Primaire à droite : le piège

Contrairement à ce que les primaires tentent de nous faire croire, la vie politique française ne se résume pas au PS et aux Républicains-UDI.

Par Aurélien Véron.

it s a trap credits stefan (CC BY-NC-SA 2.0)
it’s a trap ! crédits stefan (CC BY-NC-SA 2.0)

La droite LR-UDI s’est finalement ralliée à la primaire qu’elle avait tant raillée lorsque la gauche l’avait adoptée, inspirée par Terra Nova. L’enlisement de Nicolas Sarkozy aiguise l’appétit des autres prétendants. Dans un esprit moutonnier, le petit club fermé des « faiseurs d’opinion » s’est tourné mécaniquement vers Alain Juppé, non pas pour sa vision – laquelle ? – mais parce qu’il est à leurs yeux le mieux placé pour l’emporter face à François Hollande selon d’obscurs critères de sondages et de réseaux. Voici le papy au passé judiciaire peu reluisant propulsé artificiellement en tête des sondages avec une force inversement proportionnelle à la chute de Nicolas Sarkozy. Mais la politique se résume-t-elle à cette seule mécanique des fluides ?

Nicolas Sarkozy ne parvient clairement pas à se renouveler. Asséché, poursuivi dans de nombreuses affaires, il incarne chaque jour un peu plus l’échec de la droite au pouvoir entre 2002 et 2012. Sa campagne renversante de 2007 n’a débouché sur aucune des réformes systémiques que tant d’électeurs attendaient. Il n’a pas profité de la crise pour réformer mais a au contraire dépensé bien davantage en relevant massivement la pression fiscale… et la dette publique. Ses thèmes droitiers, souverainistes et dirigistes ne se démarquent pas assez d’un Front National renouvelé et rajeuni. Alain Juppé offre un projet plus lisse, certes sans saveur ni couleur, mais rassurant pour la droite loyaliste qui ramène encore souvent la qualité d’un produit à la marque sur l’étiquette. Malgré son court exil au Canada, Alain Juppé porte les stigmates d’un énarque qui a toujours vécu au sein des appareils de parti. Il ne voit le pays qu’au travers du prisme étatique. L’enjeu consiste au contraire à désétatiser l’économie, la santé et l’éducation et à renforcer l’État dans ses missions proprement régaliennes, en particulier la justice. Il défend plutôt le renforcement des pouvoirs de la police et de l’administration au détriment des juges et de nos libertés. Quant à l’agilité économique, la société de confiance, l’autonomie individuelle, elles ne sont tout simplement pas dans son ADN.

Bruno Le Maire évolue à son rythme, limitant les risques d’une exposition trop clivante. S’il incarne une droite plus moderne, il ne va pas aussi loin que les deux seuls candidats porteurs d’un discours de rupture assumée avec notre modèle social. Hervé Mariton et François Fillon sont les candidats les moins incompatibles avec le projet du Parti Libéral Démocrate. Hervé Mariton, arrivé en troisième position à l’élection du président de l’UMP, rassemble les libéraux ouvertement conservateurs de son parti. Sa ligne se rapproche de ce qui a fait le succès de David Cameron au Royaume Uni, la « Big Society ». Ce n’est sans doute pas la cohérence de son discours, de plus en plus ouvertement libéral si on met de côté sa vision traditionnaliste de la famille, qui explique sa difficulté à décoller. Il occupe le même terrain économique que François Fillon qui s’assume ouvertement « Thatchérien » depuis des mois. Ont-ils un avenir au sein d’un parti plombé par sa dette, les scandales et l’absence de cohésion idéologique ?

Les libéraux ne doivent pas tomber dans ce piège. Contrairement à ce que les primaires tentent de nous faire croire, la vie politique française ne se résume pas à deux camps, le PS et les Républicains-UDI. Aux manettes depuis des décennies, ces partis – et leurs élus – sont les premiers responsables du recul de nos libertés et de l’état de droit, de l’implosion économique et sociale de notre pays. Cette primaire a pour principale ambition de verrouiller un peu plus le débat politique à l’approche de 2017, alors qu’il est essentiel de l’ouvrir. La montée inexorable du Front National et de l’abstention a un peu vite été oubliée depuis le soir du second tour des régionales. Si la tambouille médiatico-politicienne se restreint à de vieux ingrédients périmés, elle n’est pas près d’étancher la soif de changement de Français de plus en plus remontés contre le système actuel. Le Parti Libéral Démocrate soutiendra par conséquent une candidature indépendante pour promouvoir une vision renouvelée, alternative à la multitude de nuances socialistes et souverainistes en lice. Il en va de nos libertés et de notre avenir.

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