Des idées pour un système universitaire plus performant

Le système des Grandes Écoles françaises devrait servir de source d’inspiration au Québec.

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Collation des grades 2010-Source Université de Montréal(CC BY-NC-SA 2.0)

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Des idées pour un système universitaire plus performant

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 novembre 2015
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Par Jasmin Guénette, depuis Montréal, Québec

Collation des grades 2010-Source Université de Montréal(CC BY-NC-SA 2.0)
Collation des grades 2010-Source Université de Montréal(CC BY-NC-SA 2.0)

 

Printemps 2012. Les sirènes de police balaient le centre-ville de Montréal, en proie à des manifestations quasi quotidiennes impliquant des milliers d’étudiants. Si la plupart arpente les rues de façon pacifique, d’autres renversent des autos-patrouilles et fracassent des vitrines, au milieu des gaz lacrymogènes. On se souvient tous de ce « printemps érable ».

Le grief de ces jeunes en colère : la décision du Premier ministre Jean Charest d’augmenter les droits de scolarité de 1625 $ canadiens sur 5 ans, pour les faire passer à 3793 $ par année, de façon à aider des universités québécoises aux prises avec de lourds déficits budgétaires menaçant leur compétitivité et la qualité des programmes offerts. Malgré cette augmentation, les étudiants québécois paieraient toujours bien en deçà de ce que paient en moyenne les étudiants des autres provinces canadiennes.

L’exemple français

Ces émeutes, dont les images ont fait le tour du monde, ont eu ceci de positif : elles ont remis les questions de politiques éducationnelles à l’avant-scène des débats publics.

Pour plusieurs syndicats étudiants québécois comme français, la gratuité de l’éducation universitaire est souhaitable et nécessaire pour assurer l’accès à une éducation de qualité pour tous. Si cette proposition peut sembler convaincante à première vue, elle entraînerait en réalité des conséquences néfastes pour la qualité de l’éducation.

En tant que vice-président de l’Institut économique de Montréal, je me suis rendu en France au début du mois de mai afin de mieux comprendre le système français d’enseignement supérieur. Je vous invite à visionner notre court documentaire intitulé « Des idées pour un système universitaire plus performant ».

Comme nous l’avons fait dans le domaine de la santé, en analysant comment la plupart des pays européens réussissent à bien intégrer le privé et le public dans un système qui offre l’accès des soins pour tous, nous croyons qu’il est possible d’en faire autant en éducation. C’est-à-dire d’avoir un système d’enseignement supérieur accessible à tous, qui offre une liberté de choix aux étudiants sur la base de la concurrence et la diversité.

À ce chapitre, la France peut effectivement servir d’inspiration pour le Québec. Pour ce court documentaire vidéo, j’ai interviewé des élèves, des professeurs et des dirigeants de Grandes Écoles. Ces intervenants montrent comment la France a réussi à mettre en place un réseau d’établissements d’enseignement supérieur de grande qualité qui offrent une alternative aux étudiants qui ne veulent pas étudier dans les universités publiques. Cette liberté de choix, cette concurrence entre le privé et le public, n’existent pas au Québec, où il n’y a que des universités publiques. C’est dans cette perspective que la France peut servir de modèle pour le Québec, puisqu’elle permet l’existence de ce système parfois public, parfois privé, de Grandes Écoles, avec des frais de scolarité qui diffèrent d’une institution à l’autre.

Les avantages de la concurrence en éducation sont quelque chose de déjà bien connu au Québec. De nombreuses études portant sur le système d’éducation primaire et secondaire indiquent que l’existence d’écoles privées à proximité des écoles publiques améliore la qualité de l’enseignement dans les deux types d’établissements. La concurrence entre ces établissements, parce qu’elle rend possibles les comparaisons, fournit les clés nécessaires à ce que chacun soit mieux informé sur ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas en éducation.

De surcroît, l’évolution du système d’enseignement supérieur français démontre que les Grandes Écoles ne sont pas des adversaires des universités publiques, mais plutôt dans une relation où elles se complètent l’une et l’autre. L’étendue des passerelles, collaborations, et formations mixtes entre l’université publique et les Grandes Écoles laissent croire que ces dernières enrichissent l’offre universitaire. Les craintes des étudiants québécois quant à la menace que poserait la présence de différentes formes d’établissement d’enseignement supérieur ne semblent pas fondées.

Le mirage de la gratuité scolaire

L’effet des politiques publiques est parfois difficile à prévoir. Si le but est d’encourager l’accès des étudiants de milieu populaire à l’enseignement supérieur, la gratuité des frais universitaires n’est pas une panacée. Ce qu’il faut comprendre, c’est que la gratuité scolaire favorise d’abord les plus riches, puisque ceux-ci bénéficient de la même gratuité que les moins nantis.

Les discussions sur la gratuité scolaire, à savoir si elle est souhaitable ou efficace, tiennent pour acquis que la qualité de l’éducation reste la même, peu importe les frais de scolarité. Rien n’est pourtant moins certain. La France avec ses frais d’inscription universitaire quasi gratuits, ou du moins très éloignés du coût total de la scolarité, peut à cet égard servir d’exemple.

En effet, l’expérience française suggère que la gratuité scolaire a un effet pervers sur la qualité de l’enseignement. Tout d’abord, le constat dressé par le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche lui-même en 2007 est que 52 % des étudiants échouent leur première année à l’université française. Les coûts de cet incroyable taux d’échec scolaire, toujours selon le ministère, s’expriment en démotivation, peur de l’avenir, retard, chômage, etc. L’une des raisons de ce taux d’échec scolaire peut se trouver dans la gratuité.

Par ailleurs, un système universitaire indépendant du financement public, et libre de fixer lui-même ses frais, n’est pas une menace pour l’université traditionnelle, mais vient enrichir l’offre de formation, et ce, même au sein des universités traditionnelles. Sur ces deux plans, le Québec fait fausse route en quelque sorte en ne permettant pas aux universités québécoises de fixer elles-mêmes leurs frais, selon leurs clientèles et leurs objectifs. La France offre de beaux exemples de ce qui fonctionne dans le domaine de l’enseignement supérieur, et de ce qui ne fonctionne pas comme les étudiants québécois l’auraient espéré.

Somme toute, le système des Grandes Écoles françaises devrait servir de source d’inspiration au Québec lorsqu’il est question des réformes possibles de notre système d’enseignement supérieur. Notre documentaire, je l’espère, pourra servir de point de départ à une discussion de fond sur les effets pervers de la gratuité scolaire et les avantages pour les étudiants et la société dans son ensemble de permettre une plus grande liberté de choix afin d’avoir un système universitaire plus performant.

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