Brexit : les conservateurs se divisent sur l’Europe [Replay]

Publié Par Contrepoints, le dans Europe
LSB

Laetitia Strauch-Bonart copyright Hannah Assouline/Éditions du Cerf.

La campagne pour le Brexit divise l’opinion publique britannique, et en particulier les formations politiques qui font vivre le débat public du pays. À droite, le parti conservateur est en pleine tourmente, entre son leader David Cameron, qui tâchera de convaincre ses concitoyens de rester dans l’Union Européenne, et une fraction eurosceptique du parti, incarnée par Boris Johnson l’ancien maire de Londres, qui peut compter sur l’impopularité de Bruxelles pour sa propre campagne. À la droite du parti conservateur, UKIP promet également de s’appuyer sur la crise des migrants et ses effets à Calais pour affaiblir le camp europhile.

Contrepoints a interrogé Laetitia Strauch-Bonart, spécialiste du conservatisme anglais et auteur de Vous avez dit conservateur ? Précis d’une infirmité française aux éditions du Cerf. Laetitia Strauch-Bonart est essayiste et chercheur en histoire. Ancienne élève de l’École normale supérieure d’Ulm et de Sciences-Po Paris, actuellement en PhD en histoire à la Queen Mary University de Londres, elle est également contributrice au Point et au magazine britannique Standpoint.

Contrepoints : Philip Johnston, du Daily Telegraph, a estimé que la question européenne au sein du Parti conservateur avait en quelque sorte enclenché une « guerre civile ». La fracture entre partisans et opposants au Brexit est-elle si profonde ? Y a-t-il une guerre culturelle au sein même du parti conservateur ?

Laetitia Strauch-Bonart : Je dirais plutôt que la question européenne a « réenclenché » une guerre civile présente de longue date entre europhiles et eurosceptiques au sein du Parti. La question de l’Europe divise les Conservateurs depuis l’adhésion du Royaume-Uni à la Communauté européenne en 1973. Elle a causé indirectement la chute de Thatcher et a rendu le mandat de Major très compliqué. Un tournant s’est produit à la fin des années 1980 : alors que Thatcher avait jusque-là maintenu avec l’Europe une relation certes tendue mais viable, son discours de Bruges de 1988 a laissé entrevoir un scepticisme conservateur grandissant à l’égard de la centralisation des pouvoirs à Bruxelles et la création d’une sorte de super-État.

La question de l’UE explique aussi, partiellement, la défaite des Conservateurs en 1997 : le gouvernement Major s’est tant empêtré dans le sujet que les Conservateurs ont un peu perdu le fil des autres préoccupations des Britanniques. Tony Blair a donc raflé la mise ! De fait la traversée du désert des Conservateurs, jusqu’en 2010, les a forcés à mettre de côté leurs divergences sur l’Europe et à construire un programme fondé sur ce qui les unissait – une vision économique et sociale responsable.

La réapparition de la division historique des Conservateurs sur l’UE, aujourd’hui, est donc un peu comme la maladie du succès : un an après avoir gagné les élections, débarrassés de leur coalition avec les Lib-Dem, face à un Parti travailliste qu’ils considèrent à tort comme affaibli, les Conservateurs n’ont plus en face d’eux les aiguillons habituels qui les forçaient à rester groupés.

Cette fracture me semble assez profonde – même si de nouveaux événements pourraient non pas la refermer mais la faire oublier, comme dans le passé. Le terme de « guerre culturelle » est peut-être trop fort, mais en effet, il en va de deux cultures politiques différentes. Il faut cependant garder à l’esprit qu’à l’origine aucun Conservateur, même europhile, n’aime l’Europe comme certains l’aiment sur le Continent. Car pour ces Conservateurs-là, le Royaume-Uni garde une place à part dans l’UE, celle d’un partenaire de commerce plus qu’un partenaire de vision.

Ensuite, les Conservateurs europhiles se placent dans la continuité de Harold Macmillan et Edward Heath, anciens Premiers ministres : pour eux, l’UE est un outil de prospérité économique et de sécurité. En face, les eurosceptiques sont de plusieurs sortes : certains sont des partisans du libre-marché qui estiment que l’UE freine la liberté économique ; d’autres, moins nombreux, sont au contraire plus protectionnistes ; d’autres enfin s’inquiètent du délitement de la souveraineté nationale, au sens du mécanisme de décision et de responsabilité fondé sur le consentement d’un peuple.

La plupart n’auraient rien contre le fait qu’un RU sorti de l’UE prenne les mêmes décisions qu’aujourd’hui, notamment sur l’immigration et le libre-échange ; ce qui les gêne, c’est le sentiment que ces décisions sont imposées par une entité politique non légitime.

Deux visions du conservatisme sont donc présentes. D’un côté, les Conservateurs europhiles se disent pragmatiques : ils acceptent le partage de la souveraineté et la focalisation du RU sur l’UE comme la nouvelle donne contemporaine. Les eurosceptiques considèrent au contraire le partage de la souveraineté comme une aberration, et rêvent à une alliance fructueuse avec les États-Unis et le Commonwealth.

Conséquence, aujourd’hui, les débats entre les deux camps, à l’intérieur du Parti, prennent parfois une tournure fratricide. Ce qui est inquiétant, c’est la conséquence de ce conflit pour la suite : que se passera-t-il le lendemain du référendum ? « Back to normal », ou bien la lutte aura-t-elle laissé des traces durables ?

En France, la plupart des eurosceptiques se retrouve contre l’Union Européenne dans un discours à tonalité anti-libérale. Ce qui ne passe pas, c’est, pour reprendre l’expression de Thesmar et Landier, ce « grand méchant marché » (unique) qui met en danger la préférence française pour les services publiques et un État omniprésent. Il semblerait que la critique des conservateurs soit plus politique, plus centrée sur la souveraineté du parlement. Ukip n’est-il pas en train de changer la donne et d’attirer le conservatisme vers des terres plus populistes ? L’insécurité culturelle, le sentiment de perte de l’identité nationale ne sont-ils pas en train de teinter le débat public outre-manche d’un nationalisme éloigné de la modération tory ?

Il est assez frappant de voir que l’hostilité des Conservateurs britanniques à l’égard de l’UE a des causes quasiment contraires à celles de l’hostilité française, en tout cas du point de vue économique. D’où parfois un certain malentendu sur le Continent concernant les Brexiteurs, qui peuvent être très libéraux, voire libertariens. Les libéraux, en France, voient l’UE comme un des rares moyens de rendre la France plus libérale ; au RU, le pays du libre-marché, l’UE est perçue au contraire comme beaucoup moins pure – protectionniste et obsédée par des régulations inutiles.

L’UE est aussi considérée comme une nouvelle couche de bureaucratie, alors que les Conservateurs s’obstinent à réduire l’importance de leur propre État chez eux ! Ensuite, quand ils ne sont pas de fervents partisans du libre-marché, les Brexiteurs Conservateurs sont en effet des défenseurs acharnés de la souveraineté de leur Parlement. Ce qui est intéressant, c’est la façon dont ces deux catégories se recoupent : certains Brexiteurs libéraux sont aussi les premiers défenseurs de la souveraineté de leur Parlement : car la souveraineté, au RU, ne signifie pas le « souverainisme » auquel nous sommes habitués en France, un souverainisme en grande partie illibéral, mais tous le contraire !

L’immigration vient compliquer l’équation : les Brexiteurs les plus libéraux ne veulent pas contrôler l’immigration en soi mais refusent que l’UE en fixe les règles. Certains, au contraire, seront très libéraux sur les échanges marchands, mais pas pour la circulation des personnes, car ils estiment que les conséquences de cette dernière ont un impact différent et trop négatif.

Il faut cependant distinguer deux formes d’appel à la souveraineté : celui des défenseurs du libre-échange, fait de certains Conservateurs mais aussi d’une partie de UKIP, et celui de militants qui s’intéressent davantage à la souveraineté comme outil de protection. En effet, ces derniers sont nombreux parmi UKIP. Ils s’inquiètent essentiellement de l’immigration peu qualifiée, qui, disent-ils, fait baisser les salaires, et pèse sur les infrastructures. Et c’est là que tout se complique, car les études économiques divergent sur ce point ! La question de la « culture » est en revanche marginale.

Tout d’abord, les Britanniques ne parlent pas d’ « insécurité culturelle » ou d’ « identité nationale » comme nous le faisons. C’est peut-être parce que leur confiance dans leur identité est plus forte que la nôtre. Si une certaine méfiance existe à l’égard des personnes issues de l’immigration, elle s’exprime davantage vis-à-vis de certains musulmans dont le mode de vie parfois très traditionnel entre en contradiction avec les mœurs britanniques. Mais cela n’a rien à voir avec l’immigration intra-européenne, qui elle est majoritairement issue des pays de l’Est – même si malheureusement, certains médias entretiennent la confusion.

L’insécurité des Britanniques par rapport à l’UE, si elle existe, est donc surtout économique. Mais je ne parlerais pas de populisme – le terme donne l’impression que les revendications populaires n’ont pas leur place – mais d’une rencontre entre des partis – les Conservateurs et UKIP – et certaines inquiétudes. La seule question est de savoir comment répondre à ces inquiétudes. Or UKIP et certains tabloïds, parfois même certains Conservateurs, n’hésitent pas à diffuser des contre-vérités sur l’UE – notamment sur ses conséquences économiques et migratoires. C’est cela qui, selon moi, s’éloigne de la modération Tory et du nécessaire respect des faits.

David Cameron semble faire campagne pour l’Europe à contrecœur, et face à lui, se dresse la figure léonine de Boris Johnson, l’ancien maire de Londres. Peut-on déceler de grandes différences idéologiques entre le Premier ministre et ce dernier ? Johnson ambitionne-t-il de devenir Premier ministre ? Quelles sont ses chances ?  

Vous voyez juste ! Cameron, au fond, aussi bien par sa famille que son mariage, est presque un Tory à l’ancienne. Mais pour se rendre aimable et accessible, il a choisi depuis longtemps de faire et dire ce qu’il pensait être le plus acceptable à une opinion qui s’est souvent méfiée des Conservateurs. Or ce malaise se voit. Ceux qui le connaissent affirment qu’il n’a aucune affinité réelle avec l’UE, encore moins avec un quelconque « idéal européen ». Mais il préfère se conformer à certaines attentes, d’où sa position actuelle. En revanche, il a sincèrement peur des conséquences du Brexit.

Préférer la prudence au bouleversement, c’est aussi une forme de conservatisme ! Malheureusement, Boris Johnson n’est pas plus sincère que Cameron, je pense même qu’il l’est moins. Sa posture est à la fois séduisante et plaisante, et il dégage beaucoup plus d’énergie, dans cette campagne, que Cameron. Mais la plupart des commentateurs estiment que le choix de Boris Johnson pour le Brexit n’a rien de sincère, et qu’il aurait pu tout aussi bien choisir le camp adverse si cela avait servi ses ambitions. D’où la réaction de Cameron à son égard, qui  n’a pas caché sa grande déception, voire sa colère.

Boris Johnson a choisi le Brexit car il veut devenir Premier ministre – personne n’en doute. Étonnamment, on oublie souvent un autre personnage dans le drame, Michael Gove, l’ancien ministre de l’Éducation à l’origine de l’excellente politique des free schools et désormais ministre de la Justice. À mon sens, c’est un sincère eurosceptique, qui a certes pris un certain temps à se décider, mais qui l’a fait en conscience. Il est la colonne vertébrale intellectuelle du mouvement, et un sérieux concurrent pour Boris Johnson.

Mais les pronostics varient : si les sympathisants conservateurs le considèrent désormais comme le plus susceptible de succéder à David Cameron à la tête du parti, les paris placent Boris Johnson en tête, suivi d’Osborne, europhile et dauphin de Cameron, et de Gove.

Si le Brexit échoue en juin, ce qui est le plus probable, Cameron restera sans doute Premier ministre. Mais la contestation du leadership ne tardera pas. Elle viendra soit du pôle eurosceptique, soit d’Osborne. Mais Osborne s’est fortement décrédibilisé lors du dernier budget, en voulant augmenter les crédits d’impôts pour les plus riches tout en supprimant certaines allocations pour les handicapés…

Derrière les positions idéologiques des politiques sur Brexit, on devine le débat d’idées nourri par un conservatisme anglais toujours vivant et pleinement en accord avec le libéralisme politique. Vous venez de publier aux éditions du Cerf une enquête sur le conservatisme en France, qui semble surtout se caractériser par son inexistence : qu’est-ce qui manque à la France pour qu’existe un tel débat ? En d’autres termes, pourquoi n’y a-t-il pas de conservatisme éclairé en France ?

Vous me posez la question qui m’obsède depuis quelques années, et à laquelle je tente de répondre dans Vous avez dit conservateur ? J’y montre en effet que le conservatisme français est autant orphelin que stérile, pour plusieurs raisons. La première est historique : la Révolution française est un moment intransigeant : des deux côtés, on se refuse au compromis. Résultat, ceux qui s’opposaient à la Révolution, les contre-révolutionnaires, que l’on a appelé « réactionnaires », se sont réfugiés dans une opposition frontale et délétère.

Alors qu’en Grande-Bretagne les royalistes (les Tories) ont accepté progressivement les compromis de la monarchie parlementaire, les royalistes français, pendant longtemps, n’en eurent que faire. Et ce conflit plus ou moins larvé, en France, a duré jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, où certains se réjouissaient encore que l’ennemi permette à la France de se débarrasser d’un parlementarisme frelaté. Pire, l’opposition à la démocratie – à la République en l’occurrence – a pu prendre les traits les plus détestables, ceux de Maurras et de l’antisémitisme.

En réalité, les réactionnaires historiques ont refusé de se transformer en conservateurs de bon aloi, en accord avec les principes du libéralisme politique. Quoi d’étonnant, dès lors, à ce que les défenseurs de la démocratie se méfient de tout ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à sa remise en question « conservatrice », même lorsqu’elle était nécessaire et intelligente, et à ce que la droite française modérée cherche à se distinguer le plus possible de ce courant réactionnaire ?

Mais ensuite ? Pourquoi rien ne s’est-il passé après la Seconde Guerre ? On ne peut nier tout d’abord que la droite a brillé (et brille encore) par sa lâcheté, incapable d’assumer sa composante conservatrice, même quand la « réaction » devenait un lointain souvenir. Ensuite, le gaullisme a joué le rôle d’un conservatisme de substitution, non pas par son approche du pouvoir, car il était dirigiste et pas vraiment libéral au plan économique, mais par sa recherche d’équilibre entre modernité et tradition et son amour de la nation.

Plus fondamentalement, enfin, la conception de la liberté, en France, n’aide pas à introduire les belles nuances conservatrices.  Alors que les Britanniques sont fiers des « libertés à l’anglaise », enracinées, concrètes, élaborées avec le temps, les révolutionnaires français ont pensé que la table rase créerait la liberté d’un coup d’un seul.

Ce qui est faux ! Mais cela a forgé notre imaginaire national depuis plus de deux siècles : tout ce qui est ancré et historique, en France, est l’objet de soupçon. Tout ce qui est universel et abstrait, même impraticable, objet d’adoration. Le conservatisme, qui se place dans la première perspective, part donc avec un sérieux handicap !

Tout ceci explique pourquoi il est difficile, en France aujourd’hui, de réhabiliter – ou d’habiliter tout court – le conservatisme, mais aussi de convaincre qu’un conservatisme libéral – politique comme économique – est possible. Dès lors, les conservateurs non libéraux et les libéraux non conservateurs se regardent en chiens de faïence, ce qui est regrettable, car leur alliance permettrait à une droite modérée et substantielle d’exister, comme c’est le cas en Grande-Bretagne ou en Allemagne. Cette configuration ne changera pas en un jour, peut-être pas en un siècle non plus, mais je ne désespère pas que lentement, elle se transforme…

  1. Spéculations en longueurs et pub associée. Ceci aidera t-il le français moyen à comprendre le « gap » qui sépare les deux cultures ? So sorry, permettez-moi d’en douter !

    Attendons peut-être le 23. Que les citoyens britanniques s’y prononcent selon leur volonté (et intérêts) propres, plutôt que d’enfler encore et toujours ce débat Brexit à partir de « jugements » essentiellement continentaux ?
    Retenons en que les nombreuses simulations émises par divers groupes d’intérêts et leurs commentateurs – simulations encouragées par les institutions elles-mêmes – visent surtout à effrayer les foules. Ces foules souhaitant surtout entretenir une culture U.E. d’arrosage en subsides & aides, instruments propices au nivellement dogmatique. Simulations et commentaires ne constituent qu’un vaste matraquage mental, ils resteront un carrefour d’avis profondément contradictoires.

  2. L’analyse, basée en bonne part sur l’histoire, mais pas seulement, me semble au contraire très pertinente, et très intéressante. Cette Laëtitia Strauch-Bonart me semble au contraire bien maîtriser son sujet. Ce serait le moins qu’on puisse attendre de la part de quelqu’un qui a un tel bagage universitaire.

    1. Mme Laëtitia S-B. nous exprime ici SES opinions, SES jugements ( anti-exit ), ce qui transparait clairement de l’article.
      Dr S. : Pourquoi notre monde tourne t-il si mal ? L’université seule le règle t-elle mieux ?
      Un solide bagage universitaire ne conduit pas à toute conclusion pertinente.

      Voulez-vous un large éventail d’opinions à l’égard de ce BREXIT potentiel, ses plus et ses moins ? Variations sur un même thème : je vous invite à parcourir moult articles et interminables commentaires sur ce seul site http://www.contrepoints.org/?s=brexit

      1. « Laëtitia S-B. nous exprime ici SES opinions, SES jugements ( anti-exit ), ce qui transparait clairement de l’article. »

        Ridicule. Nulle part l’historienne ne prend position pour ou contre, elle décrit les différentes prises de position conservatrices à ce sujet, en fonction de leur sensibilité respective. Elle ne tire pas de « conclusion », et se borne à analyser comment les choses sont perçues en GB. Tout au plus fait-elle un pronostic en disant que l’échec du Brexit est le plus probable, ce que tout le monde pense à peu près.

        Vous ne semblez pas voir ce qui différencie un article dans un feuille de chou française quelconque, qui sera orienté et biaisé, d’une analyse distanciée proposée par une spécialiste, et moi je vous dit que ce article est dans cette catégorie. Relisez en ôtant votre filtre d’interprétation, parce qu’il est erroné.

        1. « l’échec du Brexit est le plus probable, ce que tout le monde pense à peu près. »

          Hummm …

          En France, on a la « chance » que la sortie de l’Europe est la position du FN et que le FN sent le soufre. Mais si on résonne hors des considérations politiciennes et par pur « pragmatisme », on peut se dire que l’Europe est un échec et choisir sa position à pile ou face parce qu’on n’y comprend rien. J’ai bien peur que l’abus de « volontarisme politique » et ses casseroles n’aie mis l’Europe en grand danger. Vouloir changer ce qui ne marche pas (au risque de trouver pire) est une position fort commune, risquée mais pas forcément moins pragmatique que de persévérer dans l’illusion.

          1. Je dis simplement que les analystes s’accordent à penser que l’échec du Brexit est le plus probable. Je ne déclare pas là ma préférence personnelle, ni celle de qui que ce soit.

            Quant à ce que vous dites, c’est incompréhensible.

            1. « Je ne déclare pas là ma préférence personnelle »

              J’ai bien compris. Et moi non plus. Mon doute porte sur les analystes qui « s’accordent à penser ». Mon discours incompréhensible est une tentative d’explication de comment on peut « s’accorder à penser » mal. (auto persuasion, pensée de groupe, erreur de perception, mauvais amalgame avec une situation différente).

              1. Quant à Cameron, je ne le crois ni meilleur ni pire politicien que Chirac qui a dissous l’assemblée – et lui avec …

  3. Analyses pertinentes et augmentées tant pour le RU que pour la France.
    Ne désespérez pas cependant. Le conservatisme existe bel et bien chez nous: voyez les réactions à la moindre idée d’un soupçon de velléité de libéralisation du travail!
    Le conservatisme est même gravé dans le marbre de la Constitution sous le techno vocable de « Principe de Précaution ».

  4. intéressante analyse. Interessant point de vue. Une orientation originale qui s’appuie sur la représentation des idées dans l’espace politique du Royaume uni.

    Pour ce qui est du volet de la France j’avoue ne pas avoir bien compris mais je nourris personnellement une réflexion qui si elle n’est pas similaire peut apporter un point de vue. Ce ne sont que des bribes et pas un tout qui fait encore sens.

    je pense aujourd’hui que le représentation politique française ne représente en rien les courants qui traversent la nation française et je pense que la nation n’a aucun espace sérieux pour pouvoir échanger et débattre. le rôle du parlement dans la formation de la démocratie Anglaise est essentiel et sacré il est le lieu ou siègent les représentants de la nation et c’est une constante en Angletterre que ce parlement est le meilleur garant des libertés.

    Si en france nous sommes partis à la révolution du même idéal au fond, cela restait un idéal anglais et Locke est un des principaux penseurs. les français Montesquieu en tête ont plutôt brillé par leur approche de la loi et je pense que Bastiat était dans un autre registre un peu dans cette continuité.

    Ce qui est intéressant c’est la formation de l’état en France ou plutôt dans l’état de son éxecutif ou mieux dit de son administration. L’administration française s’est forgée dans la méfiance de la révolution. Dès 1790 on créé le droit administratif séparé de l’institution législative et on créé les tribunaux administratifs séparés des tribunaux judiciaire. On créé en France deux droits et deux tribunaux, l’un pour l’administration et l’autre pour la nation. Les deux évoluent dans leur sens sans aucun contact en suivant leur propre logique et cela continue 226 ans plus tard.Si la troisième République maintenait les deux en parallèele, La 5ième république et la création de l’Ena a fait un sacré ps en faveur de l’administration. la 5ième république offre une vision extrêmement forte de l’executif, le législatif a un poids très déséquilibré par rapport à ce qui se pratique aux etats unis ou au Royaume uni. ce déséquilibre était compensé par la figure présidentielle garante de la restauration d’un certain équilibre en la personne du président investi par le suffrage universel direct, garant du fonctuonnement des institutions et gouvernant avec le peuple par référendum pour retaurer un peu de balance dans des pouvoirs trop forts octroyés à l’executif.

    L’ena a permis d’unifier tous les corps de l’administration au sein d’une même école. Jusqu’alors ils étaient cloisonnés et chacun son propre recrutement. Nous assistons la à une montée en puissance très forte de l’executif appuyé sur une constitution qui le permettait. Progressivement les fonctionnaire ont investi les autres pouvoirs et nottamment le législatif, un mouvement qui a commencé après le départ du général dont la figure patriarque a toujours veillé à ce que la nation soit représentée à l’assembléé.

    le statut des fonctionnaires leur a permis d’éiminer progressivement toute concurrence au sein de l’assemblée car personne n’a les moyens de financer une carrière politique dans la longueur comme un fonctionnaire. Il faudra attendre les années 90 pour que l’assemblée devienne définitivement une assemblée qui ne représente plus que la fonction publique. Les lois sur le financement des partis de 92 et l’usage systématique du scrutin majoritaire viendront définitivement verrouiller l’assemblée entre les mains des fonctionnaires. Puisque dès lors que l’état sera le seul financier des partis, l’UMP et le PS monopolisent tous les financement qu’ils n’acceptent de partager qu’avec quelques petites formations inféodées qui donnent de la couleur et un semblant de débat démocratique à l’ensemble.

    la montée en puissance de l’administration est partout depuis les années 90. Ils financent toutes les associations, tous les partis, tous les médias, il n’existe pas un espace de l’expression politique national qui ne soit monopolisé financé et organisé par les fonctionnaires. La Nation est complètement baillonnée seuls quelques espaces de liberté sont apparus autour d’internet mais en l’espace de plateforme politique libre elles ne peuvent pas se traduire en projet de société ni en véritable programme. Et comble de tout elle servent aux fonctionnaires à se maintenir. Il n’y a qu’à regarder ce qu’il se passe. Le libéralisme ayant le bent en poupe, deux fonctionnaires cherchent à le récupérer Juppé se déclare libéral et macron aussi. Ils vont donner une teinte en apparence et prospitueront le tout pour que tout le monde rentre dans le rang.

    Tout ça pour en revenir à l’entretien je pense qu’une partie de votre incompréhension du courant des idées françaises vient du fait qu’elles ne s’expriment pas. Tout l’espace partisan n’exprime que les idées qui traversent les administrations pas la nation. La France n’est pas une démocratie c’est une tyrannie soft ce qui explique d’ailleurs le poids de l’état. La confusion vient du fait que les pouvoirs dans la constitution sont bien séparés et dans des institutions différentes et qui plus est nous votons. Mais relisez bien Montesquieu ce qu’il dit, et c’est très différent c’est que la tyrannie s’installe à partir du moment ou deux des trois pouvoirs sont concentrés entre les mêmes mains. ses mots sont clair : il n’existe plus de libertés dans un tel cas. C’est ce qu’ils e passe l’administration contrôle le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. la nation est contrainte à se taire et elle n’exprime plus rien que la colère en ce moment. le seul espace politique qui a réussi à échapper à tout cela c’est le Front National, car il existait et avait une base forte et unie en 92, il a pu survivre tant bien que mal en dehors du cadre subventionné de l’état et il ramasse tout d’ou sa difficulté à ouvrir un programme en dehors de la colère car un seul parti ne peut pas rendre compte de la pluralité des opinions d’une nation et il exprime la colère car c’est ce que ressent la nation baillonnée aujourd’hui.

    Il n’y a que deux issues : soit une prise de conscience que le pays est ruiné et l’adinistration accepte de rendre le parlement au français et nous pourrons alors enfin commencer à nous poser la question de ce que nous pouvons construire ensemble et pour nous libéraux nous aurons enfin la possibilité de peser car le courant libéral a toujours été fort en France. Soit l’édifice s’effondrera dans la ruine et la haine et je crains fort que c’est ce qui a commencé.

    Bref je ne sais pas si ce que je dis est très clair, je n’écris jamais rien d’autre que des posts donc … Je pense que c’est un sujet de débat important et je pense que c’est un point essentiel que les libñeraux devraient saisir car si la nation ne peut plus faire de choix éclairé sur son avenir, il est illusoire de croire que les libéraux ont un avenir politique dans ce pays, ni même en Europe car je vous rappelle que les institutions Européennes sont une oeuvre de l’adminsitration française et que seuls des fonctionnaires y participent au débats ….

    1. Désolé pour les fauts de frappe et d’ortho, les approximations mais c’est un post rédigé à la va vite avant d’aller me coucher. j’espère que ça aura de l’echo et que d’autres y réfléchiront y compris pour corriger je ne suis pas un historien ….

    2. Pas mal pour un amateur au débotté…
      On peut ajouter que jusqu’ à une époque récente, l’Administration attirait les meilleurs ce qui est bien loin d’être le cas aujourd’hui. Plutôt l’inverse…

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