François Hollande et l’emploi low cost

François Hollande (Crédits : Mathieu Delmestre/Parti socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0, via Flickr)

La France se dote d’un plan pour un emploi low cost qui laisse perplexe sur notre capacité à relever le défi de la révolution numérique.

Par Éric Verhaeghe.

François Hollande (Crédits : Mathieu Delmestre/Parti socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0, via Flickr)
François Hollande (Crédits : Mathieu Delmestre/Parti socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0, via Flickr)

François Hollande devrait dévoiler le 18 janvier le énième plan français de lutte contre le chômage. Ce plan devrait essentiellement comporter deux mesures : un plan de formation de 500.000 chômeurs, qui permettra de réaliser un « traitement statistique » de la catégorie A (les chômeurs indemnisés devenant des stagiaires de la formation professionnelle) dans la perspective de la prochaine présidentielle, et une aide à l’embauche pour les petites et moyennes entreprises. Une fois de plus, la France, et tout spécialement dans la continuité de la stratégie menée sous l’actuelle majorité, se dote d’un plan pour un emploi low cost qui laisse perplexe sur notre capacité à relever à long terme le défi de la révolution numérique.

Formation professionnelle et emploi low cost

Le plan massif de formation des chômeurs de catégorie A aux emplois du futur constitue en lui-même une superbe démonstration de la stratégie low cost menée par François Hollande. Officiellement, chaque chômeur devrait bénéficier d’un cycle de 400 heures de formation pour se préparer à un nouveau métier. Autrement dit, ce recyclage professionnel se fera sur une période de trois mois. On mesure tout de suite la faiblesse de l’effort consenti : quelle conversion professionnelle peut-on durablement assurer en 3 mois, si ce n’est pour des emplois peu qualifiés ?

Selon les estimations qui circulent, l’ensemble coûterait bon an mal an 1 milliard d’euros pour 500.000 chômeurs. Un rapide calcul permet de comprendre que l’effort fourni sera de 2.000 euros par chômeur. Même rapporté sur douze mois, c’est proportionnellement moins qu’une subvention annuelle accordée à un lycéen. Il est en tout cas acquis qu’une formation qui coûte 2.000 euros pour trois mois à temps plein ne peut avoir d’ambition forte.

Rappelons que le budget global de Pôle Emploi est de 5 milliards environ. La dépense sera donc élevée, mais suffisamment saupoudrée pour ne pas permettre de véritable reconversion professionnelle.

Aide à l’embauche et emploi low cost

La même logique malthusienne, court-termiste et au rabais se retrouve à l’identique dans les projets qui devraient être annoncés le 18 janvier sur les aides à l’embauche. A priori, celles-ci seraient ciblées sur les salaires inférieurs à 1,3 SMIC et viseraient probablement les recrutements à des niveaux de formation les moins qualifiés.

On retrouve ici, une fois de plus, la fameuse croyance des élites parisiennes selon laquelle la meilleure façon de lutter contre le chômage consiste à subventionner la main-d’œuvre la moins coûteuse et la moins formée, alors que c’est l’inverse qu’il faut faire.

En subventionnant les bas salaires, le gouvernement crée en effet une trappe et une rupture forte autour du seuil de 1,3 SMIC. Pour les entreprises, il est de plus en plus coûteux de franchir ce seuil. La politique gouvernementale crée donc (et elle a commencé dès les années 1990…) une désincitation au recrutement des cadres et à l’augmentation de salaires, et un écrasement des rémunérations entre 1 et 1,3 SMIC, parce que ce sont ces rémunérations-là qui sont les plus subventionnées et facilitées.

Si le gouvernement faisait le choix inverse, à savoir inciter à recruter au-dessus de 1,3 SMIC, il créerait un appel d’air favorable à l’effort et à l’ascension sociale. Alors que la politique actuelle aménage de façon favorable les conditions de vie de ceux qui ne réussissent pas à l’école, une politique d’aide aux salaires moyens enverrait le signal positif d’un encouragement à l’effort et à la réussite.

Le même débat existe dans le domaine de l’apprentissage : favorise-t-on l’apprentissage en le cantonnant aux métiers manuels, ou change-t-on son image et son impact en le développant dans les professions à forte valeur intellectuelle ajoutée ?

Emploi low cost et désespérance sociale

Majoritairement, la France fait le choix d’aider les filières les moins porteuses et la population active la plus éloignée de la réussite. Cette stratégie a une conséquence simple : elle désincite à réussir et encourage l’échec.

De ce point de vue, la stratégie low cost en matière d’emploi telle qu’elle sera à nouveau déclinée sur une redite agaçante des mêmes recettes qui ne fonctionnent pas depuis des années, n’est pas une solution apportée à l’apartheid social évoqué par Manuel Valls en 2015, mais elle est un élément essentiel du problème. Les politiques low cost stigmatisent plus qu’elles ne réparent, elles enkystent plus qu’elles ne décloisonnent.

C’est par un signal ambitieux sur le sens de l’effort et sur le goût de la réussite que nos jeunes reprendront goût à l’emploi, et que nos chômeurs se reconstruiront un avenir.

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