Les économistes confondent-ils l’œuf et la poule ?

Poule (Crédits Steven Lilley licence CC-BY-SA 2.0)

De nombreux économistes sont victimes de biais psychologiques pour expliquer le lien entre croissance, richesse ou chômage. Qui est l’œuf, qui est la poule ?

Par Florent Belon.

Poule (Crédits Steven Lilley licence CC-BY-SA 2.0)
Poule (Crédits Steven Lilley licence CC-BY-SA 2.0)

Le célèbre paradoxe de l’œuf et de la poule  : « Qu’est-ce qui est apparu en premier : l’œuf ou la poule ? »

La réponse a beaucoup de conséquences si on la transpose à l’économie.

En effet, de nombreux économistes sont victimes de biais psychologiques (ou plutôt de biais de raisonnement afin d’éviter que mes propos soient mal interprétés) lorsqu’ils évoquent les relations entre PIB et consommation ou chômage et j’en oublie sûrement d’autres.

On entend alors les réflexions suivantes : « la croissance est tirée par la consommation… », ou encore « il ne peut y avoir de réduction du chômage sans croissance »…

Ils sont totalement obnubilés par la statistique, la comptabilité nationale.

Il y a alors à mon sens une erreur de raisonnement, une corrélation n’est pas une relation de cause à effet. Comme le dit Nicholas Taleb, « la corrélation est un charlatanisme ».

PIB et consommation

Le PIB a pour but de mesurer la richesse produite.
La richesse a pour vocation d’être :

  • soit consommée (une pizza fraîche par exemple)
  • soit épargnée, ce qui permet de constituer un capital ; voir la définition du dictionnaire d’économie politique de Charles Coquelin, « il est le fruit de l’accumulation. C’est l’ensemble des valeurs antérieurement soustraites à la consommation improductive et que le passé a légué au présent […] » 

Il existe ainsi une égalité de principe : PIB = consommation + épargne (synonyme de capital).
dont investissement (FBCF)

De nombreux économistes constatent alors que si le PIB a augmenté ou baissé, c’est en raison d’une hausse ou baisse de la consommation ou de l’investissement.

Or, il s’agit plutôt d’une affectation de la richesse produite à la consommation ou à l’épargne et non d’un rapport direct de cause à effet.

Il est vrai que si l’on utilise son épargne pour consommer ou investir, cela va stimuler la production de biens de consommation ou d’investissement, et donc toutes choses égales par ailleurs, la création instantanée de richesses. Mais ce phénomène est celui d’un transfert de ressources dans le temps, l’épargne constituée en N est transformée en investissement ou consommation en N+1. Rien de plus.

Cette argumentation est souvent utilisée par des tenants de la relance. Elle conduit à consommer des ressources par anticipation, menant au mal investissement, à l’endettement et à la création monétaire.

Mais si l’on souhaite augmenter la création de richesses, c’est le capital matériel, financier et surtout humain qu’il convient d’accroître.

« Le capital est un levier qui doit augmenter l’énergie, la puissance, la fécondité, de ses travaux futurs. » « Sans l’assistance d’un capital dans l’oeuvre de la production, l’homme ne peut rien et son travail même est stérile. »
Dans Dictionnaire d’économie politique de Charles Coquelin

Ainsi, le capital est le paramètre fondamental de la productivité du travail humain. Plus le capital est abondant, et plus la production de richesses d’un homme par unité de temps de travail est élevée. Cette abondance de capital est la seule voie permettant la prospérité générale.

En outre, si le travail a besoin de capital pour être efficace, un capital sans travail dépérit. Par conséquent, le nombre d’emplois offerts dans une économie est également une fonction du capital disponible.

PIB et chômage

Un constat est réalisé, le chômage ne baisse pas en l’absence de croissance.

La richesse est produite par les facteurs capital et travail en fonction de la productivité de leur association.
À productivité identique (malheureusement nos gains de productivité sont très faibles, en raison de sur-emploi dans certaines entreprises et la sphère publique, les gains de productivité de certains étant absorbés par la baisse de productivité de postes devenus sans, ou de moindre utilité, et les réglementations faisant le reste pour détourner les agents de la création de richesse et de son efficience) l’utilisation d’une plus grande quantité de facteur cause une hausse de la production.

Par conséquent, toujours à productivité égale, une hausse du nombre d’heures travaillées et a priori de personnes en activité ou une baisse du chômage (à effectifs de la population active identiques) entraîne une hausse de la production de richesse et donc de la croissance.

C’est la baisse du chômage qui peut entraîner la croissance. D’où la nécessité de bénéficier d’un marché du travail efficient, et non pas encore repousser cette réforme aux calendes grecques dans l’attente d’un retour de la croissance.

Oui, il existe un cercle vertueux, la croissance va permettre d’augmenter la richesse produite, les personnes ayant retrouvé une activité ou accru leur activité permettent une hausse de la demande solvable, la part non consommée accroissant le capital facteur de croissance long terme.

Mais la croissance reste une résultante de la mobilisation du capital humain et surtout de sa productivité soutenue par un capital financier et humain important.

L’économie est un processus dynamique de relations humaines et techniques (praxéologie).
La réduire à la statistique et à la comptabilité nationale sont des périls constants.