Comment gaspiller l’épargne des Français

Une part du gaspillage de l’épargne des Français a pour cause des investissements stériles.

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Comment gaspiller l’épargne des Français

Publié le 27 janvier 2016
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Par Jacques Garello.

Parmi les obstacles à la création d’emplois en France figure la difficulté de financer l’innovation. Une part de cette difficulté tient aux prêteurs, et en particulier à un système bancaire incité à se montrer d’une frilosité extrême par une réglementation internationale ridicule (les directives de Bâle). Mais une autre part est due au gaspillage de l’épargne, qui est orientée par l’État vers des investissements stériles, en particulier à travers la Banque Publique bâtie autour de la Caisse des Dépôts et Consignations.

L’épargne française est suffisante

Siège de la Caisse des Dépôts et Consignations à Paris
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Depuis des années les épargnants français ont tenu le rang de champions du monde, seuls les Allemands « économisent » autant : après avoir atteint le sommet de 17 % du PIB avant la crise, le taux d’épargne nette (donc après élimination des retraits) est toujours élevé, à 15,3 % d’après la Banque de France. Ce taux aurait même eu tendance à se relever depuis deux ans. Ce comportement s’explique par les inquiétudes pour l’avenir des retraites, mais aussi par la baisse du « revenu permanent », c’est-à-dire de l’estimation par les ménages de ce que seront leurs revenus dans les années prochaines : les deux se rejoignent chez les ménages de personnes de plus de 50 ans.

Car l’autre caractéristique de l’épargne française est d’être inégalement répartie. Entre les âges, c’est naturel (les jeunes ne sont pas portés aux économies, il y a un « cycle vital »). Mais aussi entre les revenus. L’épargne ne concerne qu’un ménage sur deux et, pour l’essentiel, ceux qui n’épargnent pas sont aussi ceux qui ne paient pas d’impôt sur le revenu. L’épargne est donc un luxe que ne peuvent s’offrir que « ceux qui ont les moyens », c’est la raison pour laquelle l’explosion du système des retraites par répartition frappera douloureusement les plus démunis.

De quoi financer l’investissement ?

Le stock d’épargne accumulée en France représente plus de 4.700 milliards d’euros, il s’entretient et se gonfle par un apport d’épargne nouvelle de quelque 70 milliards par an. Les formes d’épargne sont a priori favorables au financement de l’économie : contrairement à ce qu’on croit, les Français placent un bon tiers de leurs fonds en titres financiers, et la bonne tenue de la bourse jusqu’à ces dernières semaines les a encouragés à revenir vers les actions. Un autre tiers est maintenant constitué par les contrats d’assurance-vie, retenus sans aucun doute comme précautions contre l’incertitude des retraites. Il faut d’ailleurs noter qu’à la différence de tous nos voisins, les fonds de pension n’ont pu se développer chez nous, et cette lacune a dérivé l’épargne vers les assurances-vie. Enfin, ce sont les livrets A et les plans d’épargne logement (PEL), que l’on classe statistiquement comme « épargne réglementée » puisque c’est l’État qui en fixe les conditions.

Globalement, la masse d’épargne semble suffisante pour soutenir une croissance durable, au point que les gouvernements, revenus au keynésianisme depuis la crise de 2008, ont tout fait pour pénaliser l’épargnant. Ce n’est pas nouveau : dans la tradition fiscale française l’épargne est frappée trois fois : par l’impôt sur le revenu (normalement l’impôt devrait frapper seulement la dépense), sur les revenus de l’épargne et sur sa transmission (impôts patrimoniaux). Mais la chasse idéologique au capital et la croyance stupide que la consommation est source de reprise économique ont accentué la pression sur l’épargnant. La preuve la plus visible est le retrait des avantages fiscaux consentis aux contrats d’assurance vie, de sorte que leur rentabilité 2,7 % en moyenne) a diminué de moitié en deux ans.

L’investissement public a priorité

Toutefois le gaspillage majeur de l’épargne est la masse financière entre les mains de la Banque Publique d’Investissement (Bpifrance). Créée en décembre 2012, elle est une nouvelle mouture des instances financières créées en 2008 autour du Fonds Stratégique d’Investissement (FSI), lui-même bâti autour de la Caisse des Dépôts et Consignations. Voilà donc un puissant aspirateur de l’épargne réglementée, en particulier des livrets A. Le sort de cette épargne est prédéterminé : vers la CDC, et par là vers BpiFrance. Parmi les priorités assignées à cette « banque », il y a le logement dit social (HLM et équivalents) qui absorbe ainsi une masse financière considérable. Voilà donc des crédits accordés sans aucun souci de rentabilité, et la crise du logement qui devait être éliminée n’a cessé de s’aggraver. Donc, quand on fait le bilan complet du sort de l’épargne française : elle ne peut se capitaliser dans des fonds de pension et sauver des retraites ; elle a perdu une partie de sa rentabilité par la révision du statut fiscal des assurances-vie ; elle a subi une ponction fiscale sans cesse augmentée et elle finit dans le tonneau des Danaïdes du logement social. Une conséquence intéressante faute de financement, les entreprises françaises sont à l’encan, les investisseurs étrangers en profitent… et on attend les créations d’emplois.

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Lire sur Contrepoints notre dossier spécial Épargne

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  • Bel article. L’épargne des français sert en priorité à alimenter le tonneau des danaïdes de l’organisation étatique française.
    Actuellement, l’investissement pour l’achat et le développement des grandes entreprises est généralement le fait de capitaux internationaux.

  • Pour que le logement social  » n’aspire  » un tel niveau d’argent il faut libérer massivement les terrains dans les zones tendues. Dans certaines zones les prix de l’immobilier sont 2 fois trop élevées. ce cercle vicieux doit être cassé. Des gens qui travaillent pourraient alors être propriétaires de leur logement sans aller dans les sociaux. Une des causes est la haine de la propriété par les politiques collectivistes / leur rêve serait qu’il y ait le maximum de logements sociaux ( cf Hidalgo ) . les jeunes qui ont plus de moyens mettent tout dans l’immobilier : si les prix étaient moins sur évalués ils pourraient participer à l’investissement pour les entreprises . La priorité devrait être de faire baisser les prix de l’immobilier …. mais comme presque tous nos politiques ( voir leurs déclarations de patrimoine)ont tout misé sur la spéculation immobilière ils continueront à tout faire pour que les prix de l’immobilier montent…même si cela condamne la croissance et l’emploi.

  • Acheter les obligations d’un débiteur dont on sait qu’il n’aura pas les moyens de rembourser, ce n’est pas de l’épargne, c’est …. je ne sais pas. Les mots manquent ; ou il y en a trop (mais pas aimables).

  • Que dire de la loi qui prévoit qu’un revenu soit placé à la Caisse des Dépôts sur le compte de l’enfant mineur, revenu qu’il touchera à sa majorité, si la Caisse des Dépôts n’a pas tout dilapidé entre temps.

    Les bébés qui font des photos publicitaires ou d’autres enfants artistes ne reverront jamais leur argent.

    • Ah bon??? Vous avez des noms de gens ainsi spoliés ?

      • La spoliation peut se faire de multiples manières: se servir directement sur le compte des épargnants ( c’est possible depuis le 1 janvier) alors qu’ils sont obligés de mettre leur argent à la banque ( interdiction du liquide), créer de l’inflation( ce que cherche à faire la BCE), sur imposer ( on paye de l’impôt sur de l’argent que l’on n’a pas, on paye 3 fois l’impôt … sans bien sûr le consentement des contribuables ) etc…
        Seuls les gens très riches et donc bien conseillés arrivent à échapper à la spoliation tout en gagnant en spéculant mais malheur à celui qui a travaillé dur toute sa vie, qui a cotisé , qui n’a pas spéculé, qui n’a pas mis son argent ailleurs, qui a fait confiance à l’état ,et épargné pour ses vieux jours.

  • Il y a assurance – vie et assurance-vie. Environ 90 % du stok existant est constitué de contrats dits en euros, donc théoriquement garantis par l’assureur, et versent un rendement annuel. Si celui-ci est passé de 4 à 5 % à 2,7 % en moyenne en l’espace de moins de 10 ans, c’est moins le fait de la fiscalité que de la baisse des taux d’intérêt. Effectivement, les contrats en euros se voient désormais soumis aux prélèvements sociaux chaque année et non plus à leur sortie. Mais le véritable problème est plutôt sur le taux servi, qui reste artificiellement haut par rapport aux nouvelles émissions obligataires qui entre dans les portefeuilles sous-jacents. On habille les nouveaux souscripteurs avec les rendements des anciennes obligations, en tapant dans les réserves. Pour couronner le tout, on finance ainsi les déficits des états obèses. Bref, je préfère nettement les assurances-vie dites en UC (unités de compte) ou l’on peut selectionner les fonds que l’on veut. Pas de soumission aux prélèvements sociaux en cours de vie. Pas de financement de l’État.
    Lorsque Frédéric Passy disait « l’épargnant est un bienfaiteur de l’humanité, ()il transmet le flambeau de la vie », il ne visait pas les emprunts d’État, mais les entreprises…

  • Je renvoie les lecteurs de Contrepoints que la relation « propriété foncière » et « citoyenneté » intéressent à l’excellent papier « Fiscalité et propriété, une opposition entre autonomie individuelle et intervention étatique » de Philippe Fabry sur son blog (l’auteur de « Rome, du libéralisma au socialisme « : excellent livre qui donne enfin une explication cohérente à la chute de l’empire romain). Lien : http://www.historionomie.com/

  • Vous pouvez perdre de l’épargne sans parler forcément de taux négatifs , il suffit que le rendement de celle-ci soit inférieur à l’inflation . Exemple : du temps de Gicard , le livret A rapportait 6%, mais l’inflation oscillait entre 8 et 10% . Pensez donc toujours à déflater le taux de rendement !

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