Le long travail militant de l’université

université credits marc gélinas (licence creative commons)

À quand le véritable pluralisme dans l’étude des sciences sociales ?

Par Claude Robert.

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En sociologie comme en audit, en criminalité comme en psychologie, il existe dans toute enquête des éléments tangibles qui constituent de véritables pièces à conviction. Parce qu’ils sont le fruit d’une lente maturation et non pas du hasard, ces éléments résument à eux seuls des années d’un processus sous-terrain, tacite, non avoué, et ce processus s’en trouve tout d’un coup révélé, dévoilé, démasqué, et donc prouvé.

Certes, le processus en question dans cette analyse est connu depuis longtemps : il s’agit du formatage altermondialiste, anti-libéral et pro-écologique auquel l’Éducation Nationale se livre auprès de ses élèves et de ses étudiants. Mais tout de même, à chaque nouvelle preuve exhumée, force est de constater combien ce  processus est toujours vivace, et combien il sait puiser dans une large palette de moyens d’endoctrinement.

Cette fin de mois de décembre 2015, à l’Université du Mirail de Toulouse (seconde ville universitaire de France), à l’examen du DAEU (Diplôme national d’accès aux études universitaires, examen permettant aux non bacheliers d’obtenir l’équivalent du Bac) (cf copie des documents officiels) étaient présentés, en option économie, les sujets suivants :

Évaluation N°1 DAEU ECO CS

  • Comment peut-on expliquer la faiblesse des taux de croissance du PIB dans une économie ?
  • Quelles sont les conséquences de la précarité sur les revenus et sur la croissance ?
  • Est-il possible de « favoriser une prospérité sans croissance » ?

À la suite de cet exercice, en guide explicatif  :

« Vivre mieux sans croissance : Alternatives économiques n°323 avril 2013, Sandra Moatti. Faire de nécessité vertu. Malgré la croissance atone, il est possible d’améliorer le bien-être de la population. Pour cela, il faut apprendre à partager : le travail, les revenus, les biens… etc… »

Ainsi qu’une annexe avec des questions d’évaluation :

  • Comment mesure-t-on la croissance ? Quelles sont les limites de cette mesure en ce qui concerne l’environnement ?
  • Quels pourraient être les avantages d’un « impôt écologique » (taxe carbone par exemple) ? Selon T.Jakson, quelles en sont les limites ? Commentez.
  • Rappelez ce qu’est l’empreinte écologique. Selon T.Jakson, quelles sont les difficultés auxquelles se heurtent les individus qui réduisent leur consommation ? Expliquez et discutez.

ANNEXE : interview de Tim Jakson sur le Site TERRAECO.NET 21/09/2010 (extraits)

De fait, avec une totale cohérence, l’ensemble de ces exercices en option économie et les annexes qui y sont associées expriment un parti pris parfaitement explicite et qui tient à ces paradigmes par ailleurs tout à fait imbriqués entre eux que sont la « décroissance », « l’écologie » et « la redistribution ». Les références citées confirment la nature du message à véhiculer : Alternatives économiques, John Maynard Keynes, Tim Jakson, Terraeco.net, que du lourd si l’on peut dire.

Certes, il n’est nullement question d’interdire tout débat contradictoire vis-à-vis du libéralisme. Toutes les théories sont utiles, la plupart sont respectables et méritent d’être jaugées, si possible même à l’aune de leurs résultats historiques et de leur réalisme. Toutefois, ce qui semble malhonnête dans ce cas typique, c’est le fait que l’on serve à des élèves encore peu instruits et donc incapables de se faire une idée critique, dans le cadre d’un examen qui plus est, des énoncés qui défendent une même théorie politique, et qui passent sous silence tout ce qui a pu être démontré par ailleurs. Il suffit de faire la liste de ces sous-entendus pour mesure l’ampleur de la supercherie, et de découvrir combien ces énoncés de l’examen DAEU sont tout simplement profondément militants !

De vilains mensonges par omission

Au final, il s’agit bien de mensonges par omission. Pour une meilleure visibilité, les affirmations contenues dans l’énoncé et celles passées sous silence du fait des sous-entendus sont présentées ici sous forme d’un tableau synoptique. Qu’on en juge :

 

Énoncé et sous-entendu associé Réalité passée sous silence
(A) Comment peut-on expliquer la faiblesse des taux de croissance du PIB dans une économie  = les taux de croissance à venir on vocation à rester désespérément atones. C’est un mouvement irréversible chez les pays développés A1) la croissance des pays émergents est élevée quasiment chaque année. Elle est la plupart du temps comprise entre 5% et 10%…A2) même ces dernières années, la croissance mondiale oscille généralement entre de 3 à 5% !A3) la France fait moins bien que l’Europe, et très nettement moins bien que l’Allemagne, la Grande Bretagne et les USA ! Ces pays sont pourtant développés
(B) Quelles sont les conséquences de la précarité sur les revenus et sur la croissance = les revenus et la croissance sont d’autant plus élevés qu’il n’y a pas de précarité. Il suffit donc de redistribuer selon le modèle keynésien et tout rentre dans l’ordre B1) La précarité est au moins tout autant la conséquence de l’absence de croissance ! Selon les libéraux, c’est même la conséquence du manque de compétitivité économique. La relation inverse n’existe que lorsqu’il y a une crise de la demande (vocation des relances keynésiennes)B2) La précarité n’étant qu’une conséquence, traiter la précarité sans traiter les causes est non seulement inopérant, mais également coûteux de manière récurrente
(C) Est-il possible de favoriser une prospérité sans croissance = faute de croissance, il suffit de partager le gâteau. La richesse disponible est un élément inaliénable dans lequel il suffit de puiser pour redistribuer aux nécessiteux C1) Ces richesses, ce « gâteau » à partager n’existe pas en tant que tel pour la simple raison qu’il est virtuel. Sa taille change chaque seconde, et rien ne garantit qu’il soit aussi volumineux dans les années qui viennent si la compétitivité du pays ne se réveille pasC2) Partager le « gâteau » est une aberration économique. La première chose consiste à faire en sorte que ce gâteau ne fonde pas au soleil de la concurrence mondialeC3) Il existe une vie économique en dehors de nos frontières, avec des pays ambitieux et débrouillards. Le « gâteau » est mondial, et il est sujet à d’âpres rivalité commerciales. Toute la planète se bat pour en profiter et pour le faire grossir, grâce à l’innovation et au progrès. Un pays qui ne songerait qu’à mieux en répartir les fruits à l’intérieur de ses frontières ferait le choix de s’appauvrir
(D) Quelles sont les limites de cette mesure (de la croissance) en ce qui concerne l’environnement = croissance et environnement s’opposent. C’est l’un ou l’autre. Il faut donc laisser tomber la croissance D1) Tant que l’écologie se pose en ennemi de la croissance, elle ne pourra pas percer, car la croissance n’est pas une obligation imposée par une idéologie (au hasard, le libéralisme) mais un mécanisme mondial qui reflète une orientation humaine, un choix, une propension à la création, à l’innovation et à l’enrichissement personnelD2) Qui va imposer ce choix de laisser tomber l’enrichissement et le progrès à une communauté humaine qui n’en a pas envie et qui justement fait du commerce son activité principale depuis la nuit des temps ? Une dictature écologique ?
(E) Quels pourraient être les avantages d’un « impôt écologique » (taxe carbone) = l’impôt est la solution à tout E1) L’impôt, encore l’impôt, toujours l’impôt… On ne sortira donc jamais de ce cercle vicieux qui est en train de tuer la compétitivité française… Réflexe étatique, keynésien si ce n’est communiste, dont on connaît pourtant les résultats depuis le temps que l’on en abuse !E2) Quid des solutions récompensant l’innovation ? Des solutions récompensant l’investissement ? Des baisses d’impôts pour motiver les comportements vertueux ? Cela semble pourtant tellement plus prometteur… Et plus conforme à la nature humaine…

Objectif tacite : la fermeture des esprits

L’ouverture d’esprit, l’intelligence, l’esprit critique, la créativité, tous ces concepts se nourrissent d’un seul et même carburant : la culture générale. Qui dit culture générale dit comparaison entre les différentes approches économiques, prise en compte des réalités multiples telles que l’Histoire nous a révélées, prise en compte de la réalité humaine… Pour ce dernier point, les Sciences Humaines et les Sciences Économiques devraient considérablement aider à appréhender la nature de notre espèce, faite de désir de compétition et de dépassement de soi, de rivalité, de créativité, de besoin de liberté, etc. Or il semble qu’il s’agisse au contraire d’éviter que les élèves deviennent férus dans ces disciplines. Ne leur serait-il pas très facile ensuite de se rendre compte de  l’inapplicabilité de certaines idéologies ? Il suffit de songer un instant au montage mécaniste que représente le marxisme, et à son incompatibilité ontologique vis-à-vis de la nature humaine (sauf à l’imposer par le biais d’une dictature)… Le but de l’Éducation Nationale n’est-il pas de dupliquer de façon infinie des individus dociles ? Des individus ayant un esprit suffisamment limité pour qu’elle puisse leur insuffler les mythes qu’elle tente de faire perdurer ?

 

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