Le Wisconsin, Waterloo de Donald Trump ?

Publié Par Daniel Girard, le dans Amérique du Nord

Par Daniel Girard.

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC BY-SA 2.0), via Flickr.

Donald Trump (Crédits : Gage Skidmore, licence CC BY-SA 2.0), via Flickr.

 

Les commentateurs prédisent son effondrement depuis des mois. Et ce n’est pas faute d’impairs que cette désintégration de Donald Trump ne s’est pas produite. Mais lorsque la goutte fait déborder le vase, c’est par un effet d’accumulation. Et cet effet d’accumulation semble à l’oeuvre au Wisconsin, où Donald Trump va affronter Ted Cruz et John Kasich mardi 5 avril, pour tenter de rafler les 42 délégués de l’État. Donald Trump en compte déjà 749, contre 455 à Ted Cruz.

La guerre des épouses

On sent, depuis dix jours, un air vicié autour du milliardaire. Les controverses, toujours aussi choquantes, se multiplient. Les attaques deviennent plus personnelles. Donald Trump n’a pas digéré la publication d’une bannière, sur Facebook, montrant sa femme, Melania, partiellement dénudée. Prise par le magazine GQ en 2000, la photo a été publiée par un groupe non affilié à Ted Cruz, Make America Awesome. Mais pour le milliardaire, il ne fait aucun doute que le sénateur texan savait tout de cette initiative. Il n’a pas tardé à lui donner la réplique sur Twitter en publiant une photo comparative des deux femmes, qui n’est pas à l’avantage de Heidi Cruz.

 

L’épisode, baptisé la guerre des épouses, alimentait les discussions lorsque la police a déposé, le 29 mars, une accusation de voies de fait contre le directeur de la campagne de Donald Trump, Corey Lewandowski. Dans une vidéo montrée par la police, le conseiller du milliardaire saisit abruptement une journaliste par le bras, le 8 mars, à Jupiter, en Floride, alors qu’elle tente d’attirer l’attention de Donald Trump pour lui poser une question. La vidéo a été disséquée image par image par les médias…

Pour Donald Trump, cette histoire est montée en épingle. Il a demandé à son directeur de campagne de comparaître le 4 mai pour démontrer son innocence. Déjà plongé dans la controverse, Donald Trump a amorcé sa campagne au Wisconsin sur une mauvaise note, en cafouillant sur l’avortement. En interview, il a dit que les femmes qui se font avorter devraient être punies, pour finalement se raviser. Mais ses partisans se sont retrouvés dans l’embarras.

 

L’establishment règne au Wisconsin

Peut-être trop occupé à préparer ses répliques à Ted Cruz et à contrer l’establishment, Donald Trump a négligé d’étudier le paysage politique républicain du Wisconsin avant de s’y lancer.

Le Wisconsin est un État où les partisans du Parti républicain sont généralement scolarisés, informés et très actifs en politique. Le gouverneur du Wisconsin, Scott Walker y est très populaire. Les républicains sont aussi fiers d’être représentés en Chambre par Paul Ryan, qui en est le président et qui a été candidat à la vice-présidence des États-Unis en 2012, sous Mitt Romney.

Les républicains du Wisconsin n’aiment pas leurs journaux. Ce sont plutôt de grands amateurs de talk shows, qu’ils écoutent avec passion. Invité à des interviews radio, Donald Trump y a souvent cafouillé. Dans une de ces émissions, le milliardaire ne savait même pas que l’animateur faisait partie du groupe #NeverTrump. L’hostilité de l’animateur Charlie Sykes a son égard n’était pourtant pas un mystère.

Donald Trump doit déjà composer avec l’hostilité de l’establishment républicain dans l’État. Au Wisconsin, le GOP appuie Ted Cruz, soutenu par le populaire gouverneur Scott Walker. Comme on le voit sur le Tweet précédent, un sondage place le milliardaire dix points derrière Ted Cruz. L’impopularité de Donald Trump est particulièrement prononcé chez les femmes républicaines.

 

Les 42 délégués du Wisconsin seront répartis comme suit : 18 délégués pour celui qui gagne l’État et 3 délégués pour chaque district remporté par l’un des trois candidats (on compte huit districts donc, 8×3=24).

Donald Trump bénéficie de partisans irréductibles qui lui sont dévoués peu importe les circonstances. Mais au Wisconsin, ces partisans se trouvent surtout dans les régions rurales, alors que dans les villes et les banlieues les membres du GOP sont viscéralement anti-Trump ; ils appuient Ted Cruz et John Kasich.

Beaucoup à méditer avant New York

Compte tenu de l’humeur de l’électorat républicain, Donald Trump créerait une surprise en l’emportant au Wisconsin. Ce gain serait le coup de grâce pour la campagne #NeverTrump. En revanche, une défaite très sévère du milliardaire pourrait ébranler son momentum alors qu’il reste deux longues semaines avant la prochaine primaire, celle de New York, où Donald Trump est largement favori pour l’emporter.

  1. « [Trump] a dit que les femmes qui se font avorter devraient être punies, pour finalement se raviser. »

    Plus ça va plus j’ai le sentiment que « protéger la vie » en luttant contre l’avortement est le prétexte idéal des conservateurs pour réprimer la sexualité des femmes.

    C’est juste mon impression, hein.

    Trump est davantage un nationaliste qu’un authentique conservateur, mais sa prise de position contre l’avortement ne m’étonne absolument pas. Tout ça est tellement prévisible. Manque plus qu’une petite déclaration homophobe de la part de Trump et le trio : xénophobie, sexisme, homophobie, sera enfin au grand complet !

    1. « Plus ça va plus j’ai le sentiment que « protéger la vie » en luttant contre l’avortement est le prétexte idéal des conservateurs pour réprimer la sexualité des femmes. »

      L’idéal serait encore de trouver quelque-chose qui rendrait possible d’avoir des relations sexuelles sans risquer de tomber enceinte. Ho wait…

      1. Désolé mais la contraception existe depuis les années ’60, avec la pilule (entre autres), contraception qui ne protège pas contre les maladies vénériennes qui sont l’indication actuelle du préservatif, lui aussi contraceptif, sa fonction première.
        Donc si je ne condamne pas l’avortement, c’est pourtant un échec: échec pour l’embryon, évidemment, échec pour la mère qui, le plus souvent, n’oubliera pas, échec pour le médecin dont le job est de protéger la vie, pas de la détruire (le nombre de volontaires est en diminution!) et dans son rôle de conseil en contraception préventive.

        Je ne vois là aucune répression de la sexualité féminine (excepté une interdiction générale officielle), au contraire: l’avortement n’est pas une mesure thérapeutique: chaque médecin devrait prévenir la nécessité d’avorter.

        1. C’est plus ou moins le sens de mon commentaire.

          1. Tant mieux!

        2. « échec pour le médecin dont le job est de protéger la vie »

          Dans certains cas c’est le fait de ne pas avorter qui met en danger la vie, en l’occurence la vie de la mère.

          « échec pour la mère qui, le plus souvent, n’oubliera pas »

          Surtout si les conservateurs n’arrêtent pas de la culpabiliser !

          Les conservateurs ont vraiment l’art de confondre cause et effet. Par exemple, pour quelle raison refusent-ils l’adoption aux homosexuels(le)s ? Parce que les enfants se feront emmerder à l’école par des camarades plus ou moins homophobes.

          Autrement dit, pour les conservateurs :
          – cause = adoption
          – effet = enfants qui se font emmerder.

          Tandis que pour les progressistes :
          – cause = homophobie
          – effet = enfants qui se font emmerder.

          Si on ne veut pas que les enfants adoptés par des homosexuels(le)s se fassent emmerder, il serait peut-être préférable de s’opposer (d’une façon libérale) à l’homophobie plutôt qu’à l’adoption.

          « Je ne vois là aucune répression de la sexualité féminine »

          Est-ce qu’un homme éprouve autant de remords qu’une femme qui avorte quand il extermine brutalement cette délicate petite forme de vie que sont les spermatozoïdes lorsqu’il se masturbe et éjacule dans des mouchoirs comme s’il s’agissait d’un vulgaire éternuement ? Les spermatozoïdes ne méritent-ils pas mieux qu’un destin aussi tragique ? Pourquoi ne pas « protéger la vie » en interdisant légalement aux hommes de se masturber ?

    2. L’avortement est un meurtre de personnes n’assumant par leurs actes.

      Rien à voir avec la soi-disante répression envers la sexualité féminine.

      C’est du même acabit, qu’une personne qui au lieu d’abandonner son enfant le jette à la poubelle.

      Cela dit, Trump a eu quelques propos misogynes et l’est peut-être.

  2. Mais qu’a donc Donald Trump pour que tant de commentateurs abandonnent tout sens critique?
    Au kilomètre:
    Guerre des épouses:
    – Le super pac « make america awsome » non affilié à Ted Cruz est décrit ici même par sa stratégiste. A vous de décider ce qu’il en est quant à ses positions http://www.huffingtonpost.com/quora/what-is-the-make-america_b_9592830.html
    – Le timing indiquerait qu’il s’agit plutôt d’une attaque préventive liée à la publication d’informations par la presse sur le fait que Ted Cruz ait des maitresses, ce qui dans le contexte du scrutin à venir dans un état très religieux (Mormons) et devenu capital politiquement pour Cruz (son coeur de cible à droite) peut se comprendre. Informations que les médias possédaient semble-t-il depuis des mois mais refusaient de publier… et qui pourraient bien avoir valu à plusieurs journalistes qui l’ont relayées de se faire virer… http://market-ticker.org/akcs-www?post=231266
    – « l’affaire Lewandowski »: la vidéo a été disséquée image par image… hum… Donc elle montre bien qu’elle a été « tirée fortement et soudainement en arrière » que quelqu’un l’a « attrapée fortement par le bras et tirée vers le bas » elle en est « presque tombée au sol mais a pu garder son équilibre » mais en a été « secouée » (toutes ces expressions sont le siennes lors de ses déclarations. Regardez à nouveau et dites moi si vous voyez bien tout ça. Deux derniers points: le State Attorney Dave Aronberg a bien tenu a préciser qu’il n’avait nullement porté des accusations contre Lewandowski, mais que la procédure était automatique au niveau des forces de l’ordre locales… http://www.wptv.com/news/region-c-palm-beach-county/west-palm-beach/corey-lewandowski-state-attorney-says-it-has-not-filed-charges-waiting-for-case-from-jupiter-pd Pourtant le procureur en question est un démocrate qui a soutenu Hillary Clinton et qui se présente à sa réélection. Pourquoi diable en arrive-t-il à devoir publier un tel texte? Ensuite sur les déclarations de la journaliste Michelle Fields. Voici ce qu’elle a écrit, où elle répète deux fois qu’on a essayé de la faire tomber au sol « aggressively tried to pull me to the ground » (qu’elle reprend de Ben Terris du WP) et « try to forcefully throw reporters to the ground »… Lisez vous-même son propre article et re regardez cette vidéo…http://www.breitbart.com/big-journalism/2016/03/10/3276486/
    -sur l’avortement: on prête à Donald Trump le fait d’avoir dit vouloir criminaliser l’avortement, puis d’avoir changé de position. C’est faux. Si on se réfère à la discussion qu’il a eu avec Matthews, deux questions ont été abordées: l’une étant de savoir ce qu’il advenait des femmes qui se faisaient avorter dans le cas où la loi deviendrait plus restrictive (cf ce que décidera la Cours Suprême une fois le juge remplaçant Scallia nommé, sachant que sa position sera déterminante et qu’elle se saisira alors certainement du débat). L’autre étant de savoir comment y répondre en tant que Président. Trump répond en gros deux choses: si la loi interdit l’avortement, alors une femme se faisant avorter devra être punie. Puis malgré l’insistance de Matthews il déclare par ailleurs ne pas savoir (une dizaine de fois) ce qu’il ferait en tant que Président, disant son dilemme entre sa foi et sa conviction catholiques d’un côté et ses obligations en tant que Président. Le texte est ici: http://www.politifact.com/wisconsin/article/2016/mar/30/context-transcript-donald-trump-punishing-women-ab/
    Deux remarques pour comprendre le contexte: la Cours Suprême dans sa décision Roe v/ Wade est claire et stipule que seule un avortement au cours du premier trimestre de grossesse était légal sans condition. Par ailleurs, les questions sont parfois délicates, car portent sur un aspect légal tandis que les commentaires mettent en exergue l’aspect affectif, moral, religieux ou sociétal. Ainsi la dernière question posée par Matthews: « Et le gars qui la met enceinte? Est-il légalement responsable de ces avortements? Ou n’est-il pas responsable pour un avortement? » Trump répond: « Eh bien cela n’a pas, n’a pas… des sentiments différents, des gens différents. Je dirai non ». Saillie de Matthews: « Eh bien, ils sont généralement partie prenante ». Dans un tel contexte, facile de faire dire ce qu’on veut à un candidat si on décide d’être partial, et ce quel que soit le point de vue en question.

    Bref, c’est bien de faire de l’anti-Trump, à condition de ne pas se décrédibiliser trop et de soumettre l’ensemble du personnel politique au même degré d’esprit critique.

  3. Hum… sont bien longues les modérations de commentaires… ou certains ne sont pas publiés?
    Juste pour savoir.

  4. En fait on s’en fout un peu! Donald Trump, loin d’avoir une majorité absolue dans son parti, na déjà plus l’approbation des Mexicains aux U.S.A., ni d’autres communautés d’immigrés de fraîche date, avec droit de vote: même candidat républicain, il n’a aucune chance de devenir président! Les paris sont ouverts?

  5. Bon alors Mr Girard, ce commentaire, vous comptez le diffuser ou quoi? Sincèrement, je me demande bien ce qu’il peut avoir de si particulier qu’il nécessite tant de temps pour le valider. Cdlt.

    1. Je ne fais pas la modération des commentaires.

  6. Navré. Cette saillie ne vous était destinée que par défaut. J’espérait rencontrer un homme comme disait notre lointain cousin grec. 😉

    1. Je ne prend rien personnel, sinon je suis dans le mauvais métier !

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