François Hollande décrète l’état d’urgence : une erreur ?

Rue déserte-Cedrick.quintin(CC BY-NC-ND 2.0)

Est-il possible que l’on glisse progressivement de l’état d’urgence à l’État policier ?

Par Emmanuel Perclus

Rue déserte-Cedrick.quintin(CC BY-NC-ND 2.0)
Rue déserte-Cedrick.quintin(CC BY-NC-ND 2.0)

 

Suite aux attentats meurtriers de cette nuit, François Hollande et son gouvernement ont décidé de décréter l’état d’urgence pour l’entièreté du territoire français, une première depuis la guerre d’Algérie.

En termes juridiques, cette loi porte le nom de « Loi n° 55-385 du 3 avril 1955 relatif à l’état d’urgence », les articles qui la composent sont disponibles sur le site de Légifrance.

Très concrètement, cette loi restreint de manière tout à fait légale certaines libertés fondamentales et augmente le pouvoir des autorités en place. Celles-ci, notamment le préfet, peuvent déclarer des couvre-feux et des assignations à résidence, des interdictions de quitter ou entrer sur le territoire ou encore la fermeture de lieux publics. Plus important, l’article 11 autorise purement et simplement aux autorités administratives d’ordonner des perquisitions dans nos domiciles ou de prendre le contrôle de la presse.

Cet état d’urgence peut être déclaré pour une durée de douze jours et la loi peut l’autoriser au-delà. Seul l’avenir dira combien de temps cela va durer.

De prime abord, il peut sembler que c’est une mesure de bon sens. Au moment où François Hollande a pris cette décision, il n’était pas tout à fait clair que tous les terroristes étaient soit morts, soit enfermés dans une prise d’otages. Le risque d’avoir un fou armé dans les rues n’était pas négligeable. Celui de voir les assassins tenter de quitter le territoire à bord d’un véhicule était lui aussi élevé. La prise d’otages qui a suivi les attaques du mois de janvier a démontré que les journalistes toujours en quête de l’information de la dernière seconde pouvaient être nuisibles aux victimes et aux opérations de police.

Malgré la colère, la tristesse et l’incompréhension qui règnent aujourd’hui et qui sont parfaitement compréhensibles, il est pourtant important de se demander si tout cela est bien nécessaire. Oui, il faut que la police puisse travailler. Oui, il faut empêcher les terroristes de s’enfuir et non, la presse ne devrait pas jouer le jeu dangereux qu’elle pratique depuis l’explosion de la presse en ligne et de l’info en continu. Mais faut-il mettre pour autant tant de pouvoirs entre les mains de nos dirigeants ? Que penser de l’article 9 dans lequel il est stipulé que l’État peut demander aux citoyens de rendre leurs armes, légales, quand ceux-ci viennent encore une fois d’être victimes de barbares qui font peu de cas de la prohibition des armes ? En quoi cela améliore-t-il la situation ? Comment se défendre après en cas de nouvelles attaques ?

Si la police peut vous interdire de vaquer à vos occupations, si elle peut venir chez vous perquisitionner sans l’aval d’un juge et sans raison valable, si elle peut faire fermer les endroits publics, si l’État peut contrôler la presse et votre vie, alors, l’état d’urgence n’est rien d’autre qu’un État policier.

Ce que les multiples attaques de terroristes ces dernières années en France sont en train de démontrer, c’est qu’aucun plan Vigipirate, aucun CRS, aucun militaire, aucun État se battant contre des partisans comme l’on se bat contre une armée régulière ne peut arrêter leur folie. Une dizaine de personnes décidées, quelques téléphones rechargeables, quelques rendez-vous discrets et quelques milliers d’euros en liquide suffisent très largement à tuer plus de 100 personnes à l’aveuglette. Aucun état d’urgence, aucune loi de renseignement liberticide ou aucun État policier ne peut stopper cela. L’état d’urgence ne résout pas les problèmes des attaques terroristes mais il limite gravement les libertés fondamentales des citoyens français.

L’État français par cette action confond gravement « État policier » et « État gendarme ». Le rôle de l’État gendarme est de protéger ses citoyens, pas de les désarmer. Le rôle de la police d’un tel État est de pouvoir perquisitionner les terroristes et les arrêter chez eux, la loi « normale » suffisant largement, ce n’est pas nécessaire  de soupçonner par défaut toute la population. Le rôle des enquêteurs dans un État gendarme est de faire leur travail en dialoguant éventuellement avec la presse, pas de la museler.

Il est surprenant que tant de personnes craignant l’avénement d’un nouveau fascisme avec l’élection éventuelle du Front National, semblent si prompts à mettre en œuvre de telles lois. Il faut se demander si, dans une telle situation, les terroristes ne finissent pas par gagner la bataille psychologique : la France est bel et bien terrorisée.