Irak, Syrie : Et si on réfléchissait avant de faire la guerre ?

Vladimir Poutine et François Hollande lors de la commémoration du 70e anniversaire de la libération de la France (6 juin 2014) - Crédits : France Diplomatie via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0

L’Occident et la Russie ont-ils une véritable stratégie politique au-delà de leurs soutes à munitions ?

La France, blessée, traumatisée, en colère – à juste titre, depuis les attentats du vendredi 13 novembre 2015, emprunte-t-elle peu ou prou la même voie que les États-Unis après le 11 septembre ? La guerre probable de Hollande-Obama-Poutine sera-t-elle la « bonne » ?

Par Charles Bwele.

Vladimir Poutine et François Hollande lors de la commémoration du 70e anniversaire de la libération de la France (6 juin 2014) - Crédits : France Diplomatie via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0
Vladimir Poutine et François Hollande lors de la commémoration du 70e anniversaire de la libération de la France (6 juin 2014) – Crédits : France Diplomatie via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0

Paris compte s’allier à Moscou, à Washington, à Londres et compagnie dans une guerre uniquement ou essentiellement aérienne contre Daesh en Syrie. Et en Irak ? Pour peu que cette nouvelle coalition ad hoc entreprenne une guerre terrestre en Syrie ou dans le « Syrak » djihadiste (= Nord-Syrie + Nord-Irak = la superficie du Royaume-Uni), sera-t-elle plus efficace que les précédentes ? Peut-on réellement combattre Daesh dans son fief syrien en omettant celui irakien et vice-versa ?

Plusieurs armées de l’OTAN n’ont pu venir à bout des Talibans afghans (et/ou pakistanais ?) après 14 ans de guerre terrestre et aérienne, parfois agrémentée de concepts stratégiques fumeux et rutilants tels que la « COIN » (counterinsurgency). Quelles leçons ont été tirées de l’expérience afghane ?

Que sont devenues l’Irak, la Syrie et la Libye après plusieurs guerres aériennes, terrestres, hybrides ou irrégulières plus ou moins supervisées par l’Occident ? Une multitude d’experts en stratégie suggèrent d’intégrer les Kurdes (PKK, YPK, Peshmerga), le Hezbollah (chiite) et l’Iran (chiite) à une grande coalition un peu désordonnée contre Daesh. Comment réagiront les populations sunnites face à ce déluge coalisé de feu ? N’est-ce pas consolider la théorie d’une guerre sainte contre l’islam sunnite au cœur de la Mésopotamie ? Qui peut croire un instant que les richissimes donateurs du Golfe arabe, choyés par les banques et les chancelleries occidentales, resteront de marbre face à l’appel de leurs frères sunnites ?

D’une certaine façon, Daesh use de l’esprit pour mieux frapper l’Occident et la Russie qui ne semblent lui opposer que de la matière. Et si l’État islamique, à l’image d’Al-Qaïda auparavant, ne provoquait et n’attendait qu’une confrontation avec le « Grand Monde Chrétien » pour mieux attirer et galvaniser la constellation djihadiste ?

Les guerres de Bush en Irak et en Afghanistan avaient donné ses lettres de noblesse à Al-Qaïda et crée un terreau fertile à Daesh. La guerre de Hollande-Obama-Poutine en Syrie/Irak donnera-t-elle naissance à des start-up djihadistes encore plus radicalisées que l’État islamique ?

En-deçà de la nécessité de combattre Daesh et de protéger autant que possible le territoire français et ceux européens de ses attaques terroristes, Paris a-t-elle réellement pesé le pour et le contre d’une opération militaire coalisée en Syrie/Irak ? Est-elle mue par les impératifs du théâtre de la sécurité ou par une géopolitique de l’émotion ? L’Occident et la Russie ont-ils une véritable stratégie politique pour le Syrak au-delà de leurs soutes à munitions ?

Selon le philosophe allemand Wilhem Dilthey, « la réalité du monde extérieur s’éprouve et se vérifie par sa résistance ».

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