Taux bas : l’escroquerie des banques centrales

Les pays émergents accusent les banques centrales d’escroquerie : ils sont en effet les grands perdants de l’affaire.

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Taux bas : l’escroquerie des banques centrales

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 octobre 2015
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Par Simone Wapler

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Ce week-end, les pays émergents ont accusé les banquiers centraux des pays développés de cavalerie financière, c’est-à-dire d’escroquerie. Ces pays en ont assez des taux bas et de la création monétaire tous azimuts. L’expérience a assez duré et il convient de crever l’abcès, ont-ils dit lors de la dernière réunion du FMI à Lima.

C’est un tournant de la crise : les banquiers centraux des plus grandes puissances économiques du monde n’ont plus la confiance de leurs pairs. Les frondeurs se sont déclarés : « montez vos taux directeurs, arrêtez vos opérations stupides. Le moment de vérité arrivera un jour, le plus tôt sera le moins douloureux ».

Nous sommes bien d’accord avec ces « petits » banquiers centraux. Après 7 000 milliards de dollars de création monétaire et dix ans de taux bas, il faut arrêter une expérience désastreuse qui risque de nous conduire tout droit à la guerre — qui, ne l’oublions pas, a toujours constitué le plan de relance ultime des élites déconsidérées.

Qu’est-ce que la cavalerie ?

La cavalerie consiste à rembourser un prêt en contractant un autre prêt. L’écart entre cavalerie et escroquerie ne dure pas longtemps en général. Trois critères font la différence : la bonne foi de l’emprunteur, les montants empruntés et la durée de l’opération. Or, depuis des décennies, nos gouvernements empilent les déficits publics sans jamais rembourser le moindre sou de la dette. Ils pratiquent donc bien la cavalerie et il ne s’agit pas de refinancement pour difficulté passagère.
Des taux en baisse sont évidemment une condition indispensable à la poursuite de cette cavalerie. Si vous remboursez un prêt à 8% en empruntant à 5% puis si vous remboursez le prêt à 5% avec un autre contracté à 2%, vous pouvez faire illusion. À chaque fois que vous empruntez à nouveau, vous gagnez un petit ballon d’oxygène. Maintenant, dans le cas de figure inverse, lorsque les taux montent, un enfant comprendrait que la cavalerie s’écrase assez vite dans le mur. Les manœuvres des banques centrales ne visent qu’un but : éviter que les taux ne remontent pour faire durer la cavalerie.

Les taux directeurs américains — qui donnent le diapason du marché obligataire — sont à zéro pour cette raison uniquement. Après l’éclatement de la bulle des nouvelles technologies, la Fed s’est aventurée dans des taux directeurs ultra-bas jusqu’en 2004. Elle a ensuite fait une tentative de normalisation de 2004 à 2006. À cette date, les premiers craquements apparaissant sur le front du crédit subprime, il lui a fallu faire machine arrière toute. Depuis 10 ans, les taux directeurs n’ont jamais monté.

Pourquoi les pays émergents en ont-ils assez ?

On a récemment beaucoup parlé des DTS, cette étrange « monnaie » du FMI. Les DTS sont en réalité une escroquerie fomentée par les pilotes du système monétaire, Fed et FMI, à l’encontre des autres pays. Les DTS instaurent deux statuts possibles pour les devises dans le monde :  l’aristocratie ou le servage. Une monnaie aristocratique a le privilège de faire partie des DTS, elle est « devise de réserve » agréée par le FMI. Les autres monnaies sont serves. Les quatre devises de réserve sont le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen. Le dollar est évidemment le poids lourd de la bande des quatre, les trois autres monnaies servant surtout à rendre l’hégémonie du dollar moins criante, à noyer le poisson en quelque sorte.

Les émetteurs de ces devises de réserve peuvent ainsi payer à crédit dans une monnaie qu’ils contrôlent. Les pays pauvres, eux, sont contraint de payer comptant ou éventuellement à crédit mais exclusivement dans une des monnaies des DTS, monnaie qui n’est pas la leur et qu’ils ne contrôlent donc pas.

Lorsqu’un pays exporte plus qu’il n’importe, on lui doit de l’argent. Cependant, son banquier central est tenu de conserver le solde excédentaire en « devises de réserve ». Il ne s’agit pas de liasses de billets, mais de dette souveraine. Ainsi, depuis des décennies, les États-Unis et l’Europe exportent leur dette publique et importent du pétrole, des biens fabriqués en Chine ou dans d’autres pays à bas coût de main d’oeuvre, etc.

Maintenant, mettez-vous dans la peau d’un banquier central d’un pays émergent. Vous voilà contraint d’échanger le travail de vos concitoyens et les marchandises de votre pays contre de la dette libellée en dollar (ou en euro, livre ou yen). Ceci est à la rigueur acceptable si cette dette vous rapporte quelque chose, un intérêt décent. Mais ce n’est même plus le cas puisque les taux sont ultra bas !

Autre problème, lorsque vos compatriotes veulent emprunter à l’étranger, ils le font en dollars, la plus utilisée des devises de réserve. Si par malheur le dollar s’apprécie par rapport à votre monnaie, ces emprunteurs sont dans une situation très dangereuse (exactement comme les municipalités françaises qui avaient cru intelligent de s’endetter en franc suisse).

Voilà qui explique la colère des banquiers centraux de ces pays émergents. Ils sont contraints de faire crédit aux pays riches, ça ne leur rapporte rien et en échange de leurs sacrifices, malgré les promesses, la croissance ne revient pas. Ce sont les dindons de la farce monétaire.

Pendant ce temps, au royaume de la folie keynésienne et technocratique…

Toutefois, les grands banquiers centraux et le FMI n’ont cure des pays émergents ou même de leurs propres concitoyens. Tout ce qu’ils veulent, c’est pouvoir prolonger cette cavalerie. Les taux sont à zéro, comment les faire baisser encore ? Rassurez-vous, des solutions mitonnent déjà dans le jus de crâne de nos zélés technocrates, brillants esprits couronnés de prix Nobel.

Kenneth Rogoff, le professeur d’économie de Harvard, revient à la charge sur les taux d’intérêt négatif, indispensables pour « solliciter la croissance ». Nul doute que les cobayes des pays émergents apprécient : non seulement ils seront toujours contraints de vendre à crédit aux pays riches mais en plus on va leur faire payer ce privilège que de prêter aux riches.

Ils ont raison, ça suffit ! Il faut réaliser que les taux négatifs ne pénalisent pas que les pays émergents. Ils nous pénalisent aussi, nous épargnants floués d’un rendement décent de notre épargne. Cobayes de tous les pays du monde, unissez-vous. Mieux vaut purger l’abcès avant que nos banquiers centraux ne nous euthanasient tous financièrement. Et croyez-moi, pour sauver leur propre peau, ils n’hésiteront pas.


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  • Article intéressant et sain (on ne rappellera jamais assez la haute toxicité des « taux zéro »).

    Mais les banquiers centraux des émergents… sont ils réellement en « colère », comme vous l’affirmez ?

    Quelques points :
    -de nombreux pays ont suivi les « taux zéro ».

    -les banques centrales de nombreux émergents pratiquent les mêmes politiques « non conventionnelles » (appelons les de « QE », à défaut

    -les pays émergents ont largement « profité », au sens premier, des folies monétaires (et politiques) des pays occidentaux.
    Pour ne parler que de la Chine : c’est l’Occident qui a littéralement financé son développement à marche forcée (la « classe moyenne » et les riches chinois… sont le produits, pour faire simple et rapide, de nos chômeurs).

    Chine et Russie pourraient casser le système de servage… Ils sont déjà en conflit avec la puissance dominante, alors un peu plus ou un peu moins… En outre, la Chine fixe son taux de change (malgré ce qu’on raconte). Il suffirait d’injecter un peu d’étalon or dans tout ce souk (les asiatiques ont la religion de l’or)…. et vous verriez que la FED, la BCE imploseraient.

    Mais au final, on a le sentiment que russes et chinois (ainsi que tous les émergents) sont… aussi corrompus que les occidentaux… Donc on ne bouge pas, on prolonge le status quo.

    • « sont le produits, pour faire simple et rapide, de nos chômeurs » : sans juger du reste de votre post, cette seule phrase est une complète illusion. Chinois ou pas, nous aurions au moins autant de chômeurs pour la simple et bonne raison que NOS chômeurs sont le produit exclusif de NOS politiques publiques crasses. On peut même spéculer sans trop de risque de se tromper que, sans les Chinois, nous aurions beaucoup plus de chômeurs. Nul besoin de désigner des boucs émissaires chinois ou demain, pourquoi pas, des robots, alors que la cause évidente et écrasante des souffrances des Français est pourtant là, devant nos yeux : l’Etat obèse socialiste. Le mal ne vient pas de l’extérieur ; il est strictement interne.

      • Oh que Oui, cet état qui nous prend tout et qui réussi à faire partir les entrepreneurs jeunes et moins jeunes et bien entendu les gens qui ont amassé par leur travail un capital (épargne dans le jargon économique). C’est d’ailleurs en faisant fuir les riches que les inégalités reculent en France. C’est dramatique, mais pas pour la rente des élus (environ 611 000) et hauts fonctionnaires (15000) qui siphonnent consciencieusement le pays pour leur bien être personnel. Pensez-donc qu’une retraite moyenne d’un haut fonctionnaire n’est jamais inférieure à 9 000 € par …mois alors que la moyenne nationale est de 1 240 € !!! Avant 1789, il y avait la royauté et les aristocrates, le clergé et le tiers état. Maintenant les premiers ont été remplacés par les élus et les hauts fonctionnaires, le clergé a été démissionné et le tiers état est taillable et corvéable à merci. Rien à changé. La bouffonnerie de démocratie et de République a camouflé les turpitudes de ces gens qui n’ont jamais su gagner leur pain tout seul. Pensez donc 57 % de dépenses publiques soit 1 200 milliards et 2 105 milliards de dettes ainsi que 40 années de déficits budgétaires.
        Attention LR (les républicains) et PS (parti socialiste) forment le LRPS (pour Le Rassemblement des Partis Socialistes)

    • Ils font la même politique parce qu’il n’ ont pas forcément le choix

  • 1.Dans un premier temps contrôler directement la base monétaire et renforcer les réserves d’or et les fonds propres des banques centrales.En finir avec le consensus « néo wickellien ».
    2.Dans un 2 ème temps favoriser la concurrence entre les monnaies…

  • Il n’y a pas que les pays émergents ! il y a les épargnants spoliés, partout dans le monde, que vous évoquez à peine en une demi phrase au bout de l’article !
    Les taux bas sont une véritable spoliation, un hold up silencieux sur l’épargne. Une épargne qui représente parfois une vie de travail.
    Donc, non seulement l’épargne ne rapporte plus rien ce qui est profondément injuste, mais en plus il faut emprunter à la banque encore plus pour acheter un bien, car les taux zéro sont les seuls vrais responsables des bulles immobilières (si demain les taux montaient à 5-6%, leur moyenne séculaire, l’immobilier s’effondrerait). Voilà ce qu’il aurait fallu (aussi) dire….

    • Autant de phénomènes qui sont parfaitement récessifs à terme. On commence à bien sentir les effets des politiques discrétionnaires délirantes des BC sur l’économie mondiale (QE + ZIRP). La récession généralisée pointe, certes encore timidement, le bout de son nez rouge. Un graphique remarquable illustre la situation :

      https://shortsideoflong.com/wp-content/uploads/2015/10/OECD-LEI.png

      Les banquiers centraux se moquent de détruire les marchés, la croissance et de ruiner les épargnants. Ils ont déjà provoqué deux récessions majeures depuis le début de ce siècle mais peu leur importe la troisième qui vient. Leur seul objectif est de permettre aux Etats obèses parasites de survivre encore, en pillant tout ce qui peut l’être. Parce qu’il est évident qu’aucun d’eux, qu’ils soient européens, japonais ou américains, ne supporteraient une remontée des taux à 6% ou plus sans réforme en profondeur mettant à bas les politiques actuelles (sociales et guerrières) fondées sur des montagnes de dettes impayables et une gigantesque cavalerie où les Obèses ne remboursent jamais le capital, seulement les intérêts, et finalement même plus les intérêts avec l’écrasement des courbes de taux.

    • Pas que cela. En Suisse, cela contraint l’économie à des restructurations permanentes. Et douloureuses. Non seulement on fait la guerre économique à la Suisse, mais en plus on l’insulte (un sinistre ministre teuton qui déclarait vouloir lancer la cavalerie sur le pays). Après, ces crétins de sotscialistes européens vont s’étonner que les sotscialistes suisses se prennent des bananes et que les partis dit populistes prennent de la force.

    • L’épargne a toujours été rémunérée autour du taux d’inflation, c’est un fait historique facilement observable. C’est la fiscalité qui est spoliatrice, pensez-donc : vous produisez = charges sociales (50 % du total), IR (14 à 45 % plus 3 à 4 %) et TVA (5, 10 à 20 %), ensuite TF et TH, ISF pour certains et DMTG (donations et successions), comment voulez-vous avoir un rendement correct après tous ce sprélèvements et surtout comment voulez vous investir? Seules solution baisser les dépenses publiques.

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