Grande-Bretagne : un Brexit ? Mais pourquoi ?

David Cameron - Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

Que se passerait-il en cas de Brexit ?

Par Cécile Chevré.

David Cameron - Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)
David Cameron – Credits : Number 10 via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0)

 

Le dernier numéro de nos collègues britanniques de MoneyWeek prend ouvertement parti pour la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, dit aussi Brexit.

En 2013, lors des dernières élections, David Cameron s’était engagé à organiser un référendum sur une possible sortie de l’Europe, et tout ceci sur fond de crise de la zone euro, de crise grecque et de demandes pour plus, ou moins, d’intégration politique et économique au sein de l’UE. Référendum qui devrait être organisé l’année prochaine. Alors risquons-nous d’assister à un départ du Royaume-Uni en 2016 ?

Cette volonté de quitter l’UE ne date pas de la dernière pluie : Londres n’avait rejoint le processus européen, à l’époque la Communauté économique européenne, en 1973, qu’en traînant sérieusement des pieds et en faisant régulièrement entendre sa différence.

Ces dernières années, alors que l’UE ne cesse de s’élargir, de s’alourdir, de se compliquer, que les divergences au sein des pays membres ne font que s’accentuer et que certains réclament une plus grande intégration, le Royaume-Uni se sent manifestement de moins en moins à l’aise dans ce mariage de raison et envisage ouvertement le divorce.
Les derniers soudages donnant le « oui » au Brexit gagnant, il m’a semblé utile de nous pencher sur les causes et conséquences d’une telle rupture.

Pourquoi le Royaume-Uni veut-il quitter l’UE ?

Bonne question. Que le Royaume-Uni ait beaucoup à reprocher à l’Union européenne, cela n’étonnera personne. Le pays a refusé d’intégrer la zone euro et milite très clairement pour une vision de l’UE libérale, reposant principalement sur un grand marché commun. Depuis son entrée dans la CEE, Londres fait régulièrement entendre sa différence et a obtenu un régime assez particulier constitué de nombreuses exemptions et dérogations. Pour Londres, l’Europe c’est donc à la carte, pas un menu imposé.

Or ces dernières années, certains pays plaident au contraire pour une Europe plus fédérale, souhaitant la mise en place de plus d’unité en matière de législation, d’écologie, de droit du travail ou encore de politique étrangère ou de défense. Et ça, vu de l’autre côté de la Manche, cela ne passe pas du tout. Rares sont les Britanniques qui adhèrent à cette vision plus fédérale de l’UE.

Pour résumer, disons que les Britanniques se partagent entre ceux qui souhaitent quitter l’Europe et ceux qui veulent y rester, mais uniquement pour la faire évoluer de l’intérieur. Bien sûr, dans un camp comme dans l’autre, les raisons des partisans du In et ceux du Out sont diverses et variées. Certains espèrent plus de libéralisme, d’autre une vision plus « social-démocrate » pour ne pas dire « socialiste » (ces deux termes étant entendus avec de nombreux guillemets).

Londres pose ses exigences

Comme dans tout processus de rupture, avant que celle-ci ne soit consommée, il faut en passer par la phase de négociations. Celle-ci vient de prendre forme avec la lettre adressée par David Cameron à Donald Tusk, le président du Conseil européen.

Y sont regroupées les demandes du Royaume-Uni pour se maintenir dans l’Union européenne :

  1. Moins d’importance accordée à l’euro. Une des principales craintes de Londres est la mise en place d’une Europe à deux vitesses, avec d’un côté les pays membres de la zone euro, disposant d’un droit de décision renforcé en particulier en matière financière, et de l’autre les pays non-membres et de fait de « seconde zone ». Le Royaume-Uni ne tient ni à abandonner la livre sterling, ni la City !
  2. Plus de libéralisme. Dans sa lettre, David Cameron a rappelé l’importance du marché unique et a demandé son extension aux biens et services. Il a en outre appelé à un allègement des réglementations imposées par Bruxelles ainsi qu’à la multiplication de partenariats commerciaux avec les principaux marchés de la planète dont les États-Unis, le Japon ou l’Asie du Sud-est.
  3. Moins de fédéralisme. La fin de l’obligation d’évolution de l’Union européenne vers plus de fédéralisme. Londres tient à sa souveraineté nationale, et le fait savoir. Cameron demande en outre que les parlements nationaux disposent d’un droit de véto contre les directives européennes.
  4. Limitation des droits des immigrés européens, et tout particulièrement en matière de prestation sociale. La lettre de Cameron précise que ceux-ci seraient tenus de cotiser 4 ans au Royaume-Uni avant de pouvoir bénéficier d’aides sociales.

David Cameron a déjà prévenu que ces 4 demandes étaient une base à de futures discussions et non un couteau posé sous la gorge de Bruxelles. Tant mieux car non seulement aucun pays européen ne souhaite le Brexit et que, en l’état, ces demandes sont fortement problématiques. Ne serait-ce parce que certaines d’entre elles nécessiteraient, pour être mises en place, une modification des traités.

C’est le cas par exemple de la formule rappelant que les pays membres s’engagent à une union toujours plus étroite. Or un changement en profondeur des traités doit passer par un référendum dans les pays européens. Je vous laisse imaginer le bazar…

L’autre demande qui coince sérieusement du côté de Bruxelles est la limitation des droits des immigrés européens qui instaurerait, de fait, une discrimination entre les citoyens européens. Les pays d’Europe centrale et de l’Est se sentent particulièrement visés par cette demande et se sont déjà déclarés extrêmement opposés à cette demande britannique. Les (plombiers) Polonais sont devenus la cible préférée de certains tabloïds et hommes politiques un poil populistes ; cela nous rappelle quelques souvenirs, n’est-ce pas ?

Pour le reste, disons que le Royaume-Uni est depuis longtemps une exception au sein de l’Union européenne et que certaines des demandes britanniques pourraient être satisfaites par des contournements des règles existantes plutôt que par leur refonte.

Pour l’instant donc, les discussions, même si elles sont tendues, sont loin, très loin d’être parvenues au point de rupture. David Cameron a indiqué, début novembre, qu’il souhaitait que ses demandes soient examinées avant le prochain sommet européen, le 17 décembre. Mais flegme britannique oblige, les affaires étrangères ont aussi précisé que le Royaume était ouvert à une plus longue période de discussions.

Que se passerait-il en cas de Brexit ?

Je vous le disais, les derniers sondages donnent le oui au Brexit gagnant. La décision pourrait donc échapper au gouvernement anglais.

Les débats et discussions font rage au Royaume-Uni, chacun affûtant ses arguments. Parmi ce maelstrom, je vous propose de nous concentrer sur les arguments économiques, que nous verrons demain.


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