Brexit : sortira, sortira pas ?

David Cameron - Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Que le Royaume-Uni sorte ou non de l’Union Européenne, les conséquences seraient sans précédent.

Par Emmanuel Blézès
Un article de Trop Libre

David Cameron - Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)
David Cameron – Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

L’Europe retient son souffle. Encore. Hier et aujourd’hui, les chefs d’État se réunissent en conseil pour finaliser l’accord qui fixera les conditions d’un éventuel maintien de la Grande Bretagne au sein de l’Union Européenne. Alors que le peuple britannique sera appelé aux urnes d’ici 2017, les plus récentes études témoignent d’une réelle progression du camp du « non », devenant bientôt majoritaire.

Que le Royaume-Uni sorte ou non de l’Union Européenne, les conséquences seraient grandes.

En Grande Bretagne, le risque d’exode

Premiers inquiets, les près de 3 millions de ressortissants européens vivant au Royaume-Uni. Une sortie de l’Union Européenne aboutirait, de fait, à un rétablissement des visas et autres permis de travail, à une inflation des démarches administratives. Partir ou rester ? Nul doute que beaucoup prendront le large. Pourtant, les services britanniques connaissent une forte hausse des demandes de naturalisation ces derniers mois. Signe, peut-être, que l’éventualité d’un Brexit ne laisse pas indifférent.

Ce sont aussi les capitaux qui s’en iraient. Déjà, de grandes banques américaines font peser le risque de délocalisations. Entre avantages fiscaux et ouverture sur le marché européen, elles avaient trouvé en Grande-Bretagne un terrain idéal. Morgan Stanley, Goldman Sachs, Citigroup étudient déjà les conséquences financières d’un transfert de siège à Paris ou à Francfort. Lundi 15 février, le président de la banque britannique HSBC s’est même dit prêt à déménager à Paris en cas de Brexit ou d’accord trop contraignant. « Si nous devions quitter l’Union Européenne et s’il devait y avoir des restrictions […] nous avons la capacité de déplacer notre activité et notre personnel de Londres vers Paris. »

Une Europe à la carte

David Cameron, Premier ministre britannique, milite pour le « oui ». Un « oui mais ». Il exige entre autres la limitation pendant quatre ans des prestations sociales pour les travailleurs d’autres pays de l’Union Européenne travaillant en Grande Bretagne. Plus de 700 000 sur le territoire britannique, les expatriés polonais seraient les premiers touchés. Varsovie s’est légitimement inquiété du sort de ses compatriotes, obtenant de Londres que cette mesure ne soit appliquée qu’aux seuls nouveaux arrivants. C’est pour parvenir à un accord définitif que Donald Tusk réunira le conseil européen jeudi et vendredi.

Les États-Nations ont légitimement le droit de définir le champ de leur souveraineté. Mais l’Union Européenne s’est construite sur des règles communes, acceptées par tous les États dès lors qu’ils ont eux-mêmes signé les traités communautaires, sans y être forcés. C’est son essence même. David Cameron cherche ici à préserver les avantages d’une présence dans l’Union Européenne, sans souffrir de ce qu’il juge être ses inconvénients. La Grande Bretagne pourrait ainsi prendre part aux décisions de l’eurozone, sans pour autant adopter la monnaie commune.

Vers l’éclatement ?

Pourra-t-on alors parler d’« union » dès lors qu’une minorité se soustrait aux règles auxquelles d’autres sont soumises ? Si la Grande-Bretagne reste dans l’Union Européenne, ce ne sera certainement que sur la base d’un accord fort contraignant. Il y a encore du travail » pour aboutir à un accord satisfaisant estime David Cameron. C’est dire que ses exigences sont hautes. Le risque d’un effet de contagion est certain, touchant en premier lieu la Pologne, également à l’avant-garde d’une Europe des nations souveraines. Tendance déjà à l’œuvre que celle d’une « Europe à la carte », depuis que les traités européens prévoient des options de retrait (opt-out) pour le Danemark, l’Irlande, la Pologne et Royaume-Uni. Les traités européens compteront bientôt autant de clauses que d’État signataires. Dénués de sens dès lors que la signature n’engage plus, l’éclatement de l’Europe ne sera qu’un logique aboutissement, le désengagement total.

Fallait-il s’unir pour ensuite tout défaire ? Alors que les citoyens européens se voient déçus par une Europe dont on leur avait loué les merveilles, engluée dans une crise migratoire appelée à durer, suspendue au jeu poutinien dans le conflit syrien, voilà une brèche dans laquelle les partis eurosceptiques sauront s’engouffrer. Donald Tusk évoque un contexte proche de celui qui a précédé la première guerre mondiale. Que la Grande-Bretagne quitte l’Union Européenne ou non, ce sera un nouveau coup porté au principe fondamental de l’Europe communautaire : le choix d’un destin commun. Ce coup pourrait bien lui être fatal. Prévu au plus tard en fin d’année 2017, c’est par voie référendaire que le peuple britannique en fera peut-être notre Sarajevo.

  • Un article publié par Trop Libre en partenariat avec Hémisphère Droit

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