Loi El Khomri : l’impossible réforme

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Evolution du code du travail

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Loi El Khomri : l’impossible réforme

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 22 février 2016
- A +

Depuis le récent remaniement ministériel, plus aucun doute n’est permis : la majorité ne gouverne plus, ni de près ni de loin. Le président Hollande, réduisant ses objectifs à un seul, sa réélection à tout prix, tente un peu tout et n’importe quoi, en vrac, pour inverser une courbe du chômage devenue synonyme d’épieu douloureux dans le fondement de son futur quinquennat. Et pour plier cette courbe à son objectif électoral, le président semble tout miser sur… Myriam El Kohmri.

La stagiaire est donc montée dans les tours et le petit moteur vrombit maintenant à plein régime : voilà une belle loi, toute pimpante et fort vigoureuse, destinée à réformer en profondeur le droit du travail. Si, dès la lecture de cette ligne, vous avez comme un sentiment de déjà-vu, c’est normal. Cela fait plusieurs mois que le droit du travail est sur la sellette, et plusieurs mois qu’on parle de le réformer aussi vigoureusement dans les mots que mollement dans les actes.

myriam el khomri et sa réforme qui cogne

On se souvient sans mal qu’en novembre dernier, déjà, étaient évoquées quelques pistes musclées pour redonner un peu de latitudes aux entreprises et aux employeurs dans un pays complètement calcifié par les codes, et on se souvient aussi qu’après examen minutieux des propositions d’El Kohmri, il ne restait pas grand-chose des belles intentions de départ, à l’exception peut-être du montant des tickets resto, ouvert à négociations…

Mais cette fois-ci, c’est du sérieux. C’est d’ailleurs d’autant plus facile à comprendre lorsqu’on voit que toute la gauche ou presque s’est levée, comme un seul homme, pour dénoncer le projet de loi en question : depuis les députés frondeurs qui dénoncent « le retour au droit féodal », « la plus importante contre-révolution depuis un siècle » ou « une trahison de la gauche », en passant par un Gérard Filoche remonté comme un coucou suisse et qui réclame à qui veut l’entendre une grève générale de tout le monde partout et tout le temps possible, il n’y a aucun doute que l’actuelle ministre du Travail a touché un paquet de cordes sensibles.

filoche alors là ça va ch

Il faut dire qu’avec ce que propose El Khomri, il y a matière à débat voire à crises de nerfs dans les rangs de gauche et des syndicats où, on le rappelle, leur désir permanent de venir en aide aux chômeurs et aux pauvres leur en fait créer de nouveaux un peu tous les jours. Qu’on en juge ici : des entreprises qui pourraient déroger aux règles de rang supérieur, une plus grande souplesse dans les horaires hebdomadaires, notamment en cas de problèmes économiques, le plafonnement des dommages et intérêts en cas de licenciement déclaré abusif, refonte des principes du licenciement économique, bref, tous les sujets explosifs sont mis sur la table, et relayés par une presse qui se fait fort de présenter la proposition de réforme d’une façon délicieusement neutre.

mini myriam el khormi dans un petit coinDans ce contexte, pas étonnant d’observer une crispation brutale, complète et probablement définitive des syndicats et des politiciens, au point que soit envisagé le passage en force de la loi, utilisation du 49.3 à la clef.

Au vu de ces crispations, de ces pétitions, de ces cris enragés, de ces hurlements, de ce déferlement de consternations, on sait déjà que si une telle réforme devait effectivement voir le jour, ce ne serait qu’après un rabotage massif diminuant drastiquement la portée du texte. Heureusement, Hollande est déjà intervenu, tant pour calmer le jeu que remettre la ministre dans son cadre en rejetant toute possibilité du sulfureux 49.3.

Autrement dit, tout ceci va, encore une fois, se terminer en jus de boudin.

Mais, du reste, peut-on vraiment s’en étonner en France ? La question n’est pas seulement rhétorique : encore une fois, en France, une volonté de réforme va être très proprement étouffée dans l’œuf. On savait déjà fort bien, par les nombreuses tentatives et les nombreux échecs qui se sont accumulés les décennies précédentes, que les « réformes » menées en douceur en faisant de longues négociations impliquant toutes les parties concernées (essentiellement donc, les syndicats) n’aboutissaient à rien de vraiment palpable ni en matière de simplification des codes, ni en matière d’assouplissement des lois et règlements qui corsètent l’emploi en France, que du contraire même. On sait maintenant aussi que le passage à la hussarde – dans les mots tout au moins – ne marchera pas non plus.

Et si on peut l’affirmer calmement, c’est simplement parce que tout, en France, participe de cette illusion que les syndicats sont là pour protéger les salariés et non leur petit pré carré, que le patronat ne veut que la perte des salariés, que l’exploitation de l’homme par l’homme bat son plein, et que toute la propagande (il n’y a pas d’autres mots) est en place pour frapper d’anathème tout ce qui pourrait redonner un peu de mou à la gestion des emplois.

Et le meilleur anathème reste bien évidement celui du libéralisme.

Or, avec un timing absolument génial, qu’observe-t-on actuellement ? Un déferlement d’antilibéralisme primaire, viscéral même, tant pour fustiger ce projet de réforme que pour bien faire comprendre que l’État et les syndicats sont les seuls remparts contre un monde abominable qui se dessine si jamais on applique les propositions d’El Khomri.

Comment ne pas voir la coïncidence commode de la diffusion, actuellement sur Arte, de la navrante série Trepalium, dans laquelle est décrite une société dystopique avec architecture soviétique, personnages déshumanisés, pauvreté endémique typique des pays communistes, un État policier intervenant massivement dans l’économie, des apparatchiks ultra-protégés, des méga-entreprises tellement de mèche avec l’État que les mots de connivence, corruption et copinages deviennent de délicats euphémismes, et pourtant, malgré l’écrasante évidence, comme l’explique Jesrad dans un récent billet de blog, au lieu d’y voir une critique d’un système totalitaire typique du socialisme, toute la presse, toutes les critiques, et mieux encore, tous les téléspectateurs biberonnés aux informations étatiques françaises n’y voient qu’une critique évidente … du libéralisme, bien sûr !

austérité 2014On pourrait revenir sur la parution, là encore avec un minutage diabolique, d’une énième tribune d’économistes atterrants réclamant l’abandon de toute austérité (ah oui, cette terrible austérité qui a fait exploser la dette française au-dessus de 2000 milliards d’euros et qui provoque des dépenses toujours accrues des administrations publiques, ben oui), économistes frétillant de gauchisme et fustigeant un Hollande pour lequel certains n’avaient pas hésité, en 2012, à apporter un soutien chaleureux voire humide… Quelle bouffonnerie !

Et on pourrait parler de douzaines d’autres exemples dans la presse et ailleurs incitant tout le monde à conclure que la France souffre actuellement d’un trop plein évident de turbo-libéralisme destructeur, exemples qui, au demeurant, fonctionnent à merveille auprès d’une populace toute acquise à cette alter-réalité.

Dès lors, comment voulez-vous qu’une réforme, même timide, soit envisageable ? Et plus à propos, comment peut-on croire qu’une stagiaire qui serait dépassée par un simple strapontin dans son propre ministère pourra porter autre chose qu’un bricolage a minima ?
—-
Sur le web

Voir les commentaires (12)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (12)
  • Pierre Kirool (futur émigré)
    22 février 2016 at 10 h 55 min

    La réforme du travail avance à grands pas. Aujourd’hui, la mise au point d’une réglementation du droit à la déconnexion pour les salariés. Oui, c’est tout neuf, tout beau, personne n’avait rien demandé et pourtant ça vient de sortir ; alors on dit merci les socialistes d’y avoir pensé.

    Au passage, on améliorera notre connaissance de la langue socialiste : simplification se dit législation supplémentaire.

  • Eh oui, DE GAULLE avait raison : « les Français sont des veaux ». Si ce n’était insulter les ânes, c’est en effet leur faire affront car ils ne se laissent pas commander comme ça, on peut aussi les Français de roi des ânes en compréhension de la macro et micro économie.

    Européens du Sud, nous sommes et Européens du Sud nous resterons…avec tout ce que ça veut dire en terme d’indigence intellectuello socialo communiste…

  • Moi je suis résolument pour cette reformette….. A une condition : qu’elle s’applique aussi aux fonctionnaires et personnels politiques.

    En condition annexe, j’ajoute :
    – que la liberté d’être licencier = la liberté de choisir son assureur perte d’emploi
    – que la liberté de licencier = la liberté de créer une entreprise libre de toutes obligations, barrières et contraintes corporatistes
    – que le pouvoir accru donné aux instances représentatives = la liberté de se présenter en candidat libre aux elections IRP.

  • Comment croire une seule seconde à la capacité (volonté) de réformer le mammouth obèse ?….
    De l’enfumage !….

  • C’est le genre de réformes qui doivent être réalisées la première année d’un mandat présidentiel, pas la dernière d’un État impuissant. Après détricotage du projet par les forces d’inertie du pays, la réforme de El Khomri se retrouvera en string.

  • J’assiste attristé – depuis Londres – au naufrage de notre beau pays.

    La sclérose est telle qu’à part un putsch militaire bien violent, qu’est-ce qui pourrait être en mesure de remuer notre édifice socialo-communiste ?

    Ce pays est foutu.

  • les réformes des socialos on a déjà donné. on complique un peu plus les choses et ça passe comme dans du beurre. les politiques ont sacrifié la masse ouvrière de France à grands coups de subventions et maintenant ils sont là à chouiner à longueur de journée. le chômage: quand ce ne sont pas les chômeurs qui ne cherchent pas assez activement un emploi, c est la faute des patrons qui ne veulent pas embaucher…. ils sont pitoyables ces énarques et compagnie. en tout cas eux ne se remettent jamais en question pis c est pas avec les journalistes lécheurs de bottes pour rester polie sinon va arriver à quelque chose de concret.ils nous prennent vraiment pour des navets aussi ces gens là.

  • Modération : commentaire modéré (insultes)

  • C’est quand même dingue, ce déni du réel des socialopards…
    Ces gens doivent probablement croire en la platitude de la Terre…

  • la stagiaire!!!!! qui ne connaît strictement rien aux préoccupations quotidiennes des salariés et de leurs dirigeants se permet d entreprendre une réforme des lois du travail!!!! bein voyons.

  • Une question ?
    Le salarié mécontent de l’arbitrage des prud’hommes pourra-t-il se pourvoir en appel ?

  • Fondation pour l'innovation politique
    26 février 2016 at 16 h 53 min

    La loi visant à « instituer de nouvelles libertés et de nouvelles protections pour les entreprises et les actifs », dite « Loi El Khomri », est une loi imparfaite, comme toutes, mais elle a l’immense mérite d’innover, de tenter, d’agir. Signez la pétition ! (https://www.change.org/p/oui-à-la-loi-travail-non-au-chômage)

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
0
Sauvegarder cet article

Par Claude Robert.

Il est des symboles qui ne s’inventent pas et qui résument à eux seuls l’univers burlesque (façon de parler) dans lequel nous vivons.

Tel est le cas de ce croisement de la rue de Rivoli à Paris qui « comporte quatre sens interdits pour autant de voies ». Une fois engagé dans la rue qui y mène et qui est en sens unique, il est « impossible d’échapper à une amende », en atteste l’amusante vidéo postée sur le site BFMTV.

https://www.youtube.com/watch?v=Bh45gJeCyuQ

Ainsi est devenue la France : un p... Poursuivre la lecture

Par Adnan Valibhay.

En plus de devoir supporter les cours à distance, en plus de devoir subir les confinements et couvre-feu successifs, les étudiants se retrouvent, pour les plus précaires d’entre eux à devoir faire les poubelles pour se nourrir.

Une réalité alarmante : la précarité de la jeunesse

Quel abominable constat. S’il est certain que la crise actuelle empire la situation des plus démunis, la précarité étudiante constitue une réalité antérieure à la pandémie de covid-19.

En février 2020, le taux de chômage des Fr... Poursuivre la lecture

Par Claude Goudron.

Tout d’abord une petite anecdote. C’était en 2007, Nicolas Sarkozy venait d’être élu et une de ses premières annonces a été : « nous allons dépoussiérer le Code du travail. »

J’ai bien entendu applaudi à cette nouvelle et j’ai patiemment attendu le passage à l’acte. C’est donc en 2008 que ce Code du travail dépoussiéré est arrivé, une experte du droit du travail est venue nous le présenter.

Je lui ai posé une question préalable : « Pouvez-vous aller à la dernière page et nous donner le numéro de celle-... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles