « ride-sharing » lancée en 2013 est devenu viral sur les réseaux sociaux.

Véritable « success story » de notre « French Tech« , ce « service de mobilité nocturne » – comme il se définit lui-même – permet chaque semaine à quelque 50.000 jeunes franciliens de se déplacer librement d’un côté et de l’autre du périph’. En sursis depuis l’arrêté préfectoral interdisant « les applications de type UberPop« , paru il y a un an en pleine fronde des taxis, Heetch se retrouve sur le banc des accusés.

Heetch devant le juge

Mis en examen pour concurrence déloyale, les fondateurs de l’application sont passés ce mercredi devant le juge. Parmi les chefs d’inculpation, Heetch est d’abord soupçonné « d’organisation illicite de mise en relation » avec des chauffeurs amateurs. Se connecter de son plein gré sur une plateforme pour proposer ou rechercher une course serait ainsi délictuel.

L’application est également accusée de « complicité d’exercice illégal de la profession de taxi ». Pourtant, les chauffeurs sont des amateurs, qui ne se revendiquent pas autrement, qui roulent la nuit, entre 20h et 6h, pour arrondir leurs fins de mois, financer un projet personnel, amortir l’achat de leur voiture, dans la limite autorisée des 6.000 euros de revenu annuel correspondant aux frais d’amortissement de leur véhicule.

Les utilisateurs, eux, empruntent en parfaite connaissance de cause ce service non professionnel dont la qualité est garantie par un système communautaire de notation des chauffeurs inscrits sur la plateforme. Heetch, enfin, est suspecté de « pratique commerciale trompeuse ». Rares sont pourtant les « commerçants » qui, comme l’application, n’imposent aucun tarif et laissent l’utilisateur libre de donner ce qu’il souhaite !

L’irruption d’un acteur concurrent n’est naturellement jamais plaisante. Depuis plusieurs mois, taxis et VTC vouent aux gémonies Heetch et sa concurrence déloyale. Mais prétendre qu’un trublion roule sur ses plates-bandes dès lors que l’on tremble devant sa menace, n’est-ce pas plus déloyal encore ? La soi-disant concurrence de Heetch est un leurre : 80% des utilisateurs n’ont jamais pris ni VTC ni taxi ! Âgés de moins de 25 ans pour la plupart, et habitant en banlieue dans 70% des cas, les utilisateurs de Heetch sont les anciens laissés pour compte.

Avant Heetch, rares étaient les taxis à daigner passer le périph’. Avec Heetch, la mobilité désenclave la banlieue. Avant Heetch, les jeunes guettaient les bus de nuit ou tiraient au sort des capitaines de soirée. Avec Heetch, ils échappent au folklore nocturne des Noctiliens et aux dangers des fins de soirée au volant.

Démocratisation de la nuit parisienne

Fidèle à la théorie de Max Weber selon laquelle « le marché rend libre », l’arrivée de Heetch a permis d’offrir aux jeunes plus d’autonomie grâce à un service peu coûteux et efficace, de démocratiser la nuit parisienne encore trop réservée à la « petite ceinture », et de faire rimer liberté de sortir avec sécurité pour rentrer.

Aux Cassandre paternalistes qui hurlent à l’idée de laisser nos jeunes monter dans la voiture d’inconnus, rappelons qu’Heetch assure en permanence le tracking de ses chauffeurs, supprime de sa plateforme les moins bien notés et réserve un tiers de la commission prélevée sur chaque course pour couvrir les passagers, en cas d’accident. Les noctambules sont séduits.

À l’annonce du procès des dirigeants de Heetch ce mercredi, l’application fut submergée par les appels à témoigner de ses utilisateurs. 27 associations étudiantes se sont également réunies pour appeler « Mesdames et Messieurs les politiques » à soutenir Heetch. Avant de faire entrer l’accusé, une question brûle les lèvres. Ne serait-il pas temps de faire confiance à la jeunesse ?

Article paru dans Challenges

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