Accueil des migrants dans le 16e arrondissement : respectons la loi !

Jean-Pierre Dalbéra_Bois de Boulogne et chantier de la fondation Louis Vuitton (CC BY 2.0)

En réponse à Morane Shemtov et Pierre Cazeneuve, Pierre Farge signe une lettre ouverte sur l’installation d’un centre d’hébergement dans le Bois de Boulogne, dans le 16e arrondissement de Paris.

Par Pierre Farge.

16e arrondissement : Bois de Boulogne et chantier de la fondation Louis Vuitton
Jean-Pierre Dalbéra Bois de Boulogne et chantier de la fondation Louis Vuitton (CC BY 2.0)

 

Avocat, engagé dans la cause des réfugiés, il a attendu le seuil symbolique des 50 000 soutiens pour exprimer sa préoccupation à propos de la tournure que prend le débat du microcosme parisien au regard des enjeux de la crise migratoire européenne. Voici sa lettre ouverte.

Chère Morane1,

En octobre 2015, et encore récemment, j’étais dans le camp de Calais pour assister les réfugiés dans leurs demandes d’asile et dénoncer le désengagement de l’État dans la crise migratoire européenne.

Après ces jours et ces nuits passés au bruit des bulldozers et des sirènes, de l’odeur des poubelles et des lacrymogènes, me voici de retour dans le 16e arrondissement comme on dit, avec un début de légitimité pour parler de la réalité boueuse des migrants et témoigner de cette réunion à l’Université Paris-Dauphine.

Comme la moitié des riverains, j’ai d’abord été refusé à l’entrée. Pour autant, je n’ai vu autour de moi aucune révolte mais de l’indignation.

Pendant que cette foule prenait son froid en patience, j’ai réussi à pénétrer, à la faveur d’un agent de sécurité, à l’intérieur de l’établissement, puis, à la faveur de Laurent Batsch, dans l’amphithéâtre où se tenait le débat. Et je n’ai pas retrouvé les nantis extrémistes que vous décrivez.

On a toujours tort d’être en colère. Les circonstances qui provoquent cette colère ne l’excusent pas mais permettent de l’expliquer.

  1. Le bois de Boulogne n’est pas constructible. La mairie de Paris construit.
  2. Les principes chers à notre République dans le culte, au moins verbal, des droits de l’Homme imposent de discuter avant de décider. La mairie de Paris décide avant de discuter.
  3. Lorsque l’on organise un débat public, le bon sens impose d’ouvrir les portes à cet entier public. La mairie de Paris ne l’a pas permis.

En somme, en droit, on construit sur de l’inconstructible, on débat après avoir voté et l’on invite au débat après avoir placé la moitié des participants, contre toute attente, hors d’atteinte.

On bafoue la loi au prétexte de nobles fins et l’on continue de mentir sur la durée de ce centre d’hébergement provisoire qui n’a de provisoire que le nom. Car vous le savez, ce projet sera un nouveau Vincennes reconduit après cinq ans.

  • Parce qu’il est essentiel de faire « entendre une autre voix » dites-vous, commençons par celle des élus locaux et des riverains. Le « respect d’autrui », « l’accueil » et le « partage » commencent là ;
  • Parce qu’il est bon de s’engager pour soutenir « quelque chose » poursuivez-vous, engageons-nous par une approche plus juridique que politique ;
  • Et parce qu’avant de loger deux cents migrants dans le 16e arrondissement, il faut consacrer toute notre énergie aux trois millions qui arriveront en Europe d’ici la fin de l’année.

La pétition originelle

  1. Morane Shemtov est trésorière d’Allonsenfants, et conseillère municipale à Saint-Cloud, Master 1 Finance à Dauphine