Eurozone, eurofolies

Alex Guibord Euro Sign(CC BY-ND 2.0)

Les capitaux sont massivement sortis de la vieille Europe pour se porter aux États-Unis.

Par Jean-Pierre Chevallier

Alex Guibord Euro Sign(CC BY-ND 2.0)
Alex Guibord Euro Sign(CC BY-ND 2.0)

En cette fin de semaine, le 4 décembre, les marchés ont parfaitement confirmé mes analyses : les capitaux sont massivement sortis de la vieille Europe, dont les fondamentaux sont mauvais, pour se porter aux États-Unis où ils sont bons avec une croissance proche de son potentiel optimal sans inflation mais avec des goulets d’étranglement sur l’emploi, ce qui alimente la spéculation gagnante…

En effet, les bourses de la vieille Europe ont plongé plus ou moins fortement (actions et obligations) alors que celles des États-Unis ont rebondi vers leurs plus hauts historiques.

Ainsi, les rendements du Schatz ont plongé à leur plus bas historique le 2 décembre (- 0,452 %), juste avant la publication de la décision de la BCE de ne pas augmenter les rachats de titres, pour remonter vigoureusement juste après l’annonce de cette décision qui a surpris les marchés !

Document 1 :
2015.12.04.1.schatz452

Ordinairement, une hausse des rendements des bons des Trésors, correspondant à une baisse des prix des contrats signifiant que les investisseurs sortent de ce type de placement refuge, s’accompagne d’une hausse des actions, ce qui n’a pas été le cas car les capitaux sont sortis de la zone euro pourrie pour s’investir aux États-Unis où les perspectives sont bonnes.

Il en a été de même avec les rendements des bons à 10 ans du Trésor helvète qui ont battu leur plus bas record historique le 3 décembre à – 0,412 % pour remonter ensuite aux mêmes heures que les variations du Schatz,

Document 2 :
2015.12.04.2.swiss412
Ces mouvements désordonnés de capitaux les 3 et 4 décembre montrent clairement que les marchés, c’est-à-dire les mauvais investisseurs panurgistes n’ont toujours rien compris aux fondamentaux du monétarisme…

Ainsi par exemple, les marchés sont toujours convaincus que la politique monétaire menée par la BCE est proactive, c’est-à-dire qu’elle donne des effets positifs, en abaissant les taux de base et en rachetant des titres pour des centaines de milliards d’euros, dont des bons de Trésors.

En réalité cette politique monétaire de la BCE ne produit aucun effet positif : d’une part, les rachats de titres n’ont aucun effet d’entrainement sur l’économie réelle, car les banques qui les vendent déposent en retour leurs disponibilités excédentaires à la BCE ; et d’autre part, en abaissant encore les taux de base qui étaient déjà à des niveaux négatifs, la BCE ne fait qu’accentuer les difficultés des banques, car elles peuvent difficilement dégager des bénéfices en prêtant à des niveaux très bas.

Des taux négatifs étaient inimaginables, inconcevables. C’est une très grave erreur que de poursuivre une telle politique monétaire comme je l’ai écrit à maintes reprises, ce qui est aussi l’avis de Claudio Borio, chef du département monétaire et économique de la BRI, qui vient de déclarer que « Les limites de l’impensable » ont été franchies, « Le calme qui règne actuellement est fragile » a-t-il ajouté.

Pire encore : une telle politique monétaire montre, ou avoue, que la zone euro reste engluée dans une crise larvée avec un taux de chômage très élevé, surtout dans ces cochons de pays du Club Med sans que la BCE puisse y faire repartir la croissance, en particulier à cause de l’hypertrophie de la masse monétaire qui est irrattrapable.

Comme c’était prévisible, après la fourniture de centaines de milliards d’euros à des banques de la zone, et depuis le début du Q€ en mars 2015, cette politique monétaire n’a eu aucun effet positif observable : les banques ne prêtent pas davantage aux entreprises ni aux particuliers qui n’investissent pas quand les perspectives sont mauvaises même si les taux sont faibles.

Au contraire, avant les turbulences financières, les entreprises et les particuliers n’hésitaient pas à investir en s’endettant, même avec des taux élevés parce que l’avenir s’annonçait radieux.

Conclusion 1 : les analyses monétaristes permettent donc d’anticiper la réalité à venir et d’alimenter la spéculation gagnante

En effet, ce qui s’est passé en deux jours n’est qu’une manifestation des tendances lourdes et longues qui montrent que depuis le mois de juillet 2007 les bons spéculateurs anticipent ces difficultés dans la zone euro : les rendements du Bund sont clairement sur une tendance baissière, miraculeusement sauvés des eaux par la confirmation le 28 avril 2015 d’une hausse des taux de la Fed du fait du rétablissement d’une croissance proche de son potentiel optimal aux États-Unis,

Document 3 :
2015.12.04.3.bonds007

L’évolution des rendements des bons du Trésor allemand les 3 et 4 décembre montre même clairement que la BCE accentue en fait les difficultés et les craintes dans la zone, face à un avenir inconnu, en maintenant des taux anormalement bas,

Document 4 :
2015.12.04.4.germany

Les petits Suisses sont une fois de plus totalement dépendants de la zone euro sans y avoir adhéré !

Document 5 :
2015.12.04.5.bondseurope

Les rendements des Notes à 2 ans et à 10 ans sont positionnés en attente d’une hausse des taux de base de la Fed et du marasme européen…

Document 6 :
2015.12.04.6.treasuries

… ce qui est confirmé par leur écart,

Document 7 :
2015.12.04.7.cycleus

Comme je l’ai écrit maintes fois, l’hypertrophie de la masse monétaire dans la zone euro y provoque cette absence de croissance (ou plutôt la continuation d’une crise larvée) qui a le gros avantage de brider la croissance américaine en cassant les cycles qui la perturbaient auparavant,

Document 8 :
2015.12.04.8.cycleusger
Conclusion 2 : les idiots a priori inutiles peuvent miraculeusement devenir utiles.

Sur le web