Ce que l’Afrique du Sud nous apprend de l’État

Jacob Zuma (CC BY-ND 2.0)

Que s’est-il passé depuis l’arrivée au pouvoir de Jacob Zuma en 2009 ?

Par Alexandre Colin.
Un article de Trop Libre

Jacob Zuma (CC BY-ND 2.0)
Jacob Zuma (CC BY-ND 2.0)

En 2011, l’Afrique du Sud rejoint le club des pays émergents que Jim O’Neill, économiste à Goldman Sachs, a regroupé sous l’acronyme « BRIC » puis « BRICS » (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). Aujourd’hui, on est en droit de s’interroger sur la place de l’Afrique du Sud au sein du cercle des pays émergents : le taux de chômage culmine à 35%, le déficit public s’établit à 3,8% du PIB, la croissance économique est anémique pour un pays en développement (1% en 2015, moins que le taux de croissance de la population, 1,3%). Que s’est-il passé depuis l’arrivée au pouvoir de Jacob Zuma en 2009 ?

Sécurité, éducation, infrastructures : les problèmes structurels de l’Afrique du Sud

L’Afrique du Sud souffre de graves problèmes structurels qui freinent les investissements, ralentissent les échanges et gênent le développement économique.

Le réseau électrique, administré par l’entreprise publique Eskom, est incapable de faire face à l’augmentation de la demande. Ceci se traduit par de nombreuses coupures d’électricité, qui gênent la production industrielle et ont coûté un point de croissance à l’Afrique du Sud en 20151. Les économistes estiment que l’engorgement du réseau ferré et des ports, conséquence d’une mauvaise gestion et d’un sous-investissement, a coûté un autre point de croissance au pays.

Ensuite, l’éducation est un problème majeur pour la jeunesse sud-africaine. Une récente étude de l’OCDE portant sur le niveau des élèves en physique et en maths dans 76 pays a placé l’Afrique du Sud à l’avant-dernière place, loin derrière des pays bien plus pauvres.  Comment obtenir une main d’œuvre qualifiée dans ces conditions ?

Enfin, l’insécurité est un fléau bien connu en Afrique du Sud, et est repartie à la hausse en 2012 après 10 années de tendance baissière.

Un État davantage occupé à distribuer des privilèges plutôt qu’à remplir ses fonctions essentielles

La question du rôle de l’État dans l’économie occupe le débat intellectuel depuis des décennies. Cependant, socialistes et libéraux « classiques » s’accordent sur certaines fonctions qui doivent nécessairement être assumées par l’État : assurer la sécurité des citoyens, fournir une éducation aux citoyens mineurs pour leur permettre de prendre des décisions éclairées par la suite, s’assurer de la présence des infrastructures indispensables à la vie économique et sociale (transports, énergie…). Force est de constater que l’État sud-africain échoue dans ces trois domaines, minant le développement économique du pays.

Comment expliquer cette faillite de l’État ? L’augmentation de l’indice de corruption du pays constatée par l’ONG Transparency International fournit une piste de réflexion2. En effet, l’appareil d’État se trouve de plus en plus mis au service du parti du Président Zuma, comme le prouvent trois exemples frappants.

Tout d’abord, de nombreux ingénieurs d’Eskom, l’entreprise publique qui contrôle le réseau électrique, ont été remplacés par des amis politiques du président, sans compétence managériale ou technique, remplaçant ainsi la méritocratie par le copinage3.

Ces dernières années, de nombreux emplois publics, à l’utilité économique douteuse, ont été créés, dans le but de satisfaire les électeurs en leur offrant du travail. Ainsi, depuis 2006, le nombre de fonctionnaires a augmenté de 25%, alors même que le nombre d’emplois privés a reculé. L’État sud-africain consacre maintenant 40% de son budget au salaire des fonctionnaires, alors que les autres pays au même stade du développement économique n’y consacrent que 25% en moyenne.

Enfin, le président a financé la construction d’un palace personnel dans sa ville natale avec de l’argent public.

L’espoir de l’Alliance démocratique pour mettre fin à la corruption

L’État a donc été détourné de ses fonctions essentielles et partiellement mis au service du Congrès National Africain (ANC), le parti du Président Zuma. Existe-il alors une meilleure option que l’ANC ? L’Alliance Démocratique, parti libéral d’opposition, a démontré sa capacité à gérer sainement la ville du Cap et a remporté 22% des voix à l’élection présidentielle de 2014. Elle pourrait remporter plusieurs autres grandes villes en 2016, mais devra attendre 2019 pour espérer remporter l’élection présidentielle et peut-être recentrer l’État sur les fonctions essentielles au développement du pays : sécurité, éducation, infrastructures, le tout dans un environnement transparent.

Sur le web

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial Afrique

  1. The Economist, Try again, the beloved country, 19 décembre 2015.
  2. Cet indice est passé de 51 en 2008, avant l’arrivée au pouvoir de Jacob Zuma, à 42 en 2011, 100 constituant le meilleur score.
  3. The Economist, The hollow state, 19 décembre 2015.