La torture deviendrait-elle acceptable pour les Français ?

Publié Par Contrepoints, le dans Libertés publiques

Par la Rédaction de Contrepoints.

torture cell

torture cell By: Damien @ FlickrCC BY 2.0

Un sondage IFOP pour ACAT France d’Avril 20161 s’intéresse entre autres à l’acceptabilité de différents actes de torture et au sentiment personnel des Français vis-à-vis de cette pratique. Dans une actualité marquée par le terrorisme, les résultats sont instructifs pour qui veut comprendre jusqu’où une population effrayée est prête à aller pour se sentir en sécurité.

Qu’est-ce que la torture ?

Première information, s’il est totalement exclu de parler de gradation dans la gravité d’un acte de torture, les Français semblent trouver que certains actes sont plus faciles à justifier que d’autres. Les variables qui pilotent cette facilité semblent nombreuses, depuis l’empathie que peut susciter le torturé, jusqu’à la menace qu’il fait potentiellement courir à la société en passant probablement par la qualification même du comportement en acte de torture.

On apprend par exemple que 57% des Français trouvent acceptable qu’un gardien de prison place un détenu à l’isolement complet pendant 10 jours pour le punir. L’empathie pour le prisonnier est alors certainement faible. 54% des interrogés pensent qu’il peut être justifié d’envoyer des décharges électriques sur une personne soupçonnée d’avoir posé une bombe prête à exploser. Ici, c’est la menace, que fait peser le torturé sur la société, surtout dans le contexte actuel, qui semble primer. En 2000, ils n’étaient que 34% à le penser.

42% des Français (contre seulement 26% en 2000) pensent que si des fonctionnaires bâillonnent et menottent un immigré clandestin qui s’oppose à son expulsion, cela peut se justifier, et 39% d’entre eux (contre 44% en 2000) qu’il en est de même pour un dealer qui serait brutalisé pour qu’il avoue où il cache la drogue. À la guerre comme à la guerre, 31% des interrogés (contre 25% en 2000) pensent qu’il est justifié qu’un soldat prisonnier soit privé de nourriture jusqu’à ce que son adversaire obtienne des informations. Enfin, 25% de la population considère qu’un policier peut dans certains cas gifler un individu pour lui faire avouer un crime.

Part de la population qui trouve justifiée ou non la torture selon le comportement.

Part de la population qui trouve justifiée ou non la torture selon le comportement.

L’empathie envers les immigrés clandestins semble avoir légèrement augmenté depuis 2000 mais les autres comportements montrent une tendance sociétale bien peu engageante : les actes de torture entrent peu à peu dans le domaine de l’acceptable. On pourrait penser que les interrogés ne voyaient pas tous les comportements décrits comme des actes de torture et que présentés ainsi, ils auraient peut-être amené à plus de recul. On déchantera en observant les chiffres suivants : 36% des Français pensent que la torture est acceptable dans certains cas exceptionnels alors que 64% la trouvent inacceptable quelles qu’en soient les circonstances. En 2000, ces derniers étaient 73%…

Dans le spectre politique, cette proportion, de la gauche vers la droite, décroit de 76% (Front de Gauche) à 62% (Les Républicains) et s’effondre à 43% pour les sympathisants du Front National.

La torture est-elle efficace ?

Une proportion significative de Français semble par ailleurs trouver que la torture peut être un moyen efficace pour atteindre certains objectifs. On notera par exemple que 58% des interrogés pensent qu’elle est efficace pour obtenir des aveux, 45% pour prévenir des actes de terrorisme et obtenir des informations fiables, 37% pour punir des délinquants ou des criminels, 28% pour prévenir la récidive et 24% pour réprimer les opposants politiques.

Part de la population qui trouve efficace ou non la torture pour différents objectifs.

Part de la population qui trouve efficace ou non la torture pour différents objectifs.

On remarquera que les proportions qui concernent la prévention et la répression restent significatives alors que l’obtention d’aveux rassemble 58% des interrogés autour de la notion d’efficacité de la torture.

Un sujet peu préoccupant

Si 83% des Français se sentent concernés par le réchauffement climatique, 79% par la faim dans le monde, 76% par la protection des animaux, 70% par la peine de mort et 63% par l’accueil des réfugiés, seuls 51% se sentent concernés par le recours à la torture. On laissera au lecteur le soin de conclure sur les 25% qui séparent la protection des animaux et le recours à la torture.

Parmi ces 51% de Français, ce sont surtout les personnes âgées de 50 à 64 ans (56%) et de plus de 65 ans (63%) qui se sentent concernées. Les générations les plus jeunes se sentent moins concernées que la moyenne. À titre personnel, 18% des Français se sentent capables de recourir à la torture dans ces circonstances exceptionnelles. La proportion est plus forte chez les moins de 50 ans, en cohérence avec la précédente question, mais surtout, si seuls 10 à 15% des sympathisants des partis du Front de Gauche aux Républicains se sentent capables de recourir à la torture, 41% des sympathisants du Front National pourraient y recourir à titre personnel.

Des chiffres alarmants

Si une majorité de Français rejette la torture, les proportions croissantes observées de personnes favorables sont inquiétantes. Doucement mais sûrement, s’installe l’idée que l’on peut justifier la torture face à une immigration indésirable et aux actes de terrorisme. Par ailleurs, au regard des chiffres, il sera inutile à Marine Le Pen et à ses partisans d’essayer de vendre une normalisation de son parti étant donné l’écart plus que significatif qui existe sur la question de la torture entre les sympathisants du Front National et ceux des autres partis.

Toujours est-il que l’on ne sait pas si c’est l’adhésion croissante au Front National qui explique la montée de l’adhésion aux actes de torture ou l’inverse. Dans tous les cas, l’état d’urgence sans cesse prolongé qui viole l’État de droit quotidiennement sans effet sur la sécurité au quotidien ni pendant l’Euro et le débat sur la déchéance de nationalité et les fichés S ont probablement ouvert des portes qu’il aurait mieux valu laisser fermées. On ne peut pas normaliser les privations de liberté les plus évidentes au nom de situations commodément exceptionnelles et espérer qu’on ne fera pas ressortir ce qu’il y a de plus mauvais dans une frange au moins significative de la population…

  1. L’enquête a été menée auprès d’un échantillon de 1 506 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération. Les interviews ont été réalisées par téléphone du 12 au 14 avril 2016.
  1. Il y a une différence entre dire et faire. Je rappelle que seuls l’Europe, le canada et l’australie ne pratiquent pas la torture (même les USA la pratique).
    Ce sondage est une catastrophe pour le vivre ensemble et montre bien le danger du populisme abominable dans lequel le francais glisse inexxxooorrrraaabblleemmennt…….cétroporible ma bonne dame.
    Bon, sur ce, je vais reprendre un deuxième croissant et me resservir une deuxième tasse de thé.

  2. Bonjour

    « des fonctionnaires bâillonnent et menottent un immigré clandestin qui s’oppose à son expulsion,  »

    Je ne vois pas de torture dans ce cas, il n’y a pas de volonté de faire souffrir.

    1. J’ai eu la joie de voir le traitement réservé aux clandestins à Mayotte, bien avant l’actuelle crise des migrants. Pas des criminels, juste des hommes, femmes et enfants, mis en cage. C’était gentil, bien sûr : seuls les hommes étaient menottés. Les barreaux étaient suffisants pour les autres. Pas de volonté de faire souffrir, on est le pays des Droits de l’Homme, hein. Mais leur regard m’empêche encore de dormir la nuit.

      1. Je persiste et signe, ce n’est pas de la torture. Appelez cela atteinte à la dignité humaine ou autres.
        C’est juste l’application d’une contrainte dans un état de droit.
        Un individu viole la loi, il y a contrainte en retour de la part de la force publique et c’est normal et libéral.

        Apres que vous soyez pour les frontières ouvertes est un autre débat.

        1. Surtout que les organisations de gauche donnent aux migrants illégaux le conseil de se débattre, d’hurler, d’appeler à l’aide de la manière la plus spectaculaire possible lors de leur reconduite hors des frontières du pays. Résultat : un drame épouvantable comme celui de Semira Adamu, une jeune femme bâillonnée, morte d’étouffement il y a quelques années en Belgique.

    2. Faites l’expérience, en vous bâillonnant vous-même lorsque que vous avez déjà le nez bien enrhumé. Prévoyez de pouvoir l’enlever facilement.

      1. C’est le travail de la force publique de vérifier que les entraves ne sont pas dangereuses.
        Les entraves n’ont pas pour but de faire souffrir, mais juste de rendre possible l’expulsion.

        Le libéralisme, ce n’est pas le royaume des bobos, c’est un état régalien avec des contre-pouvoirs qui applique la loi par la contrainte.

    3. @gillib Je vous rejoins en ce sens qu’à l’écoute du sondage et sans en avoir les détails comme dans cet article, la torture ne recouvrait pas pour moi certains des actes cités. Du coup, je suis allée voir la définition qui comporte deux éléments. La violence volontaire et une forte souffrance. Donc deux questions: quel type de violence et où commence la forte souffrance? J’en déduis qu’il est difficile d’avoir une définition précise et objective de la torture.
      L’ACAT a sa définition qui est lrévusée dans l’énoncé des questions. Mais à trop élargir le sens, on finit par faire des amalgames abusifs. Publier un sondage sans rien préciser sur le mot « torture » s’apparente à de la manipulation: la plupart des gens pensent spontanément aux tortures pendant la guerre d’Algérie par exemple. Je ne suis oas en train de justifier la violence ou les atteintes à la dignité d’autrui, simplement on ne gagne rien à tout mélanger. Mais c’est malheureusement fréquent avec les associations. Même quand elles ont des buts nobles…

  3. le plus grave est d’avoir réalisé un tel sondage , le résultat importe peu , seuls des imbéciles ont pu y répondre.
    n’oublions pas que la torture fait partie du quotidien seul son niveau ou sa forme varie en fonction des situations..un simple PV est un acte de torture , avoir a faire avec une administration est sans doute la torture la plus courante en France et la cause d’une belle mortalité !.

    1. Oui, le pire est de mettre à disposition de tous les résultats de ce sondage, pas forcement fait avec déontologie. La torture n’a jamais solutionné quoique ce soit, hormis la satisfaction de sadiques. Si ennemi il y a, seule la privation de liberté est à mettre en œuvre, mais de façon humaine c’est à dire sans traumatisme physique ou psychique.

      1. sans traumatisme physique ou psychique.

        Honnêtement : c’est difficile de ne pas être traumatisé. Rien que d’être enfermé sans liberté dans 4 m2 est un traumatisme physique et psychique.
        De même un interrogatoire à 02:00 ❗

      2. « seule la privation de liberté est à mettre en œuvre, mais de façon humaine c’est à dire sans traumatisme physique ou psychique. »

        Où comment rentrer dans un monde parallèle de bizoubizou, une sanction indolore, des notes tjs non traumatisantes, le droit à des câlins, etc..

        Melitor, ou le monde merveilleux de l’état maman.

      3. « seule la privation de liberté est à mettre en œuvre »
        qui est libre dans ce monde ? personne. la privation de liberté permet uniquement de retarder une remise en semi liberté .cela ne résout rien , cela donne qu’un instant de répit a la société et libère une place pour un autre prédateur , ce n’est donc pas une solution ….surtout pour les terroristes et autres fanatiques plus ou moins fous

  4. quand on lit des choses pareilles , on se demande si l’évolution de l’homme va dans le bon sens ; j’ai l’impréssion qu’au fil du temps l’humain devient de plus en plus inhumain ; en dehors de ça , nous pratiquons déjà la torture mais sur les animaux ( poulaillers industriels , abbatoirs , moules jetés dans l’eau bouillantes , animaux parqués et privés de leur liberté , ….)

  5. Avant de poser la question de la torture, on pourrait peut-être poser la question préalable de la tolérance zéro : responsabilité entière des délinquants, application intégrale des peines prononcées et des lois, respect complet des libertés des honnêtes gens. Si vous vous demandez si mon chien mord, je vous réplique que c’est un gentil toutou … jusqu’à ce que vous l’aiguillonniez quotidiennement dans un coin avec un bâton. Le peuple est comme lui.

  6. j’avoue que l’idée de torturer un certain Martinez m’a traversé l’esprit ……..

    1. Lui arracher les poils de la moustache un par un ❓

      1. plutôt les poils du c.. histoire de voir perler quelques larmes !

  7. La torture est inconstitutionelle aux USA.Georges Washintown a promulguée une ordonance miilitaire punissant sévèrement sa pratique.Les interrohgatoires sèvères c’est à dire des sévices pas des tortures ont étés interdits en 2005 grace au courageux combat de John Mac Cain lui meme victime de torture de la part des communistes Vietnamiens.En France cette pratique àb étée expréssément interdite par le Général de Gaulle…
    De toute facon une telle pratique est contraire au droit international et à notre constitution.Mme le Pen voudrait-elle réviser la constitution pour légaliser cette pratique en France? Es-on bien sur que cela ne sera pas contreproductif en terme de coopération internationale ou de radicalisation terroriste?

    1. @libre:
      La torture est en effet inconstitutionnelle aux USA. C’est pourquoi les services américains vont la pratiquer en dehors du territoire national…

  8. Ces chiffres font froid dans le dos et sont d’autant plus inquiétants quand on remarque, comme vous l’avez fait, que les jeunes sont ceux qui acceptent le plus la torture.

    Il y a un gros travail pour convaincre les gens que non seulement elle est inefficace et l’a toujours été mais surtout elle est incompatible (moralement et logiquement) avec un système libéral qui défend les droits individuels

  9. Il faut avoir vécu dans un pays en Guerre civile pour savoir ce que représente un terroriste que vous avez capturé et qui connait la planque d’une centaine de bombes explosives (sous forme de boites d’allumettes). On l’appelait à l’Epoque « Ali la Pointe » Alors il faut qu’il parle. Le patron du Shin Beth en 1983 disait « contre le terrorisme tout est permis ». Alors au nom du « tout est permis contre le terrorisme » permettons nous tout:

    1. Un doyen de fac de droit de l’ancienne génération d’avant la baby-boom, célèbre pour ses aphorismes qui réjouissaient ses étudiants, en avait sorti un qui colle parfaitement à la situation et à l’article.
      C’est une simple constatation. « Quand les canons ouvrent leur gueule, disait-il, la Justice ferme la sienne »

  10. Je trouve cela effroyable!

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