L’économie selon Donald Trump : taxes, subventions et idées simples

L’économie selon Donald Trump est simple et il a des idées simples pour que tout aille mieux.

Par Simone Wapler

Darron Birgenheier-Donald Trump in Reno Nevada-janvier 2016 (CC BY-SA 2.0)
Darron Birgenheier-Donald Trump in Reno Nevada-janvier 2016 (CC BY-SA 2.0)

 

Je m’amuse beaucoup avec Donald Trump.

Son discours nous change de celui des PhD, les énarques version américaine. Je me fiche éperdument de qui les Américains éliront pour mal gérer leur pays ; Donald est mon candidat comique préféré.

J’ai bien aimé son histoire de fabriquer les iPhones aux États-Unis.

« Nous allons amener Apple à construire leurs maudits ordinateurs et machins dans ce pays plutôt que dans les autres pays ».

L’économie selon Donald Trump

L’économie selon Donald Trump est simple et il a des idées simples pour que tout aille mieux.

Presque tout le monde possède ou a envie de posséder un appareil Apple, même si personne ne vous oblige à en acheter un. Le succès de la marque tient au fait que ses objets sont utiles et agréables.

Les États-Unis ont un énorme déficit commercial, ils exportent moins que ce qu’ils importent et ils noient le monde sous leurs dollars. Rapatrier la fabrication des iPhones sur le sol américain est une brillante idée de notre Donald à la crinière jaune. Moins de dollars à l’extérieur, plus d’iPhones à l’intérieur.

En France, on n’a pas de pétrole — on a des intellectuels aussi dangereux que Donald, mais moins rigolos. Donald a piqué son idée de « patriotisme économique » à Arnaud Montebourg, notre flamboyant ex-ministre de l’Industrie et du redressement économique, moulé en marinière pur coton d’Égypte. Comme il fut éphémère, je vous rappelle à quoi il ressemblait.

Ma propre belle-mère avait à l’époque estimé qu’un homme capable d’accepter un portefeuille de ministre portant un nom aussi prétentieux que « redressement productif » était dénué de bon sens. L’avenir a prouvé que ma belle-mère avait raison, même si elle n’a aucun diplôme d’économie. Elle se contente de dépenser un peu moins que ce qu’elle peut se payer, d’acheter ce qu’elle pense lui être utile ou ce qui lui plaît, et, dans tous les cas, au meilleur prix possible. Le « patriotisme économique » l’a donc laissée de marbre.

Le patriotisme économique : taxez ce que d’autres font mieux que vous

Le patriotisme économique n’est qu’une arnaque de plus. Supposez que vous soyez Norvégien et que vous aimiez les oranges. Vous mangez des oranges espagnoles car les Espagnols ont dans ce domaine un avantage concurrentiel sur les Norvégiens : chaleur et soleil favorisent la pousse des agrumes. Cet avantage gratuit (oui, nous vivons dans un monde cruel) fait que malgré le coût du transport entre l’Espagne et la Norvège, les Norvégiens peuvent se payer des oranges.
Arrive un grand planificateur patriote norvégien ; il souhaite compenser la cruauté de l’avantage concurrentiel gratuit des Espagnols et de la mondialisation et taxe à l’importation les oranges espagnoles. Les Norvégiens payent donc plus cher leurs oranges.

En tout contribuable sommeille un consommateur (et inversement)

Cette situation attire le regard d’un entrepreneur qui calcule que produire des oranges en Norvège pourrait alors devenir rentable. Il grenouille donc auprès du gouvernement pour :

  • Obtenir du ministère du Patriotisme économique des subventions pour une orangeraie norvégienne chauffée au pétrole norvégien et éclairée aux UV artificiels.
  • Que le ministère de la Santé fasse la promotion des bienfaits de la vitamine C ce qui lui fera de la publicité indirecte gratuite.
  • Que le ministère de l’Écologie vante les mérites des productions de proximité à trace carbone diminuée, toujours pour la publicité indirecte gratuite.

Tout cela évidemment aux frais des contribuables norvégiens qui pourront désormais manger des oranges toujours aussi coûteuses mais en plus subventionnées.

Qui profite de cette histoire ? Les grands planificateurs et l’entrepreneur, nos patriotes. Qui est lésé : les Norvégiens amateurs d’oranges, qui les payent bien plus cher.

Il n’y a rien que des taux d’intérêt négatifs ne puissent arranger

Mais revenons à Donald Trump et aux iPhones. Combien coûterait un iPhone made in USA ? Un éditeur spécialisé, CNET s’est penché sur la question plus vite qu’Apple (qui est trop occupé avec le FBI en ce moment) et est revenu avec un chiffre : 1 300 $ minimum.

Donald n’est pas idiot, il a la parade : il se propose de mettre une détaxe de 35% sur les produits made in USA. Ce qui pourrait ramener le prix de l’iPhone à… 877,50 $ minimum. C’est encore plus cher qu’aujourd’hui (650 $), mais quand on aime sa patrie, on ne compte pas. Évidemment, il reste un petit problème. Apple exporte, et si Apple double ses prix, les exportations pourraient baisser. Mais on ferait encore plus de patriotisme économique pour compenser.

Quel est l’avantage concurrentiel de la Chine pour produire les machines à la pomme que n’auraient pas les États-Unis ? Les salaires. Les Chinois de Foxconn sont moins bien payés que les salariés les moins bien payés des États-Unis. Ceux du Wyoming et de Géorgie touchent 5,15 $ de l’heure. À huit heures par jour et cinq jours par semaine, ils gagnent encore le double des Chinois.

Pour compenser, le gouvernement Trump pourrait très bien payer des Américains pour qu’ils achètent des téléphones Apple made in USA. Il suffit de leur accorder un crédit à taux d’intérêt négatif et le tour est joué !

Ou bien le gouvernement Trump pourrait aussi payer les gens de façon à compenser les mauvais salaires d’Apple.

Ou les deux… Le gouvernement paye les Américains pour fabriquer les téléphones et le gouvernement les paye pour les acheter, à crédit, bien sûr.

Et pour les payer, le gouvernement crée de l’argent.

Ou bien le gouvernement Trump pourrait forcer Apple à distribuer ses dividendes en salaire. Les actions Apple s’effondreraient ce qui ruinerait les fonds de pension actionnaires et les retraités qui dépendent des dividendes de sociétés comme Apple. Pour compenser, le gouvernement Trump paierait les pensions en créant de l’argent.

Au fond, c’est triste, Trump est comme les autres. Il n’aime pas l’idée que la croissance économique dépende de la liberté qu’on laisse aux gens de choisir ce qui leur convient et de s’organiser pour le produire au mieux. Il ne souhaite pas faire appliquer les mêmes lois à tout le monde pour instaurer une concurrence loyale, sans carottes pour les uns (avantages fiscaux et passe-droits) ni bâtons pour les autres (taxes et impôts).

Trump a beaucoup trop d’idées.

Ce qu’il nous faudrait, c’est quelqu’un sans idée, qui nous laisse respirer et avoir nos propres idées. Mais ce ne serait pas un comique.

Pour plus d’informations de ce genre, c’est ici et c’est gratuit.