L’Unef ne comprend plus la jeunesse

Unef et cgt crédit Alain Bachellier (CC BY-NC-ND 2.0)

L’Unef est vent debout contre les attentes des jeunes de la génération Z !

Par Gaspard Koenig
Un article de Génération Libre

Unef et cgt crédit Alain Bachellier (CC BY-NC-ND 2.0)
Unef et cgt crédit Alain Bachellier (CC BY-NC-ND 2.0)

L’encre – ou plutôt les mégabits – n’en finit plus de couler sur la génération Z (également baptisée « iGen »), née au tournant du XXIe siècle, et qui déjà succède aux Y ou « millenials ». Le dernier rapport en date, publié par Innovation Group, annonce une nouvelle révolution sexuelle : les Z se projettent par-delà le partage binaire entre homme et femme. Un tiers considèrent que le genre ne définit pas un être humain, et plus de la moitié ne prêtent plus attention aux étiquettes M/F des vêtements. Un nombre croissant d’ados refusent l’idée d’être homo ou hétéro, mais explorent des degrés de bisexualité. Un nouveau monde de nuances émerge, ou l’on peut se découvrir neutre, pansexuel, cisgenré, transgenre, demisexuel, grissexuel, aromantique, gynesexuel ou genderfluid… De plus en plus, l’individu s’affranchit du donné biologique pour se construire de manière autonome.

Voilà qui complète fort logiquement l’étude plus classique sur la génération Z publiée par EY il y a quelques mois, décrivant des jeunes connectés depuis le berceau, assoiffés d’indépendance et de produits sur mesure, habitués à apprendre par eux-mêmes, mais aussi conscients de la brutalité du monde qui les entoure, et plus responsables que leurs aînés vis-à-vis de la planète ou de la société. Les Z semblent entrepreneuriaux de naissance : 62 % souhaitent fonder leur entreprise plutôt que de devenir salariés ; 71 % anticipent sans crainte un premier échec. Leur modèle, c’est un peu le YouTuber Felix Kjellberg, plus connu sous le nom de PewDiePie, qui, après avoir vendu des hot-dogs pour financer son addiction aux jeux vidéo, a fait fortune en commentant ses parties sur sa chaîne YouTube (les revenus qu’il tire de la publicité sont estimés à 4 millions de dollars par an). Et ceux qui veulent trouver un boulot plus conventionnel postent une vidéo sur JobSnap, la nouvelle appli à la mode de la Silicon Valley, qui ne se donne même plus la peine d’avoir un site Internet (totalement ringard), et se définit comme « le chemin vers l’embauche de la génération Z ».

La génération Z n’a pas encore les penseurs de son âge

Chacun peut faire l’expérience de ces nouveaux rapports au travail. Mes jeunes recrues, au croisement des Z et des Y, fonctionnent par projets. Il est inutile, voire contre-productif de leur dire quoi faire. Il suffit de leur donner les données du problème, et de les laisser trouver leur propre voie vers la solution. Il faut les convaincre, pas les contraindre. À moins d’être singulièrement dépourvu d’autorité, je constate au quotidien que la relation de subordination est en passe de devenir caduque. À l’organigramme se substitue une forme de cogestion horizontale. Chacun gère son temps, sa vie, et les réunions se font sur Skype. À un entretien d’embauche, je me suis entendu dire : « Surtout, pas de CDI », le salariat étant perçu comme une forme d’aliénation de soi (point de vue que les marxistes ont d’ailleurs longtemps défendu). Des entrepreneurs autour de moi font le même constat : le « freelancing » devient un choix culturel.

Choisir son sexe, son activité, ses journées : n’est-ce pas un avenir digne d’être défendu, quand bien même il ouvre des sujets de régulation fort complexes, et que la plupart des travailleurs resteront longtemps à l’écart de ce nouveau paradigme ? Il n’en demeure pas moins une question troublante : où est donc passée la génération Z en France ? Les jeunes lycéens et étudiants sont descendus deux fois dans la rue ces dernières années, sous la bannière du conservatisme le plus radical. D’abord pour rejeter le mariage homosexuel et défendre le modèle de la famille traditionnelle mononucléaire. Ensuite pour refuser la barémisation des indemnités prudhommales et revendiquer le droit au CDI. Nos ados sont-ils des papis ?

Quand j’étais en terminale, et que je militais à la cellule communiste de mon lycée (aveu douloureux), je me rappelle avoir défilé contre la réforme de l’éducation de Claude Allègre, qui, rétrospectivement, me paraît plutôt courageuse. La leçon que j’en tire, c’est que l’idéologie progresse moins vite que la pratique. La génération Z n’a pas encore les penseurs de son âge, même si certains groupes minoritaires, comme l’association Students for Liberty, commencent à dépoussiérer les slogans de l’Unef. Il est bien connu que la chouette de Minerve ne prend son envol qu’à la tombée de la nuit…

Sur le web