Pierre Gattaz : « L’essentiel, c’est la création d’emplois »

Pierre Gattaz (Crédits Yann Gourvennec, licence Creative Commons)

Entretien exclusif sur la loi Travail avec Pierre Gattaz, président du Medef : « Lorsque l’on baisse les prélèvements, la croissance et l’emploi redémarrent. »

Par la rédaction de Contrepoints.

Pierre Gattaz
Pierre Gattaz (Crédits Yann Gourvennec, licence Creative Commons)

Le 19 avril dernier, le Medef avait prévenu le gouvernement et ses partenaires sociaux : le retrait du mandatement, du compte personnel d’activité et de la surtaxation des CDD du projet de loi Travail était un préalable à toute négociation, et la condition pour gagner la bataille de l’emploi engagée dans le pays. Contrepoints a interrogé Pierre Gattaz, le président du Medef, pour nous éclairer sur les raisons de sa fermeté.

Est-ce que ce sont les promesses faites par Manuel Valls aux jeunes de Nuit Debout qui vous ont poussé à formuler un « ultimatum » ?

Pierre Gattaz : Non, absolument pas. La seule chose qui me mobilise et me préoccupe c’est la création d’emplois. Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un ultimatum. Simplement nous avertissons le gouvernement que si son objectif est bien celui-là, il ne pourra pas l’atteindre avec les mesures qu’il propose.

N’oublions pas que la philosophie de cette loi, au départ, était quand même de débloquer le marché du travail en libérant les capacités d’emploi des entreprises. Les chefs d’entreprise sont des professionnels de l’emploi, ce sont eux qui le créent, ils savent à quelles conditions on peut en créer et ce n’est sûrement pas en taxant les contrats courts qu’on y parviendra.

La preuve, les entreprises sont de plus en plus taxées et le chômage ne cesse pas d’augmenter. A contrario, lorsque l’on baisse les prélèvements, la croissance et l’emploi redémarrent. On l’a vérifié récemment avec les derniers chiffres du chômage en légère baisse grâce aux premiers effets du pacte de responsabilité et de la prime pour les PME.

Mandatement pour les entreprises qui souhaitent négocier des accords mais n’ont pas de délégués syndicaux, compte personnel d’activité, surtaxation des CDD, (annoncée) : pouvez-vous expliquer à nos lecteurs en quoi ces 3 points posent un problème ?

Pierre Gattaz : Nous demandons en effet la suppression de ces trois points qui figurent dans le projet de loi El Khomri. Le mandatement syndical obligatoire, notamment dans les PME et TPE, pour négocier des accords est inacceptable. Les chefs d’entreprise doivent avoir la capacité de conclure des accords avec leurs salariés élus, qu’ils soient syndiqués ou non, à l’image de ce qui se fait dans tous les pays d’Europe. Pourquoi l’accord d’entreprise devrait obligatoirement passer par une organisation syndicale pour être légitime ? Le mandatement syndical ne doit pas être obligatoire mais facultatif. Car le mandatement obligatoire ne correspond ni aux attentes des salariés ni aux besoins des employeurs. Dans une petite entreprise de dix, vingt, trente salariés, le chef d’entreprise connaît ses salariés, il discute quotidiennement avec eux, il n’a pas besoin d’aller chercher un représentant syndical à l’extérieur pour négocier à l’intérieur.

Quant au compte personnel d’activité, il doit revenir à sa version initiale. Son unique but doit rester d’augmenter l’employabilité des salariés tout au long de sa vie professionnelle notamment grâce au compte personnel de formation. La vie professionnelle ne sera plus linéaire comme elle l’a été par le passé et, compte tenu du développement des technologies, nécessitera une formation permanente. C’est cela, le point essentiel du compte personnel d’activité.

Enfin, la taxation des CDD est une aberration économique qui ne créera, à coup sûr, aucun emploi. En revanche, c’est une évidence, cela en détruira. Si la taxation des contrats en tout genre créait de l’emploi, on aurait depuis longtemps le taux de chômage le plus bas de l’Union européenne.

La loi travail est tiraillée entre plusieurs camps qui ont chacun leurs revendications. N’est-il pas à craindre, en période pré-électorale, que tout sera fait pour trouver un apparent consensus, comme d’habitude ? Serez-vous obligé de vous en contenter ?

Pierre Gattaz : C’est en effet un véritable risque aujourd’hui. Je respecterai bien sûr la volonté politique qui s’exprimera. Si la loi El Khomri est non seulement vidée de sa substance, comme cela est le cas, mais aussi contreproductive pour l’activité et l’emploi, je serai, comme vous le dites « obligé de m’en contenter ». Je n’en fais pas un cas personnel, ce qui est en jeu, ce n’est pas moi, ce sont l’activité économique et l’emploi. Ceux qui auront du mal à s’en contenter en revanche, ce sont les demandeurs d’emploi et les jeunes entrants sur le marché du travail. Et au-delà, notre pays.