Les taux négatifs pour les nuls

Images Money-broken piggy bank(CC BY 2.0)

On voudrait nous faire croire qu’il est normal que notre épargne perde de sa valeur au fil du temps.

Par Simone Wapler

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Images Money-broken piggy bank(CC BY 2.0)

 

Je partais du principe que, dans l’Histoire, toutes les bêtises financières avaient déjà été faites. Grave erreur. Les taux d’intérêt négatifs sont une nouveauté.

Justifier des taux d’intérêt négatifs revient à dire qu’un saucisson moins une tranche dans un an vaut mieux qu’un saucisson entier tout de suite… qu’une voiture neuve de 1 800 cm3 dans trois ans vaut mieux qu’une voiture neuve de 2 000 cm3 tout de suite… ou encore que l’ombre vaut plus cher que la proie.

Bref, le temps n’aurait plus aucune valeur et la sagesse populaire qui veut que « un tiens vaut mieux que deux tu l’auras » serait devenue folie au 21ème siècle.

Pour une certaine variété d’économistes, il y aurait un excédent d’épargne (savings glut), ce qui justifierait que les taux soient faibles, puis nuls et maintenant… négatifs. Pas assez d’investissements possibles en regard de l’argent disponible : voilà d’où viendrait nos malheurs. « Il vaut mieux entendre ça que d’être sourd », aurait dit mon grand-père.

Quel esprit tordu peut imaginer un « excédent d’épargne » ? Pourquoi l’épargne dépasserait-elle les besoins d’investissement ? En vieillissant, il est normal d’épargner en prévision de ses vieux jours et de diminuer sa consommation.

C’est ce que font les gens des pays développés qui le peuvent. Ils savent qu’ils auront besoin de vivre sur leurs économies pendant la période de leur vie durant laquelle ils ne pourront plus travailler ; cette période est de plus en plus longue à cause de l’augmentation de l’espérance de vie. Il est normal que dans une population vieillissante, les besoins d’investissement, la production et la consommation diminuent.

Logique détraquée

Entrons une minute dans la logique détraquée de ceux qui analysent qu’il y aurait un excédent d’épargne. Selon eux, le monde serait majoritairement peuplé de fourmis parcimonieuses. Ces fourmis immortelles, travailleuses incessantes, consommeraient moins que les capacités de production. Leur désir d’accumulation détruirait leur propre épargne dont la rémunération passerait de faible, à nulle, puis négative…

Si, à l’échelle mondiale, un excès d’épargne avait réellement été responsable des taux bas et de la formation des différentes bulles financières de ces dernières décennies, alors cet excès d’épargne aurait dû s’accompagner d’une baisse de la consommation. Or il n’en a rien été !

La vérité est différente. Les fourmis ne sont pas immortelles et elles ne sont pas non plus stupides. Elles ont remarqué que, même si les taux d’intérêt baissaient, leurs dépenses contraintes (impôts, taxes, santé, et quantité de choses inutiles mais devenues obligatoires par un foisonnement de nouvelles législations) augmentaient. Pour compenser, elles mettent plus de capital de côté, elles souscrivent à des placements sûrs, comme les dettes d’État.

En réalité les taux bas, puis nuls puis négatifs sont le fruit de l’expansion du crédit « adossé à rien » qui n’est autre que la forme moderne de la création monétaire. Les kleptocrates, pour bien vivre et mener grand train, ont besoin de décider à la place des fourmis dans quoi il faut investir, à qui il faut redistribuer.

Un système impossible

Le vrai capital des fourmis sert en réalité de caution financière aux émissions de dette publique des kleptocrates. L’épargne — qui est le seul véritable capital — se retrouve noyée dans ces « liquidités factices » dues à la création de crédit.

Le fonctionnement actuel du système financier est fait par et pour les kleptocrates. Il s’articule de la façon suivante :

    • Les dépôts en banques sont obligatoires.
    • Les banques prêtent à l’économie (c’est-à-dire aux États, aux acteurs des marchés financiers, aux entreprises, aux consommateurs) vos dépôts, mais aussi bien plus que vos dépôts puisque « les crédits font les dépôts ».
    • Votre argent qui est prêté est toujours disponible.

Comme c’est impossible, pour éviter tout accident, les banques centrales prêtent, à taux toujours plus bas, aux banques commerciales en difficulté, de l’argent qui n’existe pas. Les banques commerciales touchent des intérêts sur de l’argent qui ne leur coûte rien. Les politiciens qui ont de très bonnes idées pour dépenser l’argent des autres trouvent une source de financement apparemment inépuisable qui leur évite de lever des impôts pour financer leurs brillantes initiatives. Des économistes payés par l’argent public ou les banques justifient que tout est normal et que nous vivons dans le meilleur des mondes possibles.

Cependant, avec les taux négatifs, le bouchon a été poussé un peu loin. Il faudra empêcher les fourmis de retirer leur argent des banques si on les punit. C’est l’objectif de la guerre contre le cash.

Pour les fourmis, reste la question de la rémunération de l’épargne. Heureusement, elles sont ingénieuses et en ont vu d’autres. Certaines ont ainsi imaginé le financement participatif — ou crowdlending — qui rencontre de plus en plus de succès. Cette pratique permet à votre épargne de participer à l’économie réelle en sélectionnant vous-même les petites entreprises auxquelles vous allez prêter. Vous retrouvez un rendement convenable tout en finançant des entreprises viables dont la taille ne leur permet pas d’accéder au marché. C’est un salutaire retour aux sources : un prêteur qui sait ce qu’il finance et un emprunteur responsable.

Qui a dit que la fourmi n’était pas prêteuse ? La cigale ne l’emballe pas et on la comprend… mais il restera toujours des fourmis besogneuses et emprunteuses.

Pour plus d’informations et de conseils de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.