Djibouti attendu au tournant démocratique

La tension monte à Djibouti et la violence de la réaction du pouvoir peut faire craindre à un embrasement généralisé.

Le vent de la contestation souffle de plus en plus fort à Djibouti et la réaction du pouvoir ne s’est pas fait attendre. En quête de dialogue avec le président Ismaël Omar Guelleh, l’opposition désespère de trouver un terrain d’entente malgré un compromis politique couteux en 2013. Presque trois années plus tard, la pression repart à la hausse et le pouvoir multiplie les arrestations afin de couper l’élan d’un mouvement qui pourrait le faire vaciller. Djibouti est-il sur la mauvaise pente ?

Par Paul Laroche.

The president of Djibouti credits AR AlHashemi via Flickr ((CC BY-ND 2.0)
The president of Djibouti credits AR AlHashemi via Flickr ((CC BY-ND 2.0)

Ne nous le cachons pas, beaucoup de pays africains ne s’honorent pas par le respect de la démocratie et des droits de l’homme. Le petit État de Djibouti bordé par le Golfe d’Aden ne fait malheureusement pas exception malgré l’espoir d’un dialogue national renouvelé suite à des élections législatives en 2013 qui avait vu la percée historique de l’opposition. En place depuis 1999, le président Ismaël Omar Guelleh semble bien vouloir se représenter en 2016 pour effectuer un quatrième mandat. Une possibilité qui suscite l’indignation de ses adversaires politiques qui pour certains sont arrêtés et détenus au mépris des règles de droit. La tension monte à Djibouti et la violence de la réaction du pouvoir peut faire craindre un embrasement généralisé à moyen terme. Une hypothèse aux résultats contreproductifs pour un pouvoir qui cherche à renforcer encore sa mainmise sur l’État.

Face à un nouveau regain de tensions politiques, L’Association Française d’Amitié et de Solidarité avec les Peuples d’Afrique (AFASPA) a adressé un courrier au président djiboutien, mais aussi au président Français afin que cessent « les violations diverses des droits de l’homme perpétrées par les militaires et les forces de police Djiboutiennes sur des bases ethniques, tribales et familiales, à l’encontre des personnes dont le seul délit est d’avoir un lien plus ou moins lointain avec des membres du Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD) ».

Opposé militairement aux forces de l’ordre djiboutiennes, le FRUD constitue une épine dans le pied d’un président qui souhaite disposer d’une liberté totale dans son pays. Des opérations coup de poing sont parfois menées par l’un ou l’autre des protagonistes sans que la paix ne soit mise sur l’autel de la réconciliation nationale. Depuis le 3 octobre, ce sont les forces loyalistes qui sonnent la charge avec des arrestations de civils dont le seul crime est d’être liés familialement avec des membres du FRUD. Une campagne de terreur dénoncée par l’AFASPA après les premières révélations de la Ligue djiboutienne des droits de l’homme. Plusieurs dizaines de personnes auraient été arrêtées à ce jour dont une quinzaine de femmes.

La justice djiboutienne doit rapidement faire la lumière sur ce qui ressemble de plus en plus à une tentative d’intimidation par le pouvoir, même s’il est encore trop tôt pour cerner tous les tenants et les aboutissants de cet épisode peu glorieux. À un an des élections présidentielles auxquelles le président Guelleh ne peut pas se présenter si la Constitution reste la même, l’affaire fait grand bruit au sein d’une société djiboutienne qui voit avec inquiétude la montée des tensions. Sur le plan international, l’image d’Ismaël Omar Guelleh pourrait s’en ressortir ternie surtout que cela survient quelques semaines après le refus présidentiel de se présenter devant la justice britannique (en qualité de témoin) pour faire la lumière dans le procès Boreh.

Djibouti est à un tournant de son histoire. Soit toutes les parties en présence font preuve de responsabilité et cessent les actions qui engendrent la violence, soit une dérive autoritaire sans précédent et des contestations violentes pourraient éclater dans un pays où la stabilité est recherchée par les grandes puissances qui disposent notamment de bases militaires. En effet, la situation géographique tout à fait exceptionnelle de Djibouti en font un théâtre de manœuvres militaires bien plus importantes que ne le suggère la puissance intrinsèque du pays.