Du pacte de stabilité au pacte de sécurité : tour de passe-passe

Dominik Meissner-Origami money gun(CC BY-NC-ND 2.0)

La prétendue politique d’austérité est abandonnée sous prétexte de dépenses pour la sécurité.

Par Bernard Zimmern

Dominik Meissner-Origami money gun(CC BY-NC-ND 2.0)
Dominik Meissner-Origami money gun(CC BY-NC-ND 2.0)

 

Nous sommes très impressionnés de voir le Président de la République récupérer en quelque sorte les événements tragiques que nous venons de traverser pour abandonner les quelques très maigres réformes que son gouvernement avait décidé d’entreprendre.

On ne peut que saluer positivement les accroissements d’effectifs et de moyens attribués à la police, à la gendarmerie et à l’armée, mais il nous faut rappeler tout le travail qui n’est pas fait au ministère de la Justice et qui diminue considérablement l’efficacité des services de sécurité.

Au nom d’une commisération qui fait plaindre le criminel plus que la victime, et qui est l’une des marques distinctives des socialistes, nous en sommes venus à faire passer plus des trois-quarts du temps du personnel de police disponible vers des opérations administratives où la plume d’oie n’est pas très loin.

Il suffit d’aller sur le site de l’Institut pour la Justice pour être rapidement édifié sur l’origine des dysfonctionnements de la sécurité en France. Bien entendu, ce site est qualifié de droite, d’extrême-droite ou même de fanatique par tous ceux qui vivent de la faiblesse d’un État tout-puissant. Mais l’une des faillites les plus graves du ministère de la Justice ne date pas de l’arrivée des socialistes au pouvoir, mais bien de l’ensemble des gouvernements, celui des socialistes et ceux qui les ont précédés.

En 1988, il y avait aux États-Unis 1.500.000 places de prison mais, malgré ce nombre, vous ne pouviez circuler à New York ou vous promener dans certains quartiers comme Harlem sans risquer votre vie. Dans la campagne présidentielle opposant George Bush père à Michael Dukakis, gouverneur du Massachusetts, l’opinion ne pardonna pas à ce dernier l’assassinat d’une jeune femme perpétré par un criminel récemment libéré de prison. À l’instigation de politiques suggérées par le Manhattan Institute et adoptées par Rudolphe Giuliani, maire de New York, puis suivies par la plupart des États et des villes dont la plus connue l’est sous le moto « three strikes, you are out » contraignant les juges à mettre en prison pour le reste de leur vie des condamnés pour trois délits. Cela a obligé les États américains à construire, ou à faire construire par le privé et louer, un très grand nombre de places supplémentaires puisqu’elles atteignent maintenant 3 millions. Mais vous pouvez maintenant circuler sans crainte à Harlem.

Certes les États-Unis sont un pays violent et certes il est facile d’argumenter que la prison n’est pas le meilleur moyen pour réinsérer un criminel. Mais entre les 3 millions de places de prison aux États-Unis et les 65 000 en France on doit demander où est l’erreur. D’autant que la violence ne paraît plus un monopole américain.

Signalons au passage une autre réforme intéressante dont le moto est « one strike, you are out » et qui, elle, revient à supprimer des avantages sociaux comme le bénéfice d’un logement, dès toute infraction, même la plus minime, comme celle de mettre des graffitis sur des propriétés publiques.

Il est clair qu’en abandonnant toute politique d’austérité – en admettant que l’on puisse appeler politique d’austérité les faux-semblants d’économies que pratique l’actuel gouvernement et dont l’essentiel est de supprimer des subventions ou exonérations d’impôts – au profit d’une politique qualifiée pompeusement de pacte de sécurité – mais dont les coûts resteraient inférieurs à 1 milliard d’euros alors que notre déficit courant serait de l’ordre de 80 –, le gouvernement espère rallier des votes. On peut penser que ce calcul est une erreur et que même au parti socialiste, il y a des individus responsables qui savent que nous ne pouvons continuer à faire de faux-semblants le tissu de nos politiques.

Dans les périodes difficiles que nous traversons nous pensons qu’il y aura plus de Français à se rallier à des hommes politiques qui, comme Churchill, leur promettront du sang et des larmes, qu’aux émules français d’empereurs romains comme Néron dont la devise était « panem et circenses1 ».


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