Face aux discours politiques : restez zen !

Little Red Riding Hood & The Wolf, credits Helena perez garcia via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

Ne vous enthousiasmez pas pour les leaders charismatiques ! Face à eux, restez zen.

Par Patrick Aulnas.

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Little Red Riding Hood & The Wolf, credits Helena perez garcia via Flickr ((CC BY-NC-ND 2.0))

 

N’ovationnez jamais un politicien ! Ne vous enthousiasmez pas pour les leaders charismatiques ! Face à eux, restez zen. Vous pouvez applaudir le talent, mais sans perdre votre esprit critique. Beaucoup de politiciens ont du talent et, pour les plus grands, une capacité d’action rare qu’il faut saluer. Sans plus. Car les plus grands malheurs du monde viennent de certains d’entre eux. Ceux-là ont utilisé une idéologie ou une religion pour asservir leurs semblables. Comment ? Toujours de la même façon, en faisant miroiter un avenir radieux, en promettant le bonheur ici-bas ou la félicité dans l’au-delà. Vous voilà prévenu. Vous n’aurez aucune excuse si vous tombez dans les filets des petits maîtres de la communication qui entourent aujourd’hui les politiciens. Ayez donc, face au politique, une morale de simple soldat selon le conseil du philosophe Alain. Traînez les pieds pour obtempérer. Résistez au pouvoir, empêchez-le de croître car il est toujours à la recherche de sa propre croissance.

Toujours la promesse de l’Éden 

Si les hommes se passionnent tant pour la politique, s’ils débattent de l’avenir et se querellent sur le passé, baptisé Histoire, c’est que la politique leur a toujours promis le bonheur pour les leurrer et recueillir ainsi leur assentiment. Toujours promis, jamais atteint, l’horizon lointain et édénique des discours politiciens constitue une constante de la conquête du pouvoir. Il faut donner de l’espoir et promettre le bonheur pour convaincre. Les plus cyniques et les plus idéalistes n’y vont pas par quatre chemins. Votez pour moi et votre vie sera transformée, en beaucoup mieux s’entend. Les modérés ne promettent pas le paradis mais une amélioration significative. Votez pour moi et la société sera beaucoup mieux gérée. Modération oblige.

Le risque politique

Pourtant notre histoire montre amplement que le politique ne nous apporte pas grand-chose. Si notre vie est moins rude que celle des hommes du paléolithique, ce n’est pas aux gouvernants que nous le devons mais au génie créatif de l’homme. Les politiques sont rarement des créatifs. La maîtrise du feu, les pierres taillées puis polies, la métallurgie, l’architecture, la peinture, la philosophie, les sciences, les techniques doivent bien peu aux gouvernants. Au mieux, ils facilitent, encouragent, financent. Au pire, ils négligent, contrecarrent, interdisent. Bien entendu une gouvernance est un mal nécessaire pour faire société. Même dans les tribus ou villages néolithiques, des chefs existaient. Mais la réversibilité de l’usage du pouvoir est un danger omniprésent car les hommes ont une forte propension à profiter d’une situation de pouvoir pour en abuser. Désignez un consul (1799) et il se fait sacrer empereur (Napoléon 1er). Instituez la seconde République (1848) et quelques années plus tard elle devient Second Empire (Napoléon III). Le président désigne un chancelier en 1933 en Allemagne et le pays devient en moins d’un an une dictature. Les exemples historiques de ce type sont une constante depuis l’Antiquité.

Des conflits de plus en plus sanglants

Oui, vraiment, les grands malheurs du monde ont une origine politique. L’esclavage de l’Antiquité romaine résulte de la construction d’une entité politique expansionniste qui transforme en esclaves les prisonniers. Dans la République romaine initiale, de petits propriétaires exploitaient les terres sans esclaves. Les dictatures communistes, fascistes et nazies ont pour origine des idéologies et donc la volonté politique de construire une société selon des préceptes théoriques. La part d’instrumentalisation pure de l’idéologie n’est probablement pas négligeable chez les leaders. Des monstres comme Staline ou Hitler n’avaient que faire de la réflexion, sauf bien entendu dans le but de dominer. Le politique a ses pathologies destructrices. Les guerres, qui n’étaient que de petites bagarres au temps des villages néolithiques, deviennent des batailles rangées féroces dans l’Antiquité et d’épouvantables carnages au 20e siècle. Pourquoi ? Parce que les entités politiques en conflit sont devenues beaucoup plus puissantes. Parce le politique a pris une place plus importante, trop importante, dans les sociétés humaines.

Le terrorisme contemporain et l’extrémisme politique

Le commerce des armes, en partie clandestin, et la maîtrise des techniques d’endoctrinement permettent aujourd’hui à quelques leaders politiques de manipuler des esprits faibles pour les amener à tuer de prétendus ennemis. Ennemis de classe pour les brigades rouges italiennes ou la bande à Baader allemande dans les années 1970-80, mécréants dégénérés ne méritant pas de vivre pour les leaders du groupe État islamique. Le terrorisme cherche toujours à susciter la peur pour aboutir à radicaliser les positions et parfois à déstabiliser la société visée. L’extrémisme politique obtient ainsi ce qu’il cherche, deux camps nettement constitués se considérant comme ennemis. Il doit y avoir un vainqueur et un vaincu. L’extrémisme rejette les compromis, base de toute société paisible.

Sans liberté pas de justice

Le libéralisme sous toutes ses formes représente la tendance principale qui affiche sa réticence face au politique, sa défiance à l’égard de l’État, sa répulsion pour la violence. La gauche a renforcé l’État pour instaurer le communisme ou le socialisme. Le prétexte était la justice. La droite a utilisé l’État pour maintenir l’autorité et parfois pour installer des dictatures. Le prétexte était l’ordre. Aujourd’hui, le terrorisme islamiste tente de construire un État dans lequel la barbarie sanglante devient la règle. Le prétexte est la foi. Face à cet engouement pour le pouvoir politique, la liberté individuelle a bien peu de laudateurs. Ne vous semble-t-il pas étrange que le terme libéralisme, dérivant de liberté, soit aujourd’hui associé par les étatistes au chacun pour soi, à l’égoïsme le plus pur. Simple subterfuge, bien sûr, pour laisser entendre que nous avons le choix entre la justice avec le renforcement de l’État et l’injustice avec la liberté individuelle. Mais vous ne pensez pas si sommairement, vous savez que sans la liberté, la justice n’existe pas.

Lire aussi sur Contrepoints notre dossier sur le terrorisme.