Irak, Syrie : Et si on réfléchissait avant de faire la guerre ?

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Vladimir Poutine et François Hollande lors de la commémoration du 70e anniversaire de la libération de la France (6 juin 2014) - Crédits : France Diplomatie via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0

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Irak, Syrie : Et si on réfléchissait avant de faire la guerre ?

Publié le 24 novembre 2015
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La France, blessée, traumatisée, en colère – à juste titre, depuis les attentats du vendredi 13 novembre 2015, emprunte-t-elle peu ou prou la même voie que les États-Unis après le 11 septembre ? La guerre probable de Hollande-Obama-Poutine sera-t-elle la « bonne » ?

Par Charles Bwele.

Vladimir Poutine et François Hollande lors de la commémoration du 70e anniversaire de la libération de la France (6 juin 2014) - Crédits : France Diplomatie via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0
Vladimir Poutine et François Hollande lors de la commémoration du 70e anniversaire de la libération de la France (6 juin 2014) – Crédits : France Diplomatie via Flickr (CC BY-NC-SA 2.0

Paris compte s’allier à Moscou, à Washington, à Londres et compagnie dans une guerre uniquement ou essentiellement aérienne contre Daesh en Syrie. Et en Irak ? Pour peu que cette nouvelle coalition ad hoc entreprenne une guerre terrestre en Syrie ou dans le « Syrak » djihadiste (= Nord-Syrie + Nord-Irak = la superficie du Royaume-Uni), sera-t-elle plus efficace que les précédentes ? Peut-on réellement combattre Daesh dans son fief syrien en omettant celui irakien et vice-versa ?

Plusieurs armées de l’OTAN n’ont pu venir à bout des Talibans afghans (et/ou pakistanais ?) après 14 ans de guerre terrestre et aérienne, parfois agrémentée de concepts stratégiques fumeux et rutilants tels que la « COIN » (counterinsurgency). Quelles leçons ont été tirées de l’expérience afghane ?

Que sont devenues l’Irak, la Syrie et la Libye après plusieurs guerres aériennes, terrestres, hybrides ou irrégulières plus ou moins supervisées par l’Occident ? Une multitude d’experts en stratégie suggèrent d’intégrer les Kurdes (PKK, YPK, Peshmerga), le Hezbollah (chiite) et l’Iran (chiite) à une grande coalition un peu désordonnée contre Daesh. Comment réagiront les populations sunnites face à ce déluge coalisé de feu ? N’est-ce pas consolider la théorie d’une guerre sainte contre l’islam sunnite au cœur de la Mésopotamie ? Qui peut croire un instant que les richissimes donateurs du Golfe arabe, choyés par les banques et les chancelleries occidentales, resteront de marbre face à l’appel de leurs frères sunnites ?

D’une certaine façon, Daesh use de l’esprit pour mieux frapper l’Occident et la Russie qui ne semblent lui opposer que de la matière. Et si l’État islamique, à l’image d’Al-Qaïda auparavant, ne provoquait et n’attendait qu’une confrontation avec le « Grand Monde Chrétien » pour mieux attirer et galvaniser la constellation djihadiste ?

Les guerres de Bush en Irak et en Afghanistan avaient donné ses lettres de noblesse à Al-Qaïda et crée un terreau fertile à Daesh. La guerre de Hollande-Obama-Poutine en Syrie/Irak donnera-t-elle naissance à des start-up djihadistes encore plus radicalisées que l’État islamique ?

En-deçà de la nécessité de combattre Daesh et de protéger autant que possible le territoire français et ceux européens de ses attaques terroristes, Paris a-t-elle réellement pesé le pour et le contre d’une opération militaire coalisée en Syrie/Irak ? Est-elle mue par les impératifs du théâtre de la sécurité ou par une géopolitique de l’émotion ? L’Occident et la Russie ont-ils une véritable stratégie politique pour le Syrak au-delà de leurs soutes à munitions ?

Selon le philosophe allemand Wilhem Dilthey, « la réalité du monde extérieur s’éprouve et se vérifie par sa résistance ».

Sur le web

Lire sur Contrepoints notre dossier sur le terrorisme

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  • Notre problème est d’avoir un président qui, même quand il fait de la politique extérieure, fait de la politique intérieure. La posture de va-t-en guerre est, semble-t-il, payante électoralement. Mais il n’est pas sûr qu’en prenant aujourd’hui les décisions qui auraient dû être prises hier, on obtienne un résultat positif. La conséquence sera plutôt la galvanisation des ennemis de l’intérieur, maintenant qu’ils ont pu prendre conscience de leur force potentielle…

  • 100 points d’interrogation en 2 articles : un record !

    J’en rajoute un : « Est-ce que vous comprenez ce que vous avez fait? », d’un certain Poutine aux dirigeants occidentaux…

  • « La guerre de Hollande-Obama-Poutine en Syrie/Irak »

    Quelle guerre ? Il n’y a pas de guerre. Juste des appuis géopolitiques à de nombreux groupes qui eux sont en pleine guerre civile. La guerre, cela se fait au sol en occupant le terrain, absolument pas en lâchant des bombes.

    Il y a encore 15 jours, les journaux titraient sur les bons et les mauvais bombardements – c’est à dire ceux qui visaient ou pas les groupes soutenus par les US et Culbuto. La vérité est que l’on n’a jamais fait que déstabiliser ces pays. Et plus ils sont instables, moins il est vraisemblable qu’il y émerge un semblant de démocratie.

    La guerre civile ne peut s’arrêter que si le groupe le plus puissant écrase les autres et met en place une répression féroce. Le pire pour les populations est encore à venir. Pour s’impliquer de façon à calmer le conflit, il faudrait aider le plus détestable pour pouvoir ensuite avoir un moyen de le tempérer. Mais les manœuvres géopolitiques font qu’on mise toujours sur des tocards. Dans ces conditions, il faudrait mieux ne rien faire, laisser tomber et passer ça en profits et pertes de la réal-politique et du bisounoursisme.

    • « Juste des appuis géopolitiques à de nombreux groupes qui eux sont en pleine guerre civile. »

      C’est justement ça la vrai guerre (a part les quelques « guerres industrielles » de l’histoire), pas des centaines de chars biens alignés qui avancent avec des soldats regardant fièrement vers l’avant, lunettes de soleil sur le nez et cheveux au vent…

      « La guerre, cela se fait au sol en occupant le terrain, absolument pas en lâchant des bombes. »

      C’est justement pour cela qu’il faut trouver des groupes à appuyer au sol. tout ce qui n’est pas ethniquement arabe (à l’exception peut être des kurdes, et c’est pas garanti) se verra rejeté par la population sur place. On ne peut donc pas y aller sous peine d’avoir des gros problèmes. Il faut aussi se rendre compte que même si on trouve des arabes sunnites IS (et aidé en cela par la propagande du parti baath) va dire que ce sont des faux sunnites, qu’ils sont téléguidés par les juifs… Et une partie de la population va les croire.

      Bref c’est vraiment pas gagné pour trouver un soutient efficace au sol. En tout cas envoyer des islamistes chiites n’apporte rien de bon et le régime de Bachar est plus un problème qu’un atout étant donné sa faible cote de popularité chez toutes les minorités, même les alaouites (Bachar a tué 70000 des 250000 jeunes alaouites en age de combattre dans sa guerre pour rester au pouvoir).

      « Il y a encore 15 jours, les journaux titraient sur les bons et les mauvais bombardements »

      Et ils devraient continuer car massacrer des civils ne fait que créer des terroristes parmi leurs proches… Je ne vois pas en quoi c’est stratégiquement intéressant pour nous qui cherchons à lutter contre le terrorisme. En revanche pour la Russie et Bachar qui cherchent à pourrir la situation…

      « c’est à dire ceux qui visaient ou pas les groupes soutenus par les US et Culbuto. »

      Bref, notre soutient au sol qui arrivait justement à quelque-chose contre IS alors qu’il était sans cesse attaqué par l’aviation syrienne… C’est d’ailleurs pour cela que les russes se sont empressé de les supprimer eux et pas l’état islamique.

      « La vérité est que l’on n’a jamais fait que déstabiliser ces pays. »

      Non, pas la Syrie ni l’Irak après 2010. C’est la Russie et l’Iran qui étaient au commandes.

      « Et plus ils sont instables, moins il est vraisemblable qu’il y émerge un semblant de démocratie. »

      Il y émergera un semblant de démocratie quand chaque minorité restera sur ses terres et ne cherchera pas à dominer les choses. La France et l’UK ont tracé des frontières catastrophiques après avoir hérité de ces régions de la chute de l’empire Ottoman.

      « La guerre civile ne peut s’arrêter que si le groupe le plus puissant écrase les autres et met en place une répression féroce. »

      Non, ce n’est pas le cas dans ce genre de conflit ethno-religieux. Pour y mettre fin il faut garantir sa sécurité à chaque minorité sur des terres précisément délimités pour chacune d’entre elles.

      « Le pire pour les populations est encore à venir. »

      Le pire pour les populations c’est de ne pas avoir de « safe haven » car on bombarde tous dans tout les sens depuis les airs. Transformer cette guerre un guerre de position terrestre permettrait de sauver des civils…

      « Pour s’impliquer de façon à calmer le conflit, il faudrait aider le plus détestable pour pouvoir ensuite avoir un moyen de le tempérer. »

      IS ?

      « Mais les manœuvres géopolitiques font qu’on mise toujours sur des tocards. »

      Non, on aurait pu arrêter tout cela quand ça a commencé et avoir au pire un conflit de basse intensité sans aucun groupe comme IS. La Russie l’a empêché…. Souvenez vous…

  • « D’une certaine façon, Daesh use de l’esprit pour mieux frapper l’Occident et la Russie qui ne semblent lui opposer que de la matière. »

    Autant, je suis parfaitement en accord sur le fait que balancer des bombes en Syrie ne résoudra pas grand chose, autant je suis en désaccord avec votre idée.

    On assiste à la fin des religions messianiques. Restera des groupes de sectateurs plus ou moins rigolo et fun et qui perpetrons le rituel du massacre de masse.
    Pour l’essentiel c’est fini, la science à abattu dieu depuis plus d’un siècle, vous assistez aux dernières convulsions.

  • Mais les Kurdes sont des sunnites… Ah mais oui, cela ne compte pas car ils ne sont pas salafistes…

    • Les kurdes en Syrie et en Irak sont avant tout kurdes. Cela s’explique par le fait que le socialisme arabe est avant tout fait pour les arabes, c’est une idéologie profondément raciste voir suprémaciste qui avait pour but de créer un « arabe nouveau ». Bref toutes les idées complètements absurdes de certaines formes connues de socialisme.

      Les minorités kurdes, druzes, assyriennes, turkmènes et yazidis ont toujours été au mieux considérés comme des sous-citoyens ou persécutés. La plupart ont pris part à l’opposition en Syrie, à l’exception des kurdes qui étaient resté officiellement neutres, et se sont engagé dans la FSA. C’est pour les punir que Bachar a relâché des centaines de djihadistes de ses prisons et persécuté un maximum de civils pour noyer l’opposition sous les islamistes…

      C’est pour cela que quand on parle des « sunnites » en Syrie et en Irak, on parle des arabes sunnites, qui sont loin d’être tous salafistes. Le problème c’est que pour le moment seul les salafistes s’intéressent à eux… Ces gens représentent la majorité de la Syrie, il va falloir faire avec eux, et ils ont été les premières victimes d’Assad, il va donc visiblement falloir qu’ils aient un minimum de justice pour calmer les choses.

    • Heu, si il y a des kurdes qui sont des islamistes radicaux. Il y a des kurdes parmi les membres de l’EI. Les kurdes pratiquent un islam tolérant à la base ce qui n’empêche pas qu’il y a une montée de l’islam radical parmi les kurdes. Les islamistes kurdes font 15 % au Kurdistan irakien

  • Pour hollande et poutine ça serait plutôt le duo Ukraine-Syrie qui serait au menu.. , mais manque à pas de chance les Russes fleurtant avec insouciance d’un peu trop prés avec les espaces aériens d’autrui que ça fait flop flop

  • Si on réfléchissait …… Tout un programme !!!!
    Un avion russe descendu pour avoir survolé le territoire turc sur 3 km càd qq secondes ….
    Et ensuite « ON » va essayer de nous faire gober que la Turquie est une alliée dans la lutte contre l’état islamique …..
    « ON » se moque ouvertement de nous d’autant que la même Turquie bombarde les kurdes …. les kurdes, les seuls à combattre efficacement l’état islamique …. ça en dit long sur ce merdier.

  • Si « ON » réfléchissait !!!!
    Il ne faut pas trop en demander à Filochard, Ribouldingue et Croquignol … c’est au delà de leurs capacités.
    Et que dire de la Turquie qui descend un avion russe qui aurait survolé son territoire sur 3 km càd qq secondes …Que dire de la même Turquie notre alliée, au passage, qui bombarde les kurdes, les seuls à avoir remporté des succès sur l’état islamique … Cela en dit long sur les intentions de OTAN ….
    Que « ON » cesse de nous prendre pour des microcéphales débiles …

    • Mdr oui alors ,qu’est ce qu' »ON » ferait pas pour Un Hollande,Un Russe et Un Turc ..LOL

    • Les avions russes ont violé de façon répété l’espace aérien Turque depuis des mois et la Turquie n’a rien fait. Après autant d’avertissements sans sanction Poutine a considéré cela comme de la faiblesse (et non pas une volonté d’apaisement, cela n’existe pas pour lui). Erdogan a répondu à Poutine comme la Suède, le Canada, l’Estonie ou la Pologne aurait du lui répondre.

      « Que dire de la même Turquie notre alliée, au passage, qui bombarde les kurdes, les seuls à avoir remporté des succès sur l’état islamique … »

      Cela ne serait pas arrivé si on avait mit en place une zone d’exclusion aérienne comme proposé par la Turquie…

  • Peut être devrions nous offrir à Poutine pour Noel un sonotone.LOL
    http://theaviationist.com/wp-content/uploads/2015/11/2430000.wav

  • J’ai un fils qui est en Irak (forces spéciales ) Il entraine , aide les Kurdes qui en ont besoin et ce sont du très bon monde selon son dire . J’espère que Trudeau se servira de sa tête avant de prendre une décision irréfléchie.Nos enfants doivent avoir le maximun de service pour leur sécurité y inclus avions, hélicoptères etc .Trudeau mets toi à notre place 2 deux minutes …

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