Régionales : le combat de boue entre Bartolone et Pécresse

Claude Bartolone credits Parti socialiste via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0)

Valérie Pécresse et Claude Bartolone se livrent à un duel assez minable, sourd aux nouveaux défis que la France doit relever.

Par Éric Verhaeghe.

Claude Bartolone credits Parti socialiste via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0)
Claude Bartolone credits Parti socialiste via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0)

 

La campagne des régionales en Île-de-France donne la nausée. Alors que le séisme du Front National s’est ajouté au séisme du terrorisme, Valérie Pécresse et Claude Bartolone se livrent à un duel à la mode ancienne, hors sol, minable, sourd aux nouveaux défis que la France doit relever, où se dévoilent deux visions du monde dont aucune ne donne envie de vivre à Paris.

Vive les prolos

C’est avec les accents les plus crispants de la bourgeoisie méprisante et réactionnaire que Valérie Pécresse fait ses meetings.

Son porte-parole, Geoffroy Didier, s’est senti obligé de qualifier Bartolone de « prolo » . Il aurait même pu dire « prol », expression que j’avais découverte, lorsque je suis arrivé à Paris en 1986, dans la bouche d’une copine de khâgne qui se proclamait de gauche et dont les parents étaient chercheurs au CNRS. Le « prolo », ou le « prol », pour l’élite parisienne (qu’elle soit de droite ou de gauche, et même plutôt de gauche), c’est un peu l’équivalent autochtone du colonisé : il pue, il est vulgaire, il est sale, il est simple d’esprit, mais c’est une victime du capitalisme et donc il faut le plaindre et le défendre.

J’ai toujours été révulsé par cette expression : non pour ce qu’elle dit, mais pour ce qu’elle ne dit pas, ce qu’elle évoque à mots couverts. Dans ce mot, il y a une couche immense de mépris social, de racisme qui ne dit pas son nom, et qu’on niera la main sur le cœur en proclamant : « comment peut-on me soupçonner de racisme ? », il y a une profonde moue de dégoût pour le pauvre, pour le gagne-petit qui fait du camping et qu’on ne veut surtout pas à dîner chez soi, pour celui qu’on reçoit sur le pas de porte, ou dans la cuisine, celui à qui on ne fera jamais les honneurs du salon.

Le « prolo » en dit long sur la propre représentation sociale que les Républicains se sont forgée d’eux-mêmes : celle d’une élite sociale que les Pécresse, Koscziusko-Morizet et consorts incarnent et veulent préserver au fil des élections. Après le raz-de-marée du Front National, les Républicains n’ont décidément rien compris aux leçons des urnes.

Vive les serre-têtes !

Même obsolescence (non seulement programmée, mais réalisée !) du côté de Bartolone, qui accuse de façon stupéfiante Valérie Pécresse d’incarner l’Île-de-France des serre-têtes. L’expression est un vrai pousse-au-crime. Que n’aurions-nous entendu, que n’entendrions-nous pas si Pécresse accusait Bartolone de faire le jeu des voiles islamiques, des djellabahs ou des chapeaux chinois ? Là encore, la majorité démographique doit avaler des humiliations que les minorités n’accepteraient pas ?

Qui plus est, l’occasion m’est ici donnée de faire l’éloge du serre-tête. C’est un très bel objet qui participe d’une rigueur féminine souvent pleine de sous-entendus. Si je faisais une petite statistique personnelle, je pourrais prouver que la femme en serre-tête est souvent bien plus libérée, sensuelle, voluptueuse, que la femme qui n’en porte pas.

Mais ce n’est pas, bien évidemment, le sujet. Notre problème tient plutôt aux mensonges éhontés de Bartolone, une fois de plus. D’un côté, il explique que le Front National est une abomination parce qu’il divise les Français. De l’autre, pour faire campagne, Bartolone n’a aucun scrupule à stigmatiser les jeunes femmes qui portent des serre-têtes, avec cet horrible sous-entendu selon lequel il ne gouvernera pas pour elles.

Continuez comme ça, mes amis, continuez à ne pas voir le fossé qui s’ouvre sous vos pieds, continuez vos disputes ancestrales… et vous achèverez de précipiter la France dans la fange où vous lui avez fait plier le genou.

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