La campagne des régionales ne fait pas recette

Marine Le Pen à Sciences Po en 2012 (Crédits Rémi Noyon licence Creative Commons)

Comment interpréter le silence (relatif) autour du scrutin qui se déroulera à moins de quinze jours maintenant ?

Par Jacques Garello.

Marine Le Pen à Sciences Po en 2012 (Crédits Rémi Noyon licence Creative Commons)
Marine Le Pen à Sciences Po en 2012 (Crédits Rémi Noyon licence Creative Commons)

Certes, il y a eu l’affaire Pujadas, « Des paroles et des actes », l’émission de France 2 : Marine Le Pen s’est fâchée et à la dernière minute a refusé de participer à cette « mascarade ». De fait, elle n’a été prévenue elle-même qu’à quelques heures de l’émission des corrections de trajectoire exigées par le CSA, sous la pression conjointe de Sarkozy et Cambadélis : il fallait organiser un débat contradictoire et inviter les adversaires de Marine Le Pen dans sa région.

Mais l’actualité a été plutôt faite de la Coupe du Monde de Rugby, de l’enfantement de la COP 21 dans la douleur et surtout, malheureusement, de la catastrophe de Puisseguin.

Comment interpréter le silence (relatif) autour du scrutin qui se déroulera à moins de quinze jours maintenant ? Certains pensent que les jeux sont faits et affichent les résultats : la gauche ne survivrait que dans trois régions (Bretagne, Aquitaine Poitou-Charentes Limousin et peut-être Languedoc Roussillon Midi Pyrénées) la droite raflant le reste, sauf Nord-Pas-de-Calais Picardie, fief de Marine, et PACA où Estrosi et Marion Maréchal-Le Pen seront au coude à coude.

En fait, le scrutin prendra toute sa dimension et mobilisera peut-être l’électorat au soir du 6 décembre. On sait que, pour les régionales, peuvent se maintenir toutes les listes ayant atteint 10 % au premier tour. Même diminués, les socialistes atteindront le plancher, mais avec des triangulaires, ou éventuellement des quadrangulaires, le Front National pourrait rafler la mise au second tour. Les socialistes prendront-ils le risque ? Ce serait surprenant, d’autant plus que le scrutin donnera la maîtrise totale de l’Assemblée Régionale à la liste arrivée en tête au second tour. Dans ces conditions, il est suicidaire de chercher à grappiller quelques sièges. Le raisonnement vaut aussi pour la droite, mais elle est moins éclatée que la gauche et pourra prétendre battre le Front, même dans des triangulaires.

Ainsi, l’hypothèse la plus plausible est-elle celle où l’un des grands battus du premier tour se retire. Mais à quelles conditions ?

Le schéma classique est celui du Front Républicain : candidats de gauche ou de droite se retirent en faveur de celui des deux le mieux placé au premier tour. C’est ce qui s’est produit à maintes occasions dans le passé, les socialistes pourraient ainsi sauver une région de plus et, de son côté, la droite l’emporterait dans deux régions de plus. Mais, à ce jour, les états-majors des deux camps ont rejeté la formule et refusent de répondre aux journalistes sur la question. Vont-ils changer dans les prochains jours ?

Un autre schéma est celui des fusions. Mais quelles fusions ? Nous avons évoqué le grand rassemblement à gauche, souhaité par les participants au referendum de Pierre Moscovici. C’est là-dessus que comptent les socialistes, offrant quelques strapontins à leurs alliés. Mais d’une part la fusion n’est pas évidente (pourquoi n’est-elle pas intervenue au premier tour ?), d’autre part, les électeurs ne suivront peut-être pas les combinaisons de partis.

Reste une ultime hypothèse : fusion entre droite et gauche, une Union nationale pour faire barrage au Front National. L’arithmétique de cette fusion sera difficile : se fera-t-elle en fonction des résultats du premier tour ? Là encore 2 gauches + 2 droites ne donnent pas nécessairement 4 élus, les électeurs de droite pouvant à tout prendre préférer le FN au PS, et les électeurs de gauche se refusant à voter pour une liste comprenant des candidats de droite.

Ce jeu de chaises musicales peut être amusant et nous n’avons pas échappé à la tentation de nous y livrer. Mais il en découle que, contrairement à ce qui est annoncé, les cartes ne sont pas définitivement données. D’autant plus que le nombre des abstentionnistes au premier tour serait, d’après un sondage effectué par Opinionway, de 55 % (il a été de 53 % en 2010). Que feront-ils au deuxième tour ? Et quid dans les régions où ce seront les électeurs du FN qui pourraient arbitrer au second tour entre droite et gauche (Ile de France et Auvergne Rhône Alpes par exemple) ?

Ainsi se trouve confirmée l’opinion que nous avons déjà avancée sur ces régionales : un scrutin opaque pour des électeurs qui ne savent même pas ce que sera la vie de la région et rejettent (un Français sur deux) le charcutage actuel, un scrutin où un tiers des Français manifestera son mécontentement et où une moitié ira à la pèche. Un scrutin par défaut.

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