Terrorisme : du 11 septembre à Charlie Hebdo

Attentat à Charlie Hebdo : les revendications des « djihadistes » relèvent plus de la psychanalyse que de la politique.

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charlie credits Marc Wainwright Photography (licence creative commons)

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Terrorisme : du 11 septembre à Charlie Hebdo

Publié le 6 janvier 2016
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Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, des milliers d’Américains se précipitèrent sur des versions anglaises du Coran avec l’espoir de comprendre ce qui, dans l’Islam, avait pu motiver les agresseurs. En vain évidemment, car le Coran est d’une lecture difficile, qu’il n’en existe pas d’interprétation unique et que chaque musulman – selon l’Islam – entretient une relation personnelle avec Dieu, par l’intermédiaire de ce livre cryptique. La complexité même du texte explique la prolifération de docteurs de la loi et imams souvent autoproclamés : eux révèlent aux fidèles le sens « véritable » du Coran et prescrivent les comportements que ces croyants sont supposés adopter. Une illustration connue de cette ambiguïté coranique est le terme de djihad qui apparaît deux fois dans le livre, une première signifiant la lutte personnelle que le musulman doit livrer contre la tentation du Mal en lui, ce qu’un chrétien peut comprendre et partager. Mais lors d’une seconde apparition, le terme décrit la « Guerre sainte », le combat contre l’Autre qui incarnerait le Mal. Cette interprétation-là, belliqueuse, sous l’influence de quelques maîtres à penser, aura guidé l’action d’Oussama Ben Laden, celle des bombes humaines du 11 septembre et des assassins de journalistes de Charlie Hebdo, le 7 janvier dernier à Paris. La terreur qui, chaque jour, ravage le Proche-Orient et l’Afrique de l’Ouest et qui, par rebond, a atteint New York, Boston (le marathon d’avril 2013), Londres et Paris a bien un lien avec l’Islam, mais l’Islam ne l’explique pas, ne la justifie pas, ne la détermine pas. Le terme de terreur islamique me semble donc infondé car il donne satisfaction aux intégristes et nie la liberté de choix de chaque musulman. Mieux vaut chercher ailleurs, une autre explication de cette Terreur.

Si l’on s’en tient aux meurtriers « djihadistes » de New York, Paris ou Boston, on constate d’emblée qu’ils n’ont pas en commun seulement une interprétation médiévale de l’Islam : leurs itinéraires personnels et profils psychologiques sont étrangement similaires et pas particulièrement islamiques. Dans tous les cas, il s’agit d’hommes d’une trentaine d’années, peu ou pas éduqués, qui n’ont trouvé ni dans leur vie personnelle, familiale, professionnelle, l’épanouissement qu’ils en espéraient. À peu près tous ont vécu de crimes et larcins et sont passés par la case prison. Sans doute, ces hommes étaient-ils tous tiraillés entre la civilisation occidentale avec les libertés qu’elle offre et la civilisation arabe, plutôt caractérisée par la contrainte sociale. Ces « djihadistes » de circonstances, à leur aise nulle part et nulle part chez eux, reflétaient la difficulté dominante qu’éprouve le monde arabo-musulman à entrer dans la modernité et la globalisation telles que l’Occident les façonne.

Sans aucun doute, pour échapper à leurs échecs et conférer un sens à leur vie, ces « djihadistes » se sont inventés une cause noble qui les dépasse : venger Mahomet, abattre l’Occident. Ce qu’Allah pense de ses mercenaires, nul ne le saura jamais, mais on imagine Dieu occupé à de plus hautes tâches que d’amorcer des bombes et manier des Kalachnikovs. À poursuivre la comparaison entre le 11 septembre et Charlie Hebdo, on observera aussi que les djihadistes, avec un sens du spectacle et une certaine logique, s’en prennent à des symboles de nos deux sociétés : tours à Wall Street et Pentagone, représentations de la puissance financière et militaire des États-Unis ; Charlie Hebdo, symbolique aussi, une institution culturelle dans la société française, libertine, impertinente, anticléricale. Un même mauvais génie, le Diable probablement, se cache derrière ces attentats  similaires.

Allah dans la Terreur est un alibi : les revendications des « djihadistes » relèvent plus de la psychanalyse, de l’autosuggestion que de la religion ou même de la géopolitique. La preuve en est que l’immense masse des musulmans, un milliard dans le monde, quelque dix millions en Occident, ne sont pas des djihadistes : en nombre, les musulmans sont de très loin les principales victimes du prétendu terrorisme islamique (il faudrait, quitte à qualifier, parler de nihilisme islamique) manipulés par quelques pseudo imams pervers et leurs disciples faibles d’esprit comme de caractère.

Au-delà de ces constats indéniables, toute autre interprétation nous paraît aventureuse : l’immigration, par exemple. Elle obéit aux règles les plus variées, en Grande-Bretagne, aux États-Unis, en Belgique, au Canada, en Australie ou en France, tous pays qui ont subi des attentats « islamiques ». Quelles que soient les procédures d’admission et les exigences d’intégration dans la société d’accueil, il se trouvera toujours une poignée de désaxés en quête d’identité, à la recherche d’une cause. Et si les djihadistes ne se recrutaient pas chez les immigrés, il se trouve assez de « convertis » pour les rejoindre. Réformer l’Islam ? On entend cela en Occident, mais cela ne signifie rien puisque nul, en Islam, n’a d’autorité pour imposer telle ou telle interprétation. Se retirer du Proche-Orient ? Mais il ne serait pas conforme à la conscience occidentale de détourner le regard des massacres de civils qui s’y perpétuent.

Il reste à admettre que nous ne disposons pas d’explication ni de solution clés en main pour éliminer tout risque d’attentat terroriste, qualifié d’islamiste. Il reste à s’en remettre à la police, à la coopération entre les services anti-terroristes pour infiltrer et extirper des criminels qui se posent en soldats de Dieu. Il me semble aussi important de ne pas céder, de perpétuer nos valeurs, de ne pas renoncer à exporter la démocratie, de ne pas nous autocensurer, de rester accueillants envers la diversité. Sacrifier notre âme dans ce combat concéderait la victoire à un quarteron de psychotiques. Enfin et cela ne dépend pas de nous, nous souhaiterions entendre avec plus de netteté, la voix des musulmans modérés : c’est à eux, avant nous, qu’il convient de dénoncer tout détournement de l’Islam. Nous ne pouvons pas nous substituer à eux qui sont, plus que nous, les victimes et les otages de cette folie meurtrière.

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  • « Se retirer du Proche-Orient ? Mais il ne serait pas conforme à la conscience occidentale de détourner le regard des massacres de civils qui s’y perpétuent. »
    La France s’est retirée de l’Algérie sans que les massacres à l’encontre des Harkis heurtassent la conscience occidentale.

  • Cet article est fabuleux d’angélisme et de naïveté.

  • La dernière phrase de l’article est (fortement) sujette à caution. Je perçois la « logique » de l’auteur, reprise notamment par une partie de la gauche, et évidemment par le monde musulman.
    Mais celle me gêne pour au moins deux raisons :
    -D’abord, j’imagine toujours ce que pourrait ressentir les familles des (vraies) victimes en lisant ceci.
    -Ensuite parce qu’avec cette « logique », cela reviendrait à dire que les premières victimes (plus que les autres) du nazisme, c’étaient les Allemands…

    • Le Coran est un texte qui peut se lire contrairement à ce que prétend Sorman, et les salafistes en font une lecture littérale tout simplement. C’est en particulier ce courant qui tente de s’imposer partout dans le monde musulman. L’Arabie Saoudite et le Qatar en sont les « dignes » représentants. Et se sont nos « alliés »…

  • J’ai oublié de dire que les auteurs des attentats ne sont pas les têtes « pensantes » de cette idéologie totalitaire. Ils sont recrutés car ce sont des délinquants, des paumés qui feront l’affaire pour perpétrer des attentats. C’est le même mode de recrutement dans la Mafia.

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