Label French tech, véritable coup de pouce pour les start-ups ou belle arnaque communicationnelle ?

Publié Par Vladimir Bressler, le dans Entrepreneuriat
French Tech au Mobile World Congress de Barcelone en 2015

Crédits : Romain Métivier, CC-BY-NC 2.0

Décerné à 13 villes depuis 2014, le label « French Tech » mis en place par le gouvernement français vise à assurer une croissance et un rayonnement des start-ups numériques françaises. Neuf Métropoles French Tech ont ainsi été labellisées lors d’une première vague il y a deux ans, offrant une visibilité nationale à un réseau d’écosystèmes de start-ups implantées localement. Le label French Tech Hub a ensuite été mis en place dès 2015 pour se positionner cette fois à l’échelle mondiale en structurant les French Tech dans les grandes métropoles d’innovation (New-York, Tokyo, Moscou,…), processus qui se poursuit cette année et s’accompagne d’une importante campagne de communication. Ce label est pourtant controversé, de par les dépenses d’argent public qu’il implique, et son intérêt relativement limité en termes d’efficacité concrète pour les startups.

Sur la page Qu’est-ce que la French Tech du site dédié LaFrenchTech.com au nouveau label « French Tech », des bulles fusent de toute part, dans lesquelles on peut notamment lire « La French Tech, c’est une idée géniale ! », « Enfin on parle des start-ups en France ! » ou encore « J’adore votre logo ! »

Label French Tech
Sans modestie aucune, le gouvernement présente son concept comme une idée révolutionnaire et prometteuse – ce qui pourrait déjà suffire à nous faire douter de son réel intérêt… Le phylactère « Ce serait pas que de la com’ ? » semble finalement le plus sensé, et le plus justifié. À quoi sert vraiment ce nouveau label ? Était-il vraiment indispensable ?

Un label French Tech sans équivalent

Lancé par le gouvernement français, le label French Tech a pour objectif déclaré « de faire de la France entière un vaste accélérateur de startups : un réseau de quelques écosystèmes attractifs. » Belle ambition. Ce nouveau label divise pourtant le public car si les intentions du gouvernement semblent plutôt nobles, une labellisation « French Tech » ne semble pas avoir beaucoup de sens. Et pour cause, sur la scène internationale, on ne retrouve aucune initiative comparable, aucun équivalent. Comme le relevait avec ironie Idriss J. Aberkane (dans LePoint.fr du 18 février), lançant la polémique, personne ne parle de German Tech ou de Japanese Tech… Pourtant, la réputation de la technologie allemande et de l’innovation japonaise ne sont plus à faire.

Que pourrait vraiment apporter un label pour promouvoir la technologie nationale dans ce cas ? Assurément pas grand-chose. Dans le pire des cas l’effet pourrait même se révéler contre-productif, promouvant et accréditant à l’échelle internationale l’idée qu’il y aurait d’un côté la technologie française labellisée par notre propre gouvernement, et de l’autre… toutes les autres technologies, de fait au rabais, non labellisées. Ce label pourrait aussi conforter certains préjugés visant à dire que les Français pensent être supérieurs aux autres. Impact communicationnel plutôt moyen.

Alors, que peut-on vraiment attendre d’un tel label ?

Concrètement, le label est décerné à un pôle métropolitain censé couvrir et supporter un écosystème local de startups. Sont promis sur le papier des bénéfices pour la startup de l’écosystème labellisé (pouvant alors utiliser le label comme forme de marque commune), bien qu’aucune contribution financière ne soit versée. On ne peut toutefois nier l’impact d’une telle labellisation au sein même du pays. En effet, la région parisienne concentrant à elle seule environ 60% des startups nationales, elle masque de fait le caractère innovant des autres régions. Avec la labellisation French Tech, on a d’ores-et-déjà pu voir émerger des villes qui n’étaient pas particulièrement connues pour leurs jeunes pousses, telles que Nantes ou Montpellier. De ce fait, le label du gouvernement leur a bien offert une visibilité nouvelle, et prouve donc son impact local : il permet en quelque sorte d’assurer sur une durée plus ou moins longue la promotion de startups jusque là occultées.

Sur le plan international en revanche, le bilan est nettement moins probant. D’abord parce qu’il y a un manque évident de comparatifs possibles. On ne pourra jamais vraiment apprécier la valeur de la technologie française sans d’autres labels similaires auxquels mesurer le nôtre. D’autre part, difficile aujourd’hui de comprendre en quoi ce label permet de promouvoir les startups à l’étranger. Parler d’une technologie française innovante et sans cesse en évolution passe encore, mais le fait de désigner au sein même d’un pays des métropoles particulières risque d’effriter l’aspect promotionnel de la labellisation en l’éparpillant, alors qu’elle devrait davantage imprimer une dynamique globale. D’un point de vue extérieur, on peut très bien s’intéresser globalement à la France en tant que pays innovant sans avoir besoin de connaître spécifiquement les régions qui le seraient « plus que d’autres ». L’idée même est d’ailleurs profondément absurde. Une startup est toujours une entité indépendante, faite d’individus, et non nécessairement connectée à une métropole ou autre collectivité locale qui se serait assignée pour mission de favoriser l’innovation.

Une stratégie de communication coûteuse (et une aide de zéro euro pour les startupeurs…)

Côté moyen, cette action du gouvernement a évidemment un coût. Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique, a déjà déboursé quinze millions d’euros. Il faut ajouter à cela deux cent millions d’euros prévus en partie pour financer des accélérateurs de startups. Un coût certes dérisoire comparé au déficit public, mais une communication un peu trop onéreuse si l’on considère les bénéfices qui pourraient être éventuellement générés. Rappelons-le, aucune rémunération financière n’est attribuée aux startups innovantes porteuses du label French Tech. L’argent grillé dans le plan com dans le seul but d’instituer ce label aurait tout aussi bien pu être directement alloué aux startups, qui en ont cruellement besoin, et sur lesquelles se reposent précisément les métropoles pour réclamer le label… Logique politique, quand tu nous tiens… Il convient également de se demander si la France a besoin ou non de communiquer sur sa puissance technologique. Son succès devrait se démontrer de lui-même, sans nécessairement passer par des intermédiaires.

Quelle conclusion pour le label French Tech ?

Au final, l’intérêt du label French Tech se justifie essentiellement à l’échelle nationale. Les métropoles labellisées en sont les réelles bénéficiaires et non véritablement les startups elles-mêmes. Les vrais gagnants de cette campagne gouvernementale sont les collectivités locales. Comble du comble quand on pense que l’un des principes disruptifs majeurs de l’économie du web est de se passer des intermédiaires. Et de voir large, « scalable », à l’international. Le label ne se justifie en rien sur le plan international, où il n’a tout simplement aucun sens. Car créé de toute pièce par l’État dans les limites de notre territoire, aucune comparaison avec d’autres pays n’est véritablement possible (pas de classement, pas d’effet de challenge, pas de valeur relative). Donc… pas d’avantages concrets au niveau national ou des acteurs eux-mêmes, ni de reconnaissance à l’échelle internationale… Le gouvernement risque de payer cher une idée qu’il ne peut réellement rentabiliser, et dont les bénéfices sont totalement virtuels aux yeux de ceux qui constituent pourtant le corps de cette French Tech : les startupeurs eux-mêmes.

On ne peut encore parler de French Tech comme on parle de French Touch – l’expression s’était popularisée d’elle-même, grâce aux Frenchies qui perçaient sur la scène artistique internationale – mais peut-être est-ce précisément là une tendance qu’il s’agirait d’initier. Dans le cas des startups tech innovantes, rien ne permet pour l’instant d’instituer une catégorie à part pour les Frenchies, en tout cas pas dans leur mode d’organisation si ce n’est l’omniprésence caractéristique de l’État jusqu’à ce label dont il faudrait les affubler… Mais il est indéniable qu’une certaine façon de procéder pourrait finir par démarquer l’entrepreneur français, cultivé et raffiné d’un côté, amateur de belles choses et de travail bien fait, ancré dans une certaine tradition classique et humaniste, et au tempérament tout à la fois frondeur de l’autre côté, révolutionnaire, et même pour ainsi dire barbare. Le label est à ce jour une coquille vide, mais maintenant que la marque existe, il reste possible d’en faire quelque chose si nous décidons ensemble et tout un chacun, entrepreneurs, de nous l’approprier pleinement. Disrupteurs des 4 coins de France, faisons émerger une authentique French Tech en affirmant notre style !

  1. Je préfère que le gouvernement fasse de la com, même couteuse, plutôt que d’arroser les startups d’argent public (d’ailleurs il y a la BPI pour ça…) et de se mêler de leur gouvernance. Le bénéfice direct aux startups est limité, mais ça permet d’attirer l’attention des gens etc.

    En aucun cas ce n’est un label « qualité » pour les startups, et un investisseur qui ferait confiance à un gvt pour lui dire où mettre son argent mériterait de le perdre.

    Enfin, il est important de voir l’utilité politique : de toute façon, Macron et Lemaire doivent cramer un budget en « agissant pour l’économie « , avec la French Tech ils le font de manière non interventionniste et peu ou pas néfaste. Quand on compare la French Tech à Montebourg, on est content !

    1. avec des sommes qui restent raisonnables, c’est sans doute vrai, mais comme souvent en france , la tentation sera de demander plus en cas de non résultat, plutôt que d’arrêter les frais….on croule sous l’empilement de mesurettes inutiles.

    2. Combien de neveux et nièces de politiciens montent des start-ups dans la com, et combien dans l’innovation ?
      Que le gouvernement cesse d’ « aider » les start-ups grâce aux fonds des taxes sur celles qui auront survécu et des impôts sur les business angels !

  2. Du gaz et un bon aspirateur à subventions je pense. Pour le reste, je me marre, comme si l’état savait faire de la startup.

    Pour aider les startups, mieux vaut baisser les charges massivement, ca va booster le business et attirer les investisseurs. Le reste c’est du vent.

  3. Une petite coupe peut-être ? …et des médailles.
    C’est une secte comme les autres 🙂

    1. C’est bien ça: des politiques qui n’y connaissent rien, comme d’habitude, ont trouvé le moyen de se faire mousser en visitant des salons en en inaugurant d’autres … C’est comme le « label rouge tellement répandu qu’il ne veut plus rien dire. De plus, en informatique, si on veut que le programme ait une chance, il faut qu’il soit d’emblée, international, évidemment. Donc cela vaudra sur le plan franco français mais « peanuts » à l’international! Mais si ça fait plaisir aux chauvins, pourquoi pas? On ne va pas tirer sur l’ambulance!

  4. Je tiens à préciser que je n’ai pas fini de lire l’article.
    Seulement, le fait que dans d’autres pays un telle démarche n’existe pas, ne signifie guère qu’alors elle ne servira pas.
    D’ailleurs, il y a toujours un premier. Peut être c’est un trait justement de l’innovation.. faire ce que les autres n’ont pas encore fait.

    Et concernant la visibilité de la technologie allemande ou japonaise, j’ai envie de dire ‘chacun ses canaux de communication’.

    Résidente argentine, après plus de dix ans d’étude et travail en France, je trouve en effet assez surprenant la méconnaissance du niveau technologique francais.

Les commentaires sont fermés.