Et si l’on passait à la 6ème République dès l’année prochaine ?

Et si on inventait la 6ème République, pour qu’elle naisse en douceur, sous la pression d’un peuple déterminé et organisé ?

Par Hector Allain.

La 6ème république, c'est pour demain ?
Change By: Conal GallagherCC BY 2.0

 

Nous sommes entourés de bidons d’essence. Nous ne savons pas qui et quand craquera l’allumette. C’est ce qui se murmure dit-on dans les couloirs de l’assemblée. Le système actuel vit ses dernières heures. Un nouveau monde est en train de naître, l’ancien n’a pas l’air de vouloir s’adapter. Trop d’enjeux, trop d’égoïsme sont en cause. Notre pays a évolué souvent par la violence. Faisons le vœu, sans doute utopique, que la 6ème République naisse en douceur, sous la pression d’un peuple déterminé et organisé.

Un État en état d’urgence

L’économie en berne, le chômage, l’épée de Damoclès de la dette expliquent en partie le profond malaise du pays. Il existe d’autres causes, d’autres « bidons d’essence », également très lourds :

  • l’obsolescence du système de représentativité : tout a changé dans nos vies depuis 20 ans, sauf le système politique qui date d’un temps où il fallait 2 jours pour rallier la capitale à cheval. Ce système vit désormais pour s’auto-conserver, en s’arrogeant de nombreux avantages qui tiennent de l’Ancien régime.
  • l’injustice croissante entre les producteurs et les consommateurs : les politiques se multiplient les cadeaux pour acheter les votes, notamment ceux des fonctionnaires. Dans le même temps, les entreprises, les artisans et les classes moyennes du privé sont mis en coupe réglée. Un sentiment croissant d’injustice anime les laborares de ce pays.
  • L’essor de médias libres qui permettent aux citoyens de s’informer (contrepoints.org est un bel exemple), de s’exprimer, de structurer des idées, mais aussi de s’organiser : le système médiatique est court-circuité. Le livre Pilleurs d’État a été numéro 1 des ventes sur Amazon.fr pendant de longues semaines alors que son auteur, Philippe Pascot, était boycotté par les médias traditionnels. Même chose pour Philippe de Villiers et son dernier ouvrage, qui dépassera probablement les 500 000 exemplaires vendus.

Construire la 6ème République

Dans mon roman À la découverte du fabuleux miracle français, je décris à la façon d’un road movie la France de la 6ème République. Je reprends ici quelques mesures proposées en y ajoutant de nouvelles réflexions.

  • Le referendum électronique, la pierre angulaire d’une démocratie « haute définition ». Ce dispositif comporte de nombreux avantages :
    • il peut faire reculer la corruption (il est facile de corrompre un collège d’élus, impossible d’acheter un peuple).
    • il est plus précis. On peut voter pour un candidat parce qu’il est le moins mauvais au moment de l’élection mais ne pas être d’accord avec ses prises de position par la suite. Décider à la carte apporte de la précision.
    • il pallie les faiblesses du scrutin à 2 tours. Si deux candidats assez proches divisent les voix d’un courant au premier tour, on risque d’élire un candidat de second choix. Un vote pondéré tel que le référendum électronique le permet renforce au contraire la vérité du scrutin.
    • il permet de faire passer des mesures difficiles. Dans le système de représentation actuel, les intérêts particuliers, économiques ou idéologiques, finissent souvent par l’emporter, bloquant la vraie réforme. Le référendum seul peut réussir à faire passer la vingtaine de mesures courageuses qui débloquerait le pays.

Techniquement, le referendum électronique peut être organisé de façon peu onéreuse et fréquente. Le peuple aurait ainsi la parole non pas une fois tous les 5 ans, mais chaque week-end. On peut imaginer un dispositif  fondé sur le blockchain dans lequel chaque vote serait envoyé à plusieurs systèmes indépendants. Le vote électronique serait ainsi inattaquable.

  • La saisine citoyenne par Internet

Donner le droit au peuple de décider, c’est bien. Lui donner l’initiative de sujets à débattre, c’est encore mieux. Tout sujet rassemblant plus de 500 000 citoyens devrait être débattu par l’assemblée puis voté en référendum.

Donner ainsi un large pouvoir au peuple peut effrayer les esprits timorés mais on rétorquera que des pays comme la Suisse, parmi les mieux administrés, fonctionnent déjà sur ce principe. De nombreuses études montrent qu’un groupe bien coordonné prend de bonnes décisions. Le groupe permet en effet d’augmenter le volume d’informations disponible pour la prise de décision. Il permet aussi de gommer les biais individuels. Par ailleurs, le peuple pourrait-il faire pire que des parlementaires professionnels totalement coupés du réel et qui sont souvent les marionnettes d’intérêts particuliers ? La réponse est dans la question…

  • Une transparence totale des dépenses

L’open data se met en place beaucoup trop lentement. Dans un contexte d’augmentation constante des dépenses, il est urgent de comprendre précisément à quoi est employé notre argent. L’audit de le Région Ile de France montre à quel point des politiques hors de contrôle peuvent nuire à une communauté. Il faut  exiger la traçabilité de chaque euro dépensé. Les coûts diminueront rapidement.

  • Une réduction drastique du poids de l’État, la principale force conservatrice du pays

L’État, il faut le comprendre, est un acteur clé du blocage en France. L’État soutient le système politique actuel via les médias publics, très nombreux, et semi publics, comme les journaux subventionnés. Ce tsunami marketing mobilise tous les ans des milliards d’euros publics afin de promouvoir une idéologie conservatrice.

L’État finance aussi massivement les hommes et femmes politiques puisque plus de 50 % des élus viennent du secteur public. Il y a 2 raisons à cela : les fonctionnaires disposent de plus de temps libre, ils ont aussi l’avantage de retrouver leur poste après leur mandat. Cette inégalité est au cœur du conservatisme français. Elle conduit à un verrouillage de l’intérieur du système ; des fonctionnaires qui votent des lois pour les fonctionnaires et pour le maintien du système.

Plusieurs mesures permettront par la suite de dégraisser les effectifs publics : l’autorisation du licenciement de fonctionnaires (si on prêche l’égalité, mettons-là en œuvre sur ce point précis), la mise en concurrence systématique des services publics par le privé, l’application généralisée de l’administration électronique qui permettrait de réduire de 80 % les effectifs de nombreuses administrations.

  • Une diminution du nombre d’élus

Le nombre de « représentants » du peuple est considérable en France, ce qui n’empêche pas paradoxalement ce même peuple d’avoir le sentiment que sa destinée lui échappe. Cette surreprésentation coûte cher à la nation et augmente le conservatisme, chacun ayant plus à perdre qu’à gagner au changement. L’opacité des décisions est également aggravée. Divisons par 2 le nombre de représentants et notre démocratie s’en trouvera fluidifiée.

  • La suppression du système paritaire 

Le système paritaire a été fondé après la deuxième guerre mondiale. Les syndicats sont peu représentatifs mais leur pouvoir de blocage est exorbitant. Ce sont des machines à fabriquer du chômage et à détruire l’emploi. Sait-on également qu’ils détournent chaque année des milliards d’euros en subventions et taxes diverses ? Essayer de réformer ce système éminemment conservateur est vain. Les réformes déclenchées en Union soviétique à partir des années 1960 n’ont jamais fonctionné. Supprimons le système paritaire et remettons les négociations au cœur de l’entreprise.

  • L’élection des juges par le peuple

La Justice est une cause de frustration pour la population car ce pouvoir fondamental lui échappe totalement. Les juges, souvent des idolâtres d’extrême gauche, sont incapables d’impartialité. Pour des raisons qui leur sont propres, ils relâchent apprentis terroristes et multirécidivistes, au prix de nouvelles victimes. Soumettons les juges au vote populaire comme c’est le cas aux États-Unis et l’on rendra la justice plus « juste ».

  • Et bien d’autres choses encore… 

La liste précédente n’est pas exhaustive. La notation des services de l’État pourrait faire bouger les choses. Un tripadvisor des services publics pourrait permettre de pointer du doigt les humiliations infligées à la population laborieuse par quelques fonctionnaires ou assimilés (URRSAF, RSI pour ne citer qu’eux).  La suppression de l’ENA ferait également bonne figure dans la libération du pays…

De l’utopie à l’action, 3 leviers à actionner

Ne rêvons pas. Le système ne se laissera pas faire. Ses défenses immunitaires se dressent comme des piquets contre le changement. Le courant d’Emmanuel Macron a subi un tir de barrage de droite comme de gauche. Pire, des députés ont récemment fait passer une loi pour limiter l’accès aux ‘petits candidats’, en limitant leur temps de parole à la télévision et en imposant la publicité de leurs parrainages. Scandaleux mais compréhensible dans une logique d’autoconservation.

  • S’engager dans les initiatives citoyennes

De nombreuses initiatives comme les Zèbres d’Alexandre Jardin ou « Nous Citoyens » se sont constituées pour faire changer la France. Ces projets qui bruissent de partout contribuent à faire bouger les lignes. L’exemple de mouvements tels que Podemos en Espagne peut aussi nous inspirer. Quel que soit le mouvement, s’engager est un acte citoyen de refus de la fatalité. La convergence de ces groupes qui semble se mettre en œuvre pourrait peut être permettre d’atteindre une masse critique.

  • Fédérer les nouveaux médias

Les médias autonomes représentent une audience massive et largement sous-estimée. Il faut créer un label de qualité pour ces sites et un réseau d’échange de trafic. La création d’une régie commune pourrait permettre d’optimiser la monétisation ces médias. Là encore, la masse critique peut être atteinte rapidement.

  • Imposer la réforme aux candidats de 2017

L’élection présidentielle doit permettre d’arracher aux candidats des engagements précis, dont celui de mettre en place le referendum électronique et la saisine populaire. Ces deux évolutions sont des prérequis car il est illusoire de penser que la classe politique passe elle-même des lois qui affecteraient son bien-être. Les réformes difficiles comme la réduction du nombre d’élus ou la suppression du système paritaire ne pourront jamais passer sans la consultation directe du peuple.

Note époque est anxiogène et passionnante à la fois. L’avènement de la 6ème République est souhaitable car notre pays glissera sinon sur la pente de l’auto-destruction. Mais il n’est pas malheureusement un scénario acquis. Il n’interviendra que si chaque citoyen s’attaque à l’inertie du système, en pesant de tout son poids.