Régionales 2015 : la France est sauvée !

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Plusieurs régions maintenant confrontées à un scrutin triangulaire, favorable au Front National ; des scores jamais vus pour le parti de Marine Le Pen, des leaders d’autres partis aux mines déconfites, aux discours consternants de vacuité et à l’œil marqué de soubresauts que seule la panique explique bien… C’est donc une déroute sans nuance pour le Parti Socialiste, un honorable sauvetage des meubles pour Les Républicains, et à l’inverse une puissante montée du Front National alors que l’abstention, comparée aux précédents scrutins régionaux, ne permet même pas de mettre ces scores sur le dos de militants absents.

gifa - hollande vote de travers

Ces constatations établies, quels enseignements peut-on tirer de ce scrutin, si tant est qu’on puisse tirer quoi que ce soit de cette approximation de démocratie, dans un pays sous tension et surtout totalement polarisé sur des questions quasiment choisies hors de toutes considérations des problèmes concrets et réels vécus par les électeurs eux-mêmes ?

Un élément important, bateau certes mais qui nécessite d’être rappelé, est que le prochain profil des nouvelles « super-régions » accordera finalement moins de postes aux habituels politiciens du LR et du PS. En somme, le pays devra supporter un peu moins d’apparatchiks recyclés.

Ceci entraîne une conséquence évidente pour les deux partis historiques puisque ces pertes de postes provoquent mécaniquement une baisse des fonds disponibles (les élus étant traditionnellement invités à leur reverser une partie de leurs indemnités). On peut même imaginer ici un cercle vicieux où plus un parti perd des postes, moins il a de fonds et moins il peut faire entendre ses passionnantes idées politiques, accroissant ainsi ses risques de perdre encore des postes, etc.

Parallèlement, cela donne aussi un regain de puissance au FN. D’une part, par le même mécanisme évoqué, sur le plan financier, chaque frétillant nouvel élu venant abonder aux caisses du Front. D’autre part, parce que le succès politique séduit inévitablement les requins. Petit-à-petit, ce parti peut espérer, avec ses récentes victoires, attirer à lui des têtes pensantes un peu plus affûtées au petit jeu politique et s’éviter ainsi ces candidats qui le gênent dans sa course au pouvoir par leurs déclarations ridicules (encore qu’avec celles de Marine Le Pen, régulièrement consternantes, on comprend qu’il y a une solide marge de manœuvre avant d’impacter vraiment négativement la montée du parti).

On le comprend : ces victoires du Front National, mêmes partielles, provoquent bien des soucis pour les autres partis en place, en plus de « normaliser  » un parti qui a longtemps agi comme un repoussoir.

Car oui, voilà bien le principal enseignement de ce scrutin, au-delà des petites bidouilles d’appareil politique : le constat fort inquiétant de l’incroyable nullité du Parti Socialiste et, dans une mesure à peine moindre, des Républicains en face. Encore une fois, l’évidence est cruelle mais doit être rappelée : le Front gagne d’autant mieux que ses adversaires sont de plus en plus mauvais.

Bien sûr, on doit accorder un certain succès aux efforts évidents de Marine Le Pen de gauchiser le discours de son père pour en faire une chose ratissant progressivement si large qu’elle épuise même les rangs du NPA ou du parti mélenchonesque. Mais indépendamment, ce qui aurait dû être un signal clair pour la gauche et la droite traditionnelles de reconstruire un discours cohérent, bâti sur des fondations idéologiques solides (conservatrice pour l’une, progressiste pour l’autre), n’a pas été entendu : ils furent d’abord médiocres, ils sont maintenant pénibles, nuls, déplorables, consternants, voire odieux.

gifa - cat - gramophoneIl n’est qu’à voir l’actuel Premier secrétaire du bateau ivre socialiste pour bien comprendre : Cambadélis répète ainsi comme un gramophone des formules éculées depuis trente ans (les heures les plus sombres, les amalgames, les valeurs socialistes, l’abomination vichyste, etc.) comme si les dernières décennies n’avaient pas eu lieu, comme si les réseaux sociaux n’existaient pas, comme si la pensée actuelle ne s’accommodait pas de plus en plus mal des slogans tout faits et de plus en plus bas de plafond, et surtout comme si les dirigeants socialistes avaient vraiment épuisé toutes les misérables ressources de leur intellect pour répondre à la montée du Front.

Eh oui : le Front National, si l’on met de côté quelques rares individualités, a bien de mal à attirer à lui autre chose que des cinquièmes roues de carrosse et de parfaits inconnus au bagage minimaliste, mais il n’en reste pas moins capable d’infliger une bonne branlée de magnitude 9 au Parti Socialiste qui, théoriquement, est une machine à élections depuis des années. Cela en dit long sur le personnel politique français, ou plus exactement son total remplacement par une bande de sous-fifres politiquement limités.

Ceci posé, il ne faut pas perdre de vue que nous parlons ici d’élections régionales. Manifestement, aux mines déconfites de certains, on comprend que la défaite est très amère, mais il n’en reste pas moins que du point de vue de l’électeur lambda, et tout autant du contribuable, ces élections restent définitivement des escarmouches, une façon pour eux d’égratigner un peu les uns et les autres, sans pour autant que la donne change fondamentalement dans le pays.

Car les régions, ce sont des lieux de pouvoir politique parce qu’il y a un budget attaché. C’est, certes, une façon pour ceux qui sont élus d’obtenir une visibilité médiatique en plus d’émoluments grassouillets, mais en termes de pouvoirs effectifs, on reste dans la compétence mineure : un peu de gestion des lycées, un peu d’infrastructure – les TER, quelques routes – les fonds régionaux, et un peu d’« investissement » public pour les entreprises du cru, ainsi qu’une petite fanfreluche culturelle, bref, on est loin d’un réel pouvoir législatif, très loin d’un ministère, à des années-lumières du pouvoir exécutif.

Autrement dit, si le pouvoir du Front National dans la vie politique vis-à-vis des autres partis augmente clairement, pour le reste, son pouvoir pratique dans la vie des Français ne change guère. On peut même assez facilement imaginer qu’il y aura de multiples tensions au niveau des départements ou des municipalités opposées avec une multiplication des obstructions diverses et variées. En somme, même avec le basculement maintenant prévisible de plusieurs régions au FN, même si certains, sentant ce basculement, pourraient s’écrier « La France est sauvée ! », en pratique, rien ne changera et on peut même facilement parier que les différences avec les précédentes majorités régionales seront marginales.

De tout cela, on pourra conclure un « tout ça pour ça » désabusé mais pas étonné. Ne vous réjouissez pas trop vite cependant : nous sommes en France, dans ce pays où toute la classe jacassante (politique et médiatique) se gargarise de démocratie et de voix du peuple, mais qui, éminemment conscientisée et tremblante à la vue de cette poussée frontiste, va maintenant pleurer dans toutes ses colonnes, dans toutes ses interviews et dans tous ses meetings à l’abominable menace que la nouvelle donne représente. Ce faisant, elle va saouler un peu plus les électeurs lassés d’être, encore une fois, pris pour des enfants capricieux et incultes.

M’est avis que tout ceci va très bien se terminer.

this will not end well - bunny and soldiers
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