Iran : la nouvelle donne

Iran Teheran city of lights Arash Razzagh Karimi (CC BY-NC-ND 2.0)

Après les printemps arabes, le printemps iranien ?

Par Jacques Garello.

Iran Teheran city of lights Arash Razzagh Karimi (CC BY-NC-ND 2.0)
Iran Teheran city of lights Arash Razzagh Karimi (CC BY-NC-ND 2.0)

Il est difficile, sinon vain, de prévoir les conséquences du retour de l’Iran dans le concert mondial des États. Je n’aime pas me livrer à des exercices de géopolitique, mais l’histoire ancienne et récente, les références culturelles et religieuses, permettent d’avancer quelques hypothèses sur la nature et l’ampleur des changements auxquels le monde entier peut s’attendre.

On sait que les diverses instances politiques, de la Maison Blanche à l’Union Européenne, en passant par l’ONU, ont levé les sanctions qui, depuis plus de trente ans, frappaient l’Iran. L’Agence Internationale de l’Énergie Nucléaire, chargée de veiller à l’accord mondial de non-prolifération des armes nucléaires a fait savoir qu’il n’y a plus aucun danger maintenant ; elle pourra s’assurer que le nucléaire iranien sera au seul usage civil.

S’agit-il d’un progrès définitif ? Y aura-t-il d’autres étapes de nature à changer radicalement l’état des forces économiques et politiques dans le monde entier ? Il y a inquiétude chez les Républicains américains, ils ont tout fait pour empêcher la levée des sanctions, ils y ont vu un feu vert pour le terrorisme. Il y a satisfaction au Quai d’Orsay où l’on se vante d’avoir joué un rôle très actif. Il faut dire qu’Américains et Français sont des oracles qualifiés ! C’est la France qui a abrité l’ayatollah Khomeini à Neauphle le Château et lui a permis de revenir à Téhéran pour y installer le pire régime théocratique et dictatorial qui soit. Ce sont les Américains qui ont abandonné le Shah et livré l’Iran à la révolution « démocratique » dont le premier acte a été de nationaliser les puits de pétrole. Revenus de leurs erreurs, les Américains ont ensuite lamentablement échoué dans la campagne militaire, Carter et les États-Unis ont subi leur plus grand échec après le Vietnam, les « gendarmes du monde » ont dès ce moment perdu une grande partie de leur crédibilité. Après les printemps arabes, le printemps iranien ?

Ce passé, rapidement évoqué, est peut-être un guide pour l’avenir immédiat et médiat.

Dans l’immédiat, c’est le marché du pétrole et la croissance économique qui vont être concernés. L’Iran reprenant ses exportations, le prix du baril va subir un nouveau recul. Mais ne va-t-il pas tomber en dessous d’un seuil où le gaz de schiste ne sera plus rentable à son tour, créant une sérieuse turbulence dans l’économie américaine ? En sens inverse, la croissance iranienne pourrait faire un bond spectaculaire, tout le monde se pressant déjà pour investir chez ce nouveau partenaire, et ce concurrent sérieux va compliquer les calculs des pays émergents. Le marché iranien pourrait s’ouvrir très rapidement aux importations en provenance des pays de l’OCDE, propulsant ainsi leur croissance bien faible aujourd’hui. Évidemment, parmi toutes ces conséquences, visibles sans doute dans les prochains mois, il n’y a qu’une face de la mondialisation économique, avec ses promesses et ses exigences.

On peut cependant tempérer cet optimisme en observant ce qu’il est advenu de la Russie, voire de la Chine : les préoccupations politiques (expansionnisme de Poutine, contrôle du parti communiste en Chine) ont ralenti sinon supprimé les bienfaits du libre échange.

C’est que la politique semble dominer encore la vie en Iran. D’une part la démocratisation du régime est précaire, le poids des ayatollahs est toujours dominant. D’autre part la radicalisation religieuse est incontestable, et l’Iran est au premier rang du conflit au Moyen Orient. Finalement, l’équilibre des forces est modifié, les chiites iraniens reprenant la main aux dépens des sunnites saoudiens. La guerre entre chiites et sunnites risque de changer de visage. Prendra-t-elle le visage d’une radicalisation, avec une intensification des opérations militaires sur le terrain, en particulier en Syrie, en Irak et au Liban, et une nouvelle poussée de terrorisme en Occident pour faire pression sur les diplomaties des pays impliqués dans le conflit ? L’alliance constituée contre Daech peut-elle déboucher sur une reconquête de l’Irak, ou les Saoudiens et leurs alliés vont-ils faire front et enflammer leur pression ? La guerre va-telle au contraire prendre le visage d’un nouvel équilibre des forces, débouchant progressivement sur une paix fragile ? L’équilibre de la terreur, et le désir de croissance vont-ils l’emporter sur le risque d’un embrasement général que l’Occident semble actuellement incapable d’éviter ?

Incontestablement, les lignes ont bougé depuis quelques semaines. Les gouvernements européens et américains, hésitants, divisés et désemparés jusqu’à présent, vont-ils comprendre qu’il y a une nouvelle donne économique et politique ? La mondialisation peut-elle éloigner le spectre de la radicalisation ? Seule certitude : la paix est toujours venue du libre échange.

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