[Replay] L’écart salarial Hommes-Femmes est-il facteur de domination masculine ?

Les hommes contrôlent-ils les cordons de la bourse ? Le différentiel salarial leur donne-t-il du pouvoir sur les femmes ?

Par Alain Borgrave

feminisme credits morning theft (licence creative commons
feminisme – credits morning theft (licence creative commons

 

Comme je l’ai illustré dans un précédent article, en Belgique l’écart salarial à travail égal entre les hommes et les femmes est proche de zéro. La même chose peut être dite en France : « Pour un pays comme la France, une fois qu’on utilise des données suffisamment précises, la partie inexpliquée de l’écart salarial est presque inexistante. »

Mais revenons sur ce différentiel salarial annuel de 22% toutes activités confondues, qui mélange tous les métiers, les qualifications, les temps pleins et les temps partiels. Si l’on tient compte des personnes qui ne travaillent pas (principalement les femmes au foyer), le différentiel est même de 37% en Belgique (p. 24), ce qui veut dire qu’une femme, en comptant les inactifs et les inactives, bénéficiera de rentrées salariales en moyenne inférieures d’un tiers à celles d’un homme. Les femmes sont-elles toujours victimes d’une domination masculine ? Si les hommes contrôlent les cordons de la bourse, même en l’absence de discrimination salariale, cette situation leur donne-t-elle une position de pouvoir sur les femmes ? C’est en tout cas un des messages implicites des campagnes féministes : les hommes ont l’argent, donc ils ont le pouvoir. Il faut donc donner plus d’argent aux femmes pour les émanciper.

Sauf que parfois, la réalité peut être têtue et dissiper les idées en apparence les plus évidentes. Prenons le travail à temps partiel. Les femmes travaillent plus souvent à temps partiel que les hommes (en Belgique 46% contre 10%, en France 31% contre 7%), ce qui est souvent présenté (p. 8) comme une inégalité dont souffriraient les femmes qui auraient, plus que les hommes, du mal à combiner leur vie familiale et leur vie professionnelle. Mais à y réfléchir de plus près, il est difficile de considérer qu’une femme qui travaille à temps partiel grâce au travail à temps plein de son mari soit victime d’une inégalité ou d’une injustice.

Le bon sens pourrait nous dire au contraire que c’est le mari qui sacrifie sa vie familiale pour permettre à sa femme de pouvoir conjuguer travail et famille plus harmonieusement que lui. Pourquoi choisir de présenter la femme comme la victime d’une inégalité alors que c’est son mari qui fait une mauvaise affaire ? L’argument du temps partiel contraint n’en est pas un puisqu’en Belgique (p.30) la proportion du temps partiel contraint est plus importante pour les hommes (16%) que pour les femmes (9%). Ce qui veut dire que 91% des femmes travaillant à temps partiel, soit 42% des femmes actives, ne cherchent pas de travail à temps plein.

Tout cela semble indiquer que l’équilibre des pouvoirs n’est peut-être pas ce que l’on pense. Et si les femmes étaient en position d’exiger un plus grand investissement professionnel de la part de leur mari, situation dont elles bénéficieraient ? Cette hypothèse prend forme quand on analyse un autre différentiel, dont on ne parle étonnamment jamais : le différentiel des dépenses. Dans tous les pays les femmes contrôlent une grande majorité des dépenses. 83% en Grande-Bretagne, en France selon les sources, 80% ou 70%. Voici ce que disent les publicitaires :

« La ménagère de moins de 50 ans originelle n’existe plus, mais c’est toujours elle le cœur de la consommation. (…) Quelle que soit la dénomination retenue, la femme active, dans cette tranche d’âge, est toujours la cible de prédilection de la publicité. (…) La femme est prescriptrice de 70% des achats du foyer. C’est une donnée sociologique très stable (…) Et plus il y a d’enfants dans le foyer, plus elle devient celle qui dirige tout (…) Les femmes sont souvent dans un rôle infantilisant [envers leur mari] en ce qui concerne la sphère domestique. Elles font des listes et l’homme agit encore massivement sous mandat féminin. »

Donc résumons, les hommes sont à l’origine de 60% de la masse salariale mais les femmes contrôlent de 70% à 80% des dépenses. Elles sont décrites comme « dirigeant tout » et leur mari comme « agissant sous mandat féminin ». Exit donc la théorie de la domination masculine. Au contraire, quand on examine la question globalement, en tenant compte du surinvestissement professionnel masculin et de la sur-représentation des femmes dans la consommation, la situation apparaît comme étant plutôt défavorable aux hommes.

Ce que l’on se garde soigneusement de dire en commandant d’interminables rapports sur la part inférieure des femmes dans la masse salariale, tout en gommant complètement leur plus grande part dans la consommation. En raisonnant par l’absurde, on pourrait imaginer un monde dans lequel la classe politique ferait réaliser des rapports de 150 pages dans lesquels on lirait que « en 2015, au début du XXIe siècle, les hommes ne contrôlent toujours que 23% des dépenses en France. C’est un peu mieux qu’en 2014, mais les progrès sont lents. À ce rythme il faudra attendre 2083 pour arriver à l’égalité. » Mais nous ne vivons clairement pas dans ce monde-là.