Dalton Trumbo : un communiste héros d’un film libéral ?

Dalton Trumbo, sorti le 27 avril en France, retrace la vie de Dalton Trumbo, scénariste à succès et victime puis artisan de la chute de la liste noire des artistes d’Hollywood aux heures du Maccarthysme triomphant.

Par Alexis Vintray.

L'affiche du film Dalton Trumbo
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Attention, spoilers.

Dalton Trumbo, une vie hors du commun bien retracée par Jay Roach

Dalton Trumbo est, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’un des scénaristes les plus respectés de Hollywood, nominé pour un oscar du meilleur scénario en 1941. 

Communiste, il est aussi un membre du Parti Communiste américain (PC USA) entre 1943 et 1948. En octobre 1947, en pleine Peur Rouge (Red Scare), la commission des activités antiaméricaines (HUNAC) chasse les communistes et l’interroge en audition publique pour savoir s’il est adhérent du Parti Communiste. Son refus de répondre lui vaut sa place parmi les Dix d’Hollywood qui tous refusent de répondre.

Cela vaut à Dalton Trumbo un an de prison et son inscription sur la liste noire de Hollywood ce qui lui interdit de travailler dans le cinéma, comme des centaines d’autres à Hollywood durant la vingtaine d’années au cours desquelles la liste noire reste active. On suit la descente aux enfers de Dalton Trumbo, joué par Bryan Cranston, et de sa femme Cleo, jouée par Diane Lane, pourchassés par Hedda Hopper, incarnée par l’excellente Helen Mirren.

Comme le film le retrace non sans talent, Dalton Trumbo réussit néanmoins à continuer d’écrire des scénarios à grand succès sous prête-noms, comme Vacances Romaines, Spartacus ou encore Exodus, remportant, par deux fois !, l’oscar du meilleur scénario, en 1954 et 1957.

Ses succès alors qu’il était blacklisté jouèrent un grand rôle dans la fin de la liste noire d’Hollywood : la décision de Kirk Douglas de braver la censure et de mettre, avec succès, le vrai nom de Dalton Trumbo comme scénariste de Spartacus au lieu d’un prête-nom révélèrent au grand jour la vacuité de la censure et précipita sa fin.

Les lourds dégâts de la ségrégation d’État

Dalton Trumbo est avant tout une dénonciation vigoureuse des dégâts de la censure culturelle encadrée par l’État américain dans le contexte de Peur Rouge des années 1940 et 1950. Chômage, divorce, mort, maladie, rien ne fut épargné à ceux que l’on soupçonnait, à tort ou à raison, de vouloir corrompre le modèle américain par le cinéma. Une persécution retracée sans pathos par Jay Roach.

Mais c’est aussi le cinéma américain qui en pâtit, en faisant fuir Charlie Chaplin, Orson Welles ou Bertolt Brecht, privant Hollywood de probables nombreux succès.

Le film souligne aussi l’inefficacité totale de la Commission des Activités Anti Américaines à Hollywood, qui ne parvint à y démasquer « aucun complot, aucun espion ». Ça vous rappelle l’état d’urgence ? C’est normal…  Alors que Donald Trump nous promet des pratiques proches du maccarthysme contre les musulmans ou les Mexicains, le rappel sur la dangerosité et l’inefficacité de telles mesures est bienvenu.

Le marché, solution aux injustices

Au fond du gouffre, si Dalton Trumbo réussit à émerger, c’est grâce à l’action des frères Kozinsky (King Brothers Productions), qui, en connaissance de cause, lui confièrent de nombreux scénarios à écrire sous faux nom, pas par amour du communisme ou par sympathie pour sa cause mais pour la pure recherche du profit ainsi que Jay Roach le souligne explicitement dans son film.

Si Dalton Trumbo arrive à faire tomber la liste noire, c’est que des réalisateurs comme Otto Preminger (Exodus) ou des producteurs comme Kirk Douglas et les frères King ont bien compris que la liste noire n’était pas dans leurs intérêts économiques. Comme pour le racisme, le marché est la meilleure solution face aux injustices, l’intérêt bien compris de chacun étant de ne discriminer personne, faute de perdre des talents ou des clients. Belle démonstration pacifique que celle-ci.

Tous les communistes étaient-ils innocents ?

Nonobstant cela, on peut aussi se demander dans quelle mesure cette Peur Rouge (Red Scare) était justifiée1. À en croire le film Dalton Trumbo, tous les protagonistes communistes présentés dans le film étaient de doux rêveurs innocents. Et ceux cités dans le film semblent l’avoir été en effet, nonobstant leurs idées communistes dont on connait les dégâts qu’elles ont causés dans le monde.

Dalton Trumbo pèche singulièrement par omission, en ne mentionnant pas les cas, réels, d’espionnage communiste aux États-Unis, comme Julius Rosenberg2, Morton Sobell, Aldrich Ames ou John Anthony Walker et ceux qui furent identifiés par le Projet Venona.

Aussi exagéré qu’ait été le MacCarthysme et condamnable ses violations de l’état de droit, on ne peut ignorer la menace réelle soviétique à l’époque. À passer cela sous silence, Jay Roach oublie de façon singulièrement partiale une part essentielle de l’affaire.

Le film n’en reste pas moins un excellent moyen pour différencier conservateurs et libéraux, et pour rappeler que l’État de droit n’est pas une valeur négociable…

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