Virus Zika : les moustiques OGM au secours de l’humanité ?

Moustique Aedes aegypti en train de sucer du sang (Crédits : United States Department of Health and Human Services, image libre de droits)

Et si les moustiques OGM développés par une société privée allaient permettre de stopper le virus Zika au Brésil et ailleurs ?

Par Alexis Vintray.

Pays américains avec cas confirmés de virus Zika (février 2016) Les moustiques OGM pourraient éradiquer le virus Zika
Pays américains avec cas confirmés de virus Zika (février 2016) (Crédits BaptisteGrandGrand, CC-BY-SA 4.0), via Wikimedia

Le virus Zika, connu depuis 1947, suscite de nombreuses inquiétudes depuis son développement récent principalement en Amérique du Sud. S’il présente souvent peu de risques pour la majorité des personnes atteintes, il peut provoquer une microcéphalie chez le fœtus d’une femme enceinte touchée et augmente probablement le risque de syndrome de Guillain-Barré chez les malades.

Les inquiétudes sont vives, mais des solutions scientifiques existent, parfois depuis de nombreuses années.

Le DDT, une solution ancienne mais peu populaire

Transmis essentiellement par les moustiques, le Zika peut être éradiqué en agissant sur la cause première, les moustiques. La solution la plus ancienne est le DDT, un insecticide puissant pour lutter contre les moustiques et malheureusement largement interdit pour des considérations environnementales, de résistance de certaines espèces ou encore législatives. Pourtant il agit efficacement contre de nombreuses maladies (paludisme, dengue, chikungunya, etc.). Comme le soulignait une étude de 2013 de l’Institut Économique Molinari :

Le DDT est une référence dans la lutte contre le paludisme au milieu du 20ème siècle. Soupçonné notamment de nuire à certains oiseaux, son utilisation est abandonnée [dans certains pays]. Or, cet abandon s’est accompagné d’une résurgence de la maladie dans de nombreux pays, causant 756 000 morts en moyenne par an (2000-2010) dans le monde.

La vraie nouveauté : les moustiques OGM

Moustique Aedes aegypti en train de sucer du sang. Les moustiques OGM pourraient éradiquer le virus Zika
Moustique Aedes aegypti en train de sucer du sang (Crédits : United States Department of Health and Human Services, image libre de droits)

La piste plus intéressante et sur laquelle les scientifiques misent le plus est la piste des OGM pour lutter contre le Zika.

Comme le relate un excellent article de la Technology Review du MIT aux États-Unis, des scientifiques ont mis au point des moustiques OGM, dont le très gros atout est d’être fertiles. Ils sont relâchés en grand nombre dans les zones infectées et, en remplaçant les populations autochtones de moustiques, ils en causent aussi la fin, ou au moins la très forte diminution.

Une fois les populations de moustiques fortement réduites, les risques de transmission du Zika, de la dengue ou de Chikungunya deviennent très faibles. Pour y arriver, ces scientifiques lâchent dans la nature des centaines de milliers de ces moustiques OGM lors de grandes tournées en camion dans les zones infectées1.

Des résultats provisoires mais extrêmement encourageants

10 mois après le lancement d’un pilote en avril 2014 dans deux villes du Brésil (5 600 habitants), le nombre de cas de dengue y a chuté, de 133 en un an à… 1. Autrement dit, les moustiques OGM ont permis de stopper complètement la dengue dans les zones où ces moustiques sont testés. Et les perspectives pour Zika semblent encourageantes, la transmission étant identique.

Ces moustiques OGM ont été développés par une entreprise privée de biotechnologies, Oxitec2. La société est basée au Royaume-Uni et a mis au point ces moustiques en 2013, originellement pour lutter contre la dengue, une autre infection transmise par les moustiques et qui représente un grave problème de santé publique au Brésil en particulier. Depuis, cette solution est en cours de test dans plusieurs endroits du monde lourdement impactés par les maladies transmises par les moustiques.

La principale difficulté de cette approche est qu’il faut lâcher suffisamment de moustiques stériles pour faire disparaître les moustiques de la région concernée, ce qui nécessite de gros investissements à chaque fois, et très probablement récurrents. Autre incertitude, la connaissance parcellaire de l’évolution de ces moustiques dans l’environnement sur le long terme et la crainte de créer un nouveau problème avec les lâchers massifs. C’est pourquoi dans les différentes phases de test,  il y en a une d’essai destinée à appréhender la réception populaire de ces lâchers de moustiques.

Dans les zones testées, les scientifiques ont pu mesurer une baisse de 80% de la population autochtone de moustiques.

D’autres pistes scientifiques

D’autre solutions scientifiques s’avèrent très encourageantes, comme ces recherches menées en Australie pour injecter la bactérie Wolbachia à des centaines de milliers de moustiques. Une fois injectés, les moustiques ne peuvent plus transmettre de nombreuses maladies, dont le virus Zika, comme le souligne un article du New York Times.

Alors que la situation financière du Brésil est précaire, les organisations non gouvernementales jouent un rôle majeur pour financer les recherches ou les expérimentations. Ainsi de la fondation Bill & Melinda Gates qui, aux côtés de la fondation anglaise Wellcome Trust, a investi 40 millions $ dans ces recherches sur la bactérie Wolbachia, qui est en cours de test en Australie ou en Amérique Latine.

Enfin, d’autres chercheurs, à des stades moins avancés, essaient de modifier en masse les gènes des populations de moustique, avec la technologie dite du « gene drive », mais qui doit encore faire ses preuves.

Le refus dangereux des OGM

Cependant, comme à chaque fois en France avec les OGM, le refus systématique des OGM vient mettre en danger ces recherches, et les craintes pas forcément fondées passent souvent devant l’intérêt sanitaire.

Sans surprise, les adversaires classiques des OGM ont déjà commencé à s’agiter, essentiellement chez les écologistes ou à l’extrême gauche. Ainsi du journal Bastamag, « journal indépendant » classé très à gauche et qui a déjà sévèrement critiqué les recherches d’Oxitec dans un article alarmiste de 2014 : Des millions de moustiques OGM sur le point d’être commercialisés au Brésil.

Or, à refuser d’avancer dans cette voie par crainte injustifiée des OGM, il y a un gros risque, la transmission par voie sexuelle de Zika ayant été avérée dans plusieurs pays désormais. Et à ce stade, les moustiques OGM ne peuvent plus rien.

Espérons que, pour le bien des millions de personnes concernées, la raison et la science sauront l’emporter sur des inquiétudes excessives et sur un principe de précaution mal compris, qu’il importe de mettre en rapport des millions de personnes qui continueront à être infectées si l’on ne fait rien.

Pour approfondir :

  1. Plus précisément, les moustiques produits doivent être adaptés à chaque zone, par exemple parce les types de moustiques varient, e.g. entre Aedes albopictus et Aedes Aegypti
  2. D’autres projets sont également en cours en France, en visant en particulier la Guyane