Comment reconnaître le véritable exploiteur ?

Les véritables exploiteurs sont-ils les super riches, ce 1% dénoncé par Occupy Wall Street ? Petite analyse à froid.

Par Sable Levy.

By: Thomas GalvezCC BY 2.0

Dans le cas où vous ne l’auriez pas remarqué, les super riches sont largement calomniés  – particulièrement dans les mouvements comme Occupy Wall Street et dans la campagne politique de Bernie Sanders, qui a compris le ressenti croissant du peuple en ce début de nouveau millénaire. Qui sont les super riches ? Et pourquoi sont-ils largement calomniés ? Beaucoup sont des cadres-dirigeants ou travaillent dans des industries comme la finance, le droit, la médecine ou la technologie – le top 1% américain ayant un revenu moyen par foyer de 1,2 M$ en 2008, selon des données issues de l’impôt fédéral1. Bien que certains aient hérité d’une richesse substantielle, beaucoup sont des autodidactes.

exploiteur rené le honzecQuant à leur mépris, il a beaucoup à voir avec ce que l’on appelle la cupidité. Un mot n’a-t-il jamais sonné aussi vicieux ? La cupidité est de l’avarice moche et honteuse : la source de tous les vices ; c’est en tout cas ce que beaucoup d’entre nous ont appris. Bien que certains regardent les super riches et y voient le succès, d’autres  y voient uniquement de la cupidité. La croyance croissante selon laquelle la motivation du profit est égale à de la cupidité permet aujourd’hui l’émergence d’un nouveau phénomène : n’importe qui conduisant une affaire profitable devient une cible à détester. Étant donné les croyances selon lesquelles la motivation du profit est équivalent à de la cupidité, et la cupidité étant néfaste, il est facile de comprendre pourquoi les super riches sont vilipendés.

Mais cette animosité est-elle justifiée ?

Évidemment, toutes les personnes riches ne sont pas mauvaises. Néanmoins, beaucoup de gens très ambitieux sont considérés comme cupides, y compris lorsqu’ils apportent une  contribution d’une immense valeur à la société. S’il est vrai, comme beaucoup le croient, que les super riches acquièrent nécessairement (au moins en partie) leurs richesses en exploitant et en s’attaquant aux pauvres, alors cette animosité est justifiée. Explorons donc cette affirmation, qui englobe plusieurs nuances de richesse, et essayons de déterminer si tout cela est vrai.

La richesse est-elle basée sur l’exploitation ?

Pour les dictateurs, les propriétaires d’esclaves, les avocats véreux et autres individus du même acabit, la réponse est certainement « oui ». Néanmoins, il est important de noter qu’il y a essentiellement deux façons pour une personne de faire de l’argent. La-dessus repose toute la nuance. Soit vous créez un produit ou fournissez un service pour lequel les gens sont prêts à dépenser de l’argent pour l’obtenir, créant alors de la valeur fondée sur l’échange, soit vous employez la coercition, c’est-à-dire un moyen injuste de faire du profit ; l’argent cesse alors de refléter la création de valeur, et reflète à la place la spoliation de cette valeur.

Qui est le véritable exploiteur

Certaines personnes riches méritent notre mépris, mais ce n’est pas le cas de la plupart. Placer l’ensemble des personnes riches dans une seule catégorie nous aveugle quant à la cruelle distinction relative à la manière dont l’argent est gagné. Les seules personnes qui méritent d’être vilipendées pour leur argent sont celles qui l’acquièrent injustement, que ce soit grâce à la connivence avec le pouvoir, à la recherche de rente ou à la prédation2.

De temps en temps, quelqu’un fait une remarque si pertinente que vous devez simplement lui laisser la parole.

Steve Conover, qui a créée le graphique ci-dessus, écrit : « En se concentrant sur le vrai ennemi, le ciblage des riches inclurait (i) toute personne (indépendamment de son niveau de revenu) qui triche pour gagner, (ii) toute société ou association (indépendamment de sa taille) ayant son museau dans l’abreuvoir public, (iii) tout politicien remplissant cet abreuvoir et nourrissant ces museaux dans le but d’obtenir un gain en échange, et (iv) n’importe quel groupe utilisant le système politique (à n’importe quel niveau) pour maintenir son monopole ou son avantage compétitif contre des compétiteurs moins connectés.

« Parmi les riches », il y a de nombreuses célébrités du divertissement, des artistes, des patrons, des inventeurs et des entrepreneurs qui sont là où ils sont parce qu’ils ont produit des biens qui nous divertissent, nous rendent plus productifs, nous font économiser de l’argent ou nous font gagner du temps. Peut-on sérieusement dire que tous sont des gens mauvais à cause de leurs hauts revenus ? Bien sûr que non. Ils sont riches parce qu’ils l’ont mérité – et parce qu’ils l’ont mérité, ils ne méritent pas d’être les cibles d’une lutte des classes.

La caractéristique distinctive de l’ennemi n’est pas son niveau de richesse ou de revenu ; il s’agit plutôt de savoir si cette richesse ou ce revenu a été gagné. Les vrais héros dans notre économie sont les producteurs et les salariés, et ceux qui les protègent ; ils sont présents à tous les niveaux de revenu, et la lutte des classes devrait les défendre et les récompenser au lieu de les viser. Réciproquement, les vraies cibles sont la classe qui inclut les tricheurs, les prédateurs, les pirates et les parasites – qui existent également à tous les niveaux de revenu – qu’ils soient cachés sous le lit pour voler des montres, ou qu’ils trompent des clients confiants dans le but de leur voler leurs plus-values3.

Devrions-nous donc embrasser cette vision nuancée de la richesse ?

Naturellement, je pense que nous le devrions. Mais, pour vous dire la vérité, je préférerais entendre vos avis sur la question. Cela serait bien plus intéressant. Dites-moi donc, qu’en pensez-vous ?

Sur le web (traduction Contrepoints)

  1. The Economist : Who Exactly Are the 1% ?  http://www.economist.com/node/21543178
  2.  Réciproquement, ceux qui gagnent de l’argent grâce à un échange volontaire et honnête méritent d’être encensés.
  3. Conover, Steve (2014-12-03). Neutering the National Debt : How Reagan Got It Right, and How Today’s Left and Right Get It Wrong.