Le pacte de stabilité parmi les victimes du vendredi 13

François Hollande (Crédits : Mathieu Delmestre/Parti socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0, via Flickr)

Évidemment la croissance ne sera pas au rendez-vous, mais ce sera la faute au terrorisme.

Par Jacques Garello.

François Hollande (Crédits : Mathieu Delmestre/Parti socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0, via Flickr)
François Hollande (Crédits : Mathieu Delmestre/Parti socialiste, licence CC-BY-NC-ND 2.0, via Flickr)

 

« Dans ces circonstances, je considère que le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité ». En annonçant « un surcroît de dépenses publiques » devant le Congrès, François Hollande a averti les Français, mais aussi Bruxelles, que les engagements de rigueur budgétaire pris par la France ne seront pas tenus. On peut légitimement se demander si le Président n’a pas pris prétexte des attentats pour annoncer que la barre des 3% du PIB fixée pour le déficit en 2016 sera loin d’être respectée. En effet, le « pacte de sécurité » n’est pas à ce point coûteux et, en fait, on pourrait comprendre soit que le gouvernement socialiste veut rompre avec les quelques signes extérieurs de rigueur dans une année pré-électorale, soit qu’il entend relancer la croissance, comme les Américains l’ont fait dans un réflexe de peur après le 11 septembre 2001.

Le coût du pacte de sécurité

Quel pourrait être le « surcroît de dépenses publiques » lié à la sécurité ? Il s’agit essentiellement de suspendre les économies prévues sur le budget de la défense et de créer des emplois nouveaux dans la fonction publique. Il est vrai que si la France décide d’intensifier et d’accélérer ses interventions en Syrie, cela se traduira automatiquement par une hausse des coûts : la guerre coûte toujours cher. Mais, en revanche, que représente le renforcement des effectifs des ministères concernés ? Il s’agit de recruter 2.500 personnes pour la justice, 1.000 dans les douanes, et 5.000 dans la police (« pour retrouver les effectifs de 2007 », le Président rejetant au passage la responsabilité du manque de policiers sur son prédécesseur). La masse salariale correspondante n’est pas considérable, sans doute autour de 700 millions d’euros, charges sociales comprises, mais le coût d’un emploi créé, lui, est sans doute très supérieur, pour tenir compte du recrutement et de la formation de ces nouveaux fonctionnaires, de l’équipement qui accompagne nécessairement un supplément de personnel. Donc l’ordre de grandeur est certainement de quelque 2 à 3 milliards d’euros. De plus, il est annoncé que ces effectifs seront augmentés sur une période de deux ans. Les dépenses envisagées sont donc a priori très inférieures à ce que représente le recrutement de 60.000 fonctionnaires de l’Éducation Nationale, objectif affiché par le gouvernement d’ici 2017, qui est réalisé aujourd’hui à moitié.

Les rallonges budgétaires

En fait, toute projection sérieuse est peu crédible, parce que les débats sur la loi de finances en cours au Parlement seront l’occasion de rompre avec « l’austérité » tellement décriée par la classe politique, notamment à gauche. C’est un atout électoral inattendu et précieux : en rognant sur les maigres restrictions envisagées qui ont mécontenté la clientèle de gauche, en rétablissant quelques allègements fiscaux dont la suppression a mécontenté les classes moyennes, les socialistes vont essayer de se rendre populaires. Ils feront tout pour effacer l’image imprimée par les lois Macron étiquetées ultra-libérales. Ils se retrouveront sur leur terrain favori : celui de la démagogie, déguisée en justice sociale. Ce sera la revanche de Sapin sur Macron.

Terrorisme et croissance

Après le 11 septembre 2011, George W. Bush et le président de la Fed Alan Greenspan ont cédé à la peur. Ils ont craint qu’une vague de pessimisme freine consommation et investissement (toujours une approche keynésienne de la croissance) et ils ont recouru à la médecine keynésienne habituelle. Le « quantitative easing » a fait son apparition et n’a cessé de guider la politique monétaire depuis lors. La peur est mauvaise conseillère : la relance des crédits immobiliers avec les subprimes a déclenché la crise de 2008. Ensuite, le G 20 a pris la même direction, recommandant des déficits financés par des créations monétaires : les taux d’intérêt sont progressivement devenus négatifs, et le sont toujours.

La France de François Hollande bénéficie de la complicité de la Banque Centrale Européenne. Elle peut continuer à s’endetter tant que le service de la dette ne coûte que de minimes milliards. Si les gouvernements français successifs se sont exposés aux mesures punitives de Bruxelles, ils obtiennent aujourd’hui une absolution pour leurs péchés budgétaires, d’autant plus que Mario Draghi entend ne pas suivre la Fed si elle s’avisait de hausser les taux. Le gendarme Junker devra faire profil bas et témoigner son indulgence et sa solidarité à l’égard des pauvres Français. Évidemment la croissance ne sera pas au rendez-vous, mais ce sera la faute au terrorisme. Dans ces conditions, le principe de stabilité devait nécessairement sauter.


Sur le web

Lire sur Contrepoints notre dossier Pacte de stabilité