La Havane : le sans faute d’Obama

Barack Obama a réussi a redonner l’espoir aux Cubains, au grand dam de Raul Castro.

Par Fabio Rafael Fiallo.

obama René Le HonzecBien avant l’arrivée de Barack Obama sur le sol cubain, la nervosité était patente chez les tenants du castrisme. Le Président Castro était fort conscient du profit qu’il allait tirer de ce moment historique du processus de dégel des relations entre Washington et La Havane. Il n’en savait pas moins ce à quoi il s’exposait en accueillant un président américain prêt à défendre la cause des droits de l’homme et de la liberté devant un régime qui ne cesse de bafouer ces valeurs universelles.

La nervosité des castristes était d’autant plus compréhensible que, d’après un sondage réalisé au mois d’avril de l’année passée, la cote de popularité d’Obama (80%) auprès des Cubains est bien supérieure à celle des frères Castro (47% pour Raul et 44% pour Fidel).

Pour énerver le régime, il y avait, surtout, cette condition sine qua non posée par Obama : pouvoir s’entretenir avec les Dames en blanc et autres représentants de la dissidence cubaine, ceux-là mêmes qui sont traités comme des parias dans leur propre pays, qui sont tabassés et arrêtés chaque semaine après leur courageuse manifestation dominicale.

Devant se résigner à accepter cette rencontre exigée par Obama, le pouvoir castriste tenta d’en diluer l’impact en essayant d’y incorporer des soi-disant représentants de la société civile choisis par le régime (une façon à peine voilée d’introduire ses pions et des informateurs). Il n’en fut pas question : pour les autorités américaines, la liste était non négociable. Seuls les dissidents cubains sélectionnés par la partie américaine y seraient conviés.

Le malaise chez les autorités cubaines se fit sentir dès les premières minutes du séjour du président de « l’empire » : contrairement à l’usage protocolaire, le Président cubain ne vint pas accueillir son homologue sur le tarmac de l’aéroport de La Havane.

Or, tout bien pesé, l’absence du chef de l’État cubain à cette occasion allait dans le sens des intentions d’Obama : faire de son séjour le moins possible une visite d’État, mais plutôt une rencontre avec le pays et son peuple.

Sa façon de descendre de l’avion alors qu’il pleuvait, tenant lui-même un parapluie qu’il partageait avec son épouse, plutôt que d’avoir un subalterne pour faire cette tâche, fut une opération de communication réussie. D’autant que le contraste était frappant entre l’image d’un président américain, un parapluie dans la main, et celle d’un Evo Morales, président de la Bolivie – fils spirituel du castrisme – qui, quelques mois auparavant, se fit attacher ses chaussures en public par un de ses gardes du corps.

Le démocrate face au dictateur

La conférence de presse qui eut lieu le premier jour de la visite permit de montrer aux Cubains, et au monde, l’abîme qui sépare une démocratie d’une dictature dans le domaine de la communication. À côté d’un Obama détendu tout au long de l’exercice – car habitué au jeu de questions et réponses – on put voir et entendre un Raul Castro éreinté par une simple question d’un journaliste concernant l’existence de prisonniers politiques à Cuba.

Sans pouvoir cacher son agacement, le président cubain eut le toupet de nier qu’il y ait ce genre de prisonniers dans l’île qu’il gouverne. Cette réponse aura mis le régime cubain dans l’embarras, et ce pour longtemps.

Car désormais, chaque dimanche, quand les Dames en blanc et autres dissidents seront battus dans la rue, puis amenés de force dans un commissariat du régime, et que les images de ces exactions seront diffusées par les média internationaux, la réponse de Raul Castro au journaliste résonnera comme un mensonge flagrant.

Le moment fort de la visite d’Obama se produisit lors du discours qu’il prononça au Théâtre National, un discours que le régime accepta (sûrement pas de bonne grâce) de retransmettre intégralement par la télévision nationale.

Devant Raul Castro et une audience triée sur le volet par les autorités cubaines, le Président Obama lança un plaidoyer en bonne et due forme en faveur des droits de l’homme, de la liberté d’expression et d’entreprendre, et de la démocratie. Rien n’y manqua.

Comme c’est le propre de tout grand discours, on retiendra de celui-ci surtout une phrase, adressée implicitement au Président Castro : « Vous n’avez pas besoin de craindre les voix différentes du peuple cubain ». Combien de Cubains n’auront-ils pas vibré d’émotion à ce moment !

Cette phrase, que jusqu’alors il aurait été inimaginable d’entendre dans un discours retransmis à la radio cubaine et qui plus est devant Raul Castro en personne, rappelle à bien des égards celle prononcée par Ronald Reagan à l’adresse de Gorbatchev devant le mur de Berlin : « Abattez ce mur ».

Quelques heures après son discours, ce fut l’entretien d’Obama à l’ambassade des États-Unis avec des figures de la dissidence. Entretien qui, par le simple fait d’avoir eu lieu, aura rehaussé aux yeux du monde la valeur et l’importance de la courageuse lutte pour les droits de l’homme que mènent dans l’île communiste des hommes et des femmes que, jusqu’alors, aucun chef d’État – François Hollande et le Pape François y compris – n’avait osé rencontrer.

Conscient de l’impact que la visite d’Obama allait avoir sur les citoyens de ce pays, le Président Castro avait programmé un spectacle des Rolling Stones tout de suite après celle-ci. Histoire de faire dévier l’intérêt de la population vers quelque chose d’autre que le séjour du Président des États-Unis.

Pas sûr, cependant, qu’un spectacle rock and roll, avec des acteurs aussi célèbres soient-ils, puisse faire oublier de sitôt le passage d’un président américain qui, par de multiples gestes et paroles, aura, mieux que quiconque, su inoculer le ver de l’espoir (Sí, podemos – Yes, we can) dans l’âme du peuple cubain.