Il faut en finir avec l’expression « révolution culturelle »

Il y a 50 ans, Mao Tse Toung conduisait la Grande révolution culturelle en Chine, occasionnant l’une des plus grosses catastrophes humaines du XXe siècle. Peut-être serait-il temps d’abandonner l’expression « révolution culturelle » à sa triste histoire…

Par Nicolas Lecaussin.
Un article de l’IREF-Europe

Mao
Mao By: Ged CarrollCC BY 2.0

Lancée par Mao il y a 50 ans, en mai 1966, la Grande Révolution culturelle est devenue rapidement à l’époque un modèle pour une très grande partie de l’intelligentsia occidentale, en particulier française, et aussi pour les étudiants. On a appris par la suite que cette « révolution » déboucha sur des millions de morts et sur une terrible catastrophe économique. Celui qui dénonça ce drame fut le sinologue Simon Leys dans un ouvrage intitulé Les habits neufs du président Mao, paru en septembre 1971.

Dans le langage courant

Ce qui étonne le plus encore aujourd’hui c’est que, malgré l’évidence des faits concernant cette effrayante tragédie perpétrée par le tyran Mao, le plus grand criminel de l’histoire en nombre de morts, l’expression « révolution culturelle » est entrée dans le langage courant, en France surtout, et on la voit utilisée avec une régularité déconcertante. Tout est une « révolution culturelle », qu’il s’agisse des changements au sein d’une entreprise, des modifications d’un menu à la cantine scolaire ou d’une modification tactique faite par un entraîneur de football. La banalisation de cette expression prouve qu’on n’a pas toujours tiré les leçons du passé.

D’ailleurs, lorsque j’ai rencontré au milieu des années 1990 Philippe Sollers, un autre grand admirateur de cette « révolution », il m’avait expliqué son maoïsme comme étant de la… « poésie ». Mais c’est encore Simon Leys — qu’il faudrait lire et relire — qui explique le mieux cet aveuglement : « Le maoïsme occidental est terriblement, effroyablement suspect : c’est un caprice de riches, un luxe » (« Quand vous viendrez me voir aux antipodes. Lettres à Pierre Boncenne », Éditions Philippe Rey, 2015). Cette « mondanité criminelle » se perpétue à travers la formule « révolution culturelle ». Sa disparition du langage courant signifierait peut-être le début d’une vraie période de réformes en France.

Sur le web