Contre toute attente, le mariage se porte bien

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Contre toute attente, le mariage se porte bien

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 9 janvier 2016
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Par Guy Sorman.

Mariage (Crédits hellolapomme, licence CC BY), via Flickr.
Mariage (Crédits hellolapomme, licence CC BY), via Flickr.

« Je serais honorée que vous assistiez au mariage de Sunny Lee ou que vous vous y associez par l’esprit. » Voici le faire-part, en coréen, qui m’est parvenu à Paris en juin dernier.

Un mariage en Corée est une affaire qui peut durer plusieurs jours. Sunny Lee, fondatrice d’une start-up, comptant Samsung parmi ses clients, m’avait invité avec huit mois d’avance pour s’assurer de ma présence : les Sud-Coréens apprécient d’être reconnus de l’extérieur et la présence d’Européens à un mariage est aussi essentielle que celle du groupe de K-pop. Ce que l’invitation de Sunny Lee ne mentionnait pas était le nom du conjoint parce qu’il n’y en aurait pas : Sunny Lee se mariait avec elle-même. Cette nouvelle coutume, Made in Korea, progresse dans le pays et gagne le Japon voisin. Les Sud-Coréens sont devenus des créateurs de modes.

Sunny Lee, entrepreneur à succès, à l’âge de quarante ans, ne trouvait aucun mari digne d’elle. Elle n’envisageait pas pour autant de renoncer au mariage, à la convocation de sa famille, de ses amis, de ses clients. Par-dessus tout, elle tenait à la robe blanche et à la photo qu’elle pourrait exposer comme un trophée. Le conjoint était l’élément le moins nécessaire. Étranger de service, j’eus l’honneur de trancher le gâteau de mariage en forme de Tour Eiffel. Français tout de même, je ne pus m’interdire quelques mots d’esprit comme « Comment divorce-t-on lorsqu’on est marié avec personne ? »

Cette tradition du mariage seul va se développant, un rebondissement de plus, le plus récent dans la plus ancienne de toutes nos cérémonies. Il est loin le temps où le mariage unissait pour la vie un homme et une femme. Ce mono-mariage, qui s’ajoute au mariage hétéro et au mariage homo, révèle quelques tendances universelles qui, partout, affectent les mariages et modifient le statut des femmes. Rappelons que dans les civilisations les plus anciennes, comme c’est encore le cas en Inde et en Afrique, l’épouse fait partie des meubles que l’on négocie entre familles.

Sunny Lee se situe aux antipodes de cette tradition-là. On trouvera son histoire pittoresque, mais l’est-elle tant que cela ? Dans l’ensemble du monde développé, les femmes font des études plus longues que les hommes. Sortant de l’Université à un âge où leur mère était déjà mariée, les femmes du Japon et de Corée du Sud partent en quête d’un conjoint de plus en plus tard dans leur vie. Les statistiques sur le sujet montrent qu’en Europe comme aux États-Unis, plus une femme est éduquée, plus elle se mariera tard ou pas du tout. Car plus une femme avance en niveau d’études et en succès professionnel, plus elle va chercher un conjoint de statut au moins équivalent.

Mais plus elle attend, moins les maris potentiels sont disponibles. La diplômée, cadre de trente-cinq à quarante ans, se rabattra alors sur un « second » marché que l’on n’osera pas appeler celui de l’occasion. À la lumière de cette évolution, Sunny Lee apparaît comme plus précurseur que fantasque.

Ne sommes-nous pas là à esquiver le grand débat sur le mariage homosexuel ? Venons-y. Non pour prendre une position, ni pour ajouter des arguments, car tout a déjà été dit. J’ajouterai, au massif des controverses, deux observations. La première est que le monde est désormais divisé en deux parties, celle où le mariage homosexuel est légal ou pourrait le devenir – à peu près l’Occident à fondement chrétien – et l’autre partie où ce mariage homosexuel est inenvisageable, pour des raisons où la culture – le monde musulman – le dispute à l’autoritarisme politique – la Russie, la Chine. Là où le mariage homosexuel est hors de question, c’est moins le caractère sacré du mariage qui interdit son évolution que la domination de l’homme sur la femme : l’islam autorise la polygamie et pour les Chinois, s’offrir une concubine témoigne de leur prospérité. La géographie du mariage homosexuel tend à coïncider avec la libération des femmes et sa prohibition avec leur oppression.

À quoi j’ajouterai une seconde observation de caractère, disons, libéral : la légalisation du mariage homosexuel me paraît une demi-mesure. Des Parlements, des gouvernements ont cédé à la revendication du mariage homosexuel au nom de l’égalité des droits. Mais ne devrait-on pas poursuivre le raisonnement et se demander pourquoi les États se mêlent du mariage ? Le caractère public du mariage par l’État est un fait récent.

Dans les sociétés traditionnelles, jusqu’au XIXe siècle, le mariage était un contrat spirituel ou/et un contrat de droit privé paraphé devant un notaire. Mes grands-parents, juifs de Galicie, furent mariés par un rabbin, ce qui ne les empêcha pas d’engendrer dix enfants ; jamais il ne leur serait venu à l’esprit de s’adresser à un bureaucrate de l’Empereur François-Joseph. À mesure que nos sociétés se sont laïcisées et que les États ont entrepris de tout réglementer, le mariage est passé de la sphère privée à la sphère publique. Il n’est pas inconcevable, les États ayant tendance à opérer un repli stratégique sur leurs fonctions essentielles, que le mariage s’en retourne à ses origines : un contrat, entre adultes consentants, sanctionné ou non par des autorités religieuses librement choisies.

Mais aussi, le charivari autour du mariage tend à occulter l’essentiel : l’humanité persiste à se marier de façon traditionnelle, un homme et une femme ; l’immense majorité de ces mariages est stable, sans tromperie et pour la vie. L’infidélité, le divorce et l’union libre font seulement de meilleurs livres et de meilleurs films.

Ainsi, aux États-Unis, depuis que le mariage homosexuel est légal, il n’est question dans les médias que des droits… des transsexuels. Il n’empêche que ces controverses n’affectent jamais que des minorités. Et à en croire les statistiques, en Europe et aux États-Unis, l’infidélité stagne en-dessous de 15%, l’union libre recule et le nombre de divorces diminue. À bien y réfléchir, même Sunny Lee est favorable au mariage, fût-il d’elle avec elle-même.

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  • « le dispute à l’autoritarisme politique – la Russie, la Chine »
    Non, mais, ça va bien ? Vous écrivez ça en 2015 ou en 1980 ? L’occident est bien plus autoritaire, contrôleur, globalisateur que la Russie ou la Chine. Je voyage, je vis hors CEE, la comparaison est nette: l’Occident est une vaste dictature. On y trouve le délit d’opinion (lois Gayssot-Rocard etc.), l’oppression fiscale, la surveillance générale, le suivi et le fichage.

    •  » Je voyage, je vis hors CEE, la comparaison est nette: l’Occident est une vaste dictature. On y trouve le délit d’opinion (lois Gayssot-Rocard etc.), l’oppression fiscale, la surveillance générale, le suivi et le fichage.  »

      Bien sur et la Chine c’est une démocratie Model comme en Russie pays du multipartisme garanti où le peuple fait souvent appel aux référendums et inititives populaires contrairement à la dictature occidentale comme en Suisse ou aux USA De plus je ne savais que la loi Gayssot-Rocard c’étaient des lois appliquées à tout l’occident tout comme l’oppression fiscale? Pauvres suisses, luxembourgeois, britanniques et américains assommés par des impôts qui oppressent leurs économies.

      D.J

      • Avec des lois comme le mariage pour tous – donc pour personne, on en arrive à ce demander si nous sommes plus libres en Occident.

        Il y a le « mariage pour tous » en Suisse? Aux Etats-Unis, ce sont des pseudo-juges qui l’ont imposé à tous.

        OK, la majorité des Américain n’est peut-être pas prête à mourir pour défendre le mariage. Tant qu’on la laisse se gaver de beurre de cacahuètes financé par le pillage du reste de la planète…

        « Les Etats ayant tendance à opérer un repli stratégique sur leurs fonctions essentielles » : où ça?

        & si l’éloignement de la tradition, du patriarcat, menait au totalitarisme?

        • Le mariage civil en « Occident » est un consentement d’union libre et volontaire entre deux individus quelque soit leur sexe. Il s’agit d’une liberté qui doit être garantie. Plus important que les traditions séculaires est la liberté.

  •  » le mariage se porte bien »

    Au 19e siècle et jusqu’en 1950, à peu près 350000 mariages par an en France
    Aujourd’hui, malgré l’augmentation de la population, 235000 mariages en gros avec un divorce pour deux mariages.
    Pour ce qui est du mono-mariage sud-coréen, il souligne combien pour beaucoup le droit au mariage et à sa cérémonie l’emportent sur le sens même d’un engagement.

    « …l’humanité persiste à se marier de façon traditionnelle, un homme et une femme  »

    C’est juste que les humains sont hétérosexuels dans leur grande majorité, la tradition n’a pas grand chose à voir là-dedans.

     » l’immense majorité de ces mariages est stable, sans tromperie et pour la vie. L’infidélité, le divorce et l’union libre font seulement de meilleurs livres et de meilleurs films. »

    Sans tromperie, vraiment… qui le sait, qui le dit, qui en fait des statistiques ?

    Pour la vie…
    En 2011 en Europe, 2,1 millions de mariages et 986000 divorces
    Depuis 1965, le taux brut relatif de nuptialité a diminué de 50% et le taux de divorces augmente avec une population en hausse continue.

    http://ec.europa.eu/eurostat/statistics-explained/index.php/Marriage_and_divorce_statistics/fr

    10 millions de mariages forcés dans le monde selon l’ONU dont 40% en Inde, pour le coup on peut voir là la persistance d’un mariage traditionnel dont il est difficile de se réjouir.

    « Ne sommes-nous pas là à esquiver le grand débat sur le mariage homosexuel ?  »

    Le nombre de mariages entre personnes de même sexe reste si faible qu’il sans incidence sur le nombre de mariages en général.

     » Il n’est pas inconcevable, les États ayant tendance à opérer un repli stratégique sur leurs fonctions essentielles, que le mariage s’en retourne à ses origines : un contrat, entre adultes consentants, sanctionné ou non par des autorités religieuses librement choisies. »

    Bien d’accord.
    Si le débat n’avait été occulté au moment du mariage pour tous pour ne laisser le choix qu’entre progressisme et conservatisme, égalités des droits et ostracisme, il aurait été possible de poser sur la table de la discussion la fonction sociale qu’a occupé le mariage (statut des femmes, légitimité des enfants, gestion des alliances, des héritages) autant de fonctions devenues obsolètes.
    Ce qui aurait eu du sens n’était pas d’ouvrir le mariage social aux couples de même sexe mais de modifier le mariage « traditionnel » pour en faire un contrat privé.
    Les esprits n’étaient sans doutes pas prêts à cela.

  • Un mono mariage… Pardon mais, là c’est sûr, le monde ne tourne vraiment plus rond… Et cette éloge du narcissisme, de l’égocentrisme, me font vomir.

    Loin de moi de vouloir promouvoir l’idéal classique femme+homme=enfants+métro/boulot/dodo, mais vouloir se marier à soit même, c’est le comble du « m’as tu vu », ceci dit, c’est bien représentatif de ce que devient la populace, entre ceux qui exposent toute leur vie sur facebook, et passent leur temps à faire des selfies pour qu’on voit leur tronche dans de superbes décors & cie pour laisser songer que leur vie est trop cool.
    Ici c’est la même, sauf qu’on détourne le mariage (reconnaissance du désir d’une vie commune durable, par l’état, et nos pairs, voir pour certains, Dieu), pour se faire une fête à soit même, et se sentir être le centre du monde durant quelques instants.

    Mon commentaire est très négatif, je sais que je vais me faire foudroyer par les réponses, je suis un grand adepte des changements et remises en question, à l’encontre même des traditions, mais là je trouve que ça va trop loin.

    Ps : encore une fois, je n’impose pas mon avis à qui que ce soit, je l’exprime pour qu’on en discute, merci. 😉

    • Ben, pas de pot, y a pas de reponses.

    • Ca pourrait être une histoire d’avantages fiscaux si c’était chez nous. En Corée, je pencherais pour une affaire de faire reconnaître l’émancipation de la femme, comme le souligne Eric plus bas. De nombreuses conversions féminines au christianisme y répondent à la même logique.

  • Au Japon, il n’y a pas à la naissance d’état civil individuel, chaque personne est rangée sous l’autorité d’un chef de famille (même étant majeure) jusqu’à ce que la personne en sorte le plus souvent pour un mariage. Une femme qui se marie sort ainsi du registre familial « Koseki » pour se retrouver sous l’autorité de celui de son mari. Concrètement le nom et le prénom de la mariée sont effacés du registre familial et écrit dans celui de son mari.

    En Corée le même système était en vigueur jusqu’en 2005.

  • Ce que je trouve ridicule, c’est l’utilisation du même mot pour des contenus si différents: mariage correspond bien, encore dans l’esprit de la majorité, de l’union d’un homme et d’une femme avec l’idée implicite (demandez à leurs parents!) de la fondation d’une famille avec naissance d’enfants et donc, poursuite de la lignée.

    In illo tempore, j’avais déjà signalé que si le « mariage pour tous » avait porté un autre nom, cet état de fait d’homosexuel(le)s vivant en couple aurait fait moins de remous et aurait été mieux accepté. J’avais proposé de demander le meilleur vocable à l’Académie Française, organe officiel assez paresseux! J’avais même proposé « couplicité ».

    J’observe que le mariage homosexuel, en France, n’est pas équivalent à l’hétérosexuel puisque aucune possibilité d’enfantement n’y est franchement admise et officielle, les parents devant encore adopter.

    Néanmoins, cela n’a pas empêché les super-destructeurs d’entamer le combat pour les trans-sexuels de même que la discrimination de genre niant l’anatomie, la physiologie, l’endocrinologie, l’embryologie et la génétique au profit de leurs idées.

    Professionnellement, je considère, sans aucun jugement moral, que tout homme et toute femme mérite de se sentir bien mais je dois bien constater, JUSQU’À PRÉSENT, que les changements de sexe (médico-chirurgicaux) sont encore entachés d’un nombre de prostitués et de suicides excessifs.

    Alors, le mariage individuel de quelqu’un avec soi-même me parait une dernière acception du terme très éloignée du sens commun, même si cette dame aura les moyens de se faire un bébé (quasi) toute seule.

    Il est clair que le libéralisme veut privilégier les droits de l’individu, que je respecte au premier chef. Mais on ne peut considérer ce seul point de vue: la société des autres individus a aussi droit au même respect, d’où l’interdiction de nuire ou celle de se plier aux lois du marché ou de la démocratie aussi imparfaite et perfectible, soit-elle.

    Il en est de même dans un « vrai » mariage et la fondation d’une famille, expérience unique donnant sens à la vie, et excellent apprentissage pratique d’une micro-société, de ses règles, de ses autorités, de ses responsabilités, de ses droits et devoirs, et de l’adaptation au temps: enfants qui grandissent et parents qui vieillissent!

    Je sais bien qu’en France, il est de bon ton de nier toute valeur à la religion ou à l’Église catholique car siégeant à côté de l’aristocratie, cependant jusqu’à ce que la « R »épublique s’en empare pour la détruire, il faut bien reconnaitre que c’est bien à l’église qu’on se faisait baptiser, qu’on se mariait et qu’on baptisait les enfants et qu’on mourrait, toutes choses dont sans elle, on aurait perdu toute trace! Les généalogistes ne me contrediront pas.

  • Pourquoi pas se marier avec ses enfants, avec des animaux…?

    • Je m’adresse en particulier à Labrisure.

      Sorman déraille. Quel cauchemar s’il fallait choisir entre le « mariage homosexuel » & Poutine!

      Merci à Eric pour cette explication du contexte culturel.

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