Nucléaire : small is beautiful

uranium-IAEA Imagebank (CC BY-SA 2.0)

Et pour continuer dans la série des évolutions tranquilles qui sont, en fait, des révolutions silencieuses, je voudrais partager avec vous une information passée relativement inaperçue en milieu de mois dernier mais dont les implications sont suffisamment importantes pour y dédier un petit billet, d’autant que cela concerne l’énergie nucléaire.

L’énergie nucléaire est évidemment une question à la fois large et si chargée émotionnellement qu’il est souvent difficile de ne pas immédiatement partir dans un débat surpassionné où, rapidement, les intervenants s’échangent des noms d’oiseaux mutants. De mon côté, j’ai bien sûr déjà évoqué la question sous plusieurs angles, en notant plusieurs choses que les passions du moment éclipsent trop souvent.

Clean EnergyTout d’abord, l’énergie nucléaire ne manquera pas. N’en déplaise aux indécrottables malthusiens qui oublient trop souvent de faire de l’économie pour se contenter de physique et de psychologie rudimentaires, non, les ressources essentielles à l’énergie nucléaire ne manqueront pas. D’une part, l’uranium est assez abondant, et d’autre part, d’autres matériaux fertiles existent, à commencer par le thorium.

Ensuite et malgré les cris d’orfraies répétés, exagérés et hystériques des écologistes plus ou moins incohérents, l’énergie nucléaire est certainement bien plus sûre et bien moins polluante que les autres énergies. Outre le ratio du nombre de morts par TWh le plus faible de toutes les énergies disponibles actuellement, la production de déchets nucléaire est nettement mieux gérée que celle de tous les autres déchets industriels des exploitations des autres sources d’énergie, depuis le charbon jusqu’à l’hydro-électrique (et j’éviterais de m’appesantir sur l’éolien, fumisterie ultra-polluante).

Enfin, en termes industriels, l’énergie nucléaire est actuellement la seule qui soit économiquement viable et apte à répondre aux besoins gigantesques de toute l’humanité pour ce siècle et les suivants. Même si le pétrole ne manque pas (et loin s’en faut, même en tenant compte des blocages de la CGT et des âneries collectivistes de Maduro), les besoins énergétiques de l’humanité ne cesseront d’augmenter dans les prochaines décennies : à mesure que l’Asie et l’Afrique sortent de la pauvreté, une classe moyenne toujours plus nombreuse et qui se compte en centaines de millions d’individus ne pourra atteindre le confort possible actuellement qu’à la faveur d’un déploiement continu et massif de cette énergie.

Cette évolution démographique et sociale n’est pas un pari ou un vague sentiment, c’est, pour ainsi dire, une évolution inéluctable de la société humaine. La mauvaise nouvelle, c’est que l’accession de ces millions d’individus à un niveau de richesse moderne ne se fera pas sans faire grincer des dents quelques « intellectuels » médiatiques, leaders politiques et autres riches occidentaux qui multiplieront les arguments périphériques voire fallacieux, depuis l’écologie jusqu’à la surpopulation en passant par un racisme presque ouvert, pour les en empêcher. La bonne nouvelle, c’est qu’il existe maintenant des solutions effectives pour répondre à ces nouveaux besoins gigantesques, tout en tenant compte des contraintes économiques, écologiques et géostratégiques (le nucléaire étant, en ce dernier domaine, tout particulièrement riche d’émotions paniquées).

C’est dans ce contexte qu’on apprend que la Tennessee Valley Authority (TVA), l’autorité gouvernementale en charge notamment de la production d’électricité dans plusieurs États américains de la vallée du Tennessee, a récemment demandé un permis de développer un réacteur nucléaire de petite taille à la USNRC (la Commission de régulation nucléaire américaine). Le but de cette demande est de passer en revue la sécurité, les prérequis en matière environnementale et de réponse d’urgence pour la construction potentielle d’un réacteur nucléaire de prochaine génération, sur le site de Clinch River, près d’Oak Ridge. Au passage, la proximité d’Oak Ridge ne doit rien au hasard puisque s’y trouve les Laboratoires nationaux d’Oak Ridge et qu’y avait été testé, plusieurs années durant, le principe d’un réacteur nucléaire à base de sels fondus de thorium.

Small Modular Reactors Plant

Cette demande de permis n’est pas une petite affaire puisqu’elle marque probablement un tournant dans la production industrielle effective de réacteurs nucléaires de petite taille. Ces derniers représentent en effet une vraie opportunité économique puisqu’au contraire d’une centrale nucléaire classique qui s’inscrit sur des cycles économiques très longs (on parle facilement de 40 à 50 ans), l’investissement initial est bien plus modeste et permet un retour en quelques années (8 à 10 typiquement). Or, les centrales actuelles, basées sur des réacteurs de taille importante, entraînent des coût qui deviennent immédiatement prohibitifs si on doit réduire l’horizon d’investissement autour de 10 ans.

En revanche, les réacteurs envisagés dans cette opération sont immédiatement construits avec un souci de modularité, afin de produire des petites unités très faciles à produire à la chaîne ce qui permet d’abaisser énormément le coût de chaque unité. En effet, dans les constructions de centrales actuelles, ce qui revient très cher est la sécurité qui est, à chaque fois, taillée sur mesure.

En outre, il est aussi envisagé d’utiliser des procédés de générations plus souples, depuis le Thorium, technologie ancienne et finalement bien maîtrisé, jusqu’au plus innovants réacteurs à onde progressive, encore au stade expérimental. De plus, ces nouveaux réacteurs sont construits en tenant compte des contraintes actuelles du marché dans lequel la production électrique peut grandement varier et doit s’adapter à des prix de marché très fluctuants : l’arrivée des énergies renouvelables (éolien, photovoltaïque) dans les sources d’électricité sur les réseaux provoque des variations importantes dans les flux disponibles, et pouvoir disposer de réacteurs qu’on peut démarrer ou éteindre à volonté ou presque est devenu un enjeu économique notoire. L’organisation modulaire proposée permet justement de tenir compte de cette nouvelle donne.

S’il est bien difficile d’affirmer que l’avenir appartient à ce genre de petits réacteurs nucléaires modulaires, sur le papier ils semblent bien répondre aux différents défis de ce siècle. À l’opposé de cette initiative qui fleure décidément bon le « small is beautifull », on constatera en tout cas que l’architecture massive des centrales nucléaires modernes pose de sérieux problèmes en terme de réalisation (EDF et Areva en savent quelque chose).

Au passage, on ne pourra alors s’empêcher de dresser un parallèle intéressant entre ces deux cas d’écoles (les petits réacteurs à fission contre les grosses centrales sur fonds publics) et les progrès réalisés sur le front de la fusion, où d’un côté, le chemin que prend ITER, monstre architectural et étatique lancé à coup de milliards d’euros, laisse présager d’une fin aussi coûteuse que médiocre, et de l’autre, certains projets plus confidentiels comme celui de Lockheed Martin continuent de proposer des alternatives de plus en plus crédibles, pour une petite fraction du prix d’ITER…

duflot aime le nucléaire
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