Canada : un « libéral » comme Premier ministre ?

Justin Trudeau (Crédits : Alex Guibord, licence CC BY 2.0)

Le social-démocrate Justin Trudeau serait-il en passe d’être le prochain Premier ministre canadien ?

Par Hadia Baïz
Un article de Trop Libre

Justin Trudeau by Alex Guibord(CC BY-ND 2.0)
Justin Trudeau by Alex Guibord(CC BY-ND 2.0)

L’orientation politique du Canada pourrait prendre un tournant inédit ce lundi 19 octobre, journée des élections fédérales qui investiront la 42ème législature du Parlement canadien. Longtemps peu pris au sérieux mais aujourd’hui en tête des sondages d’intention de vote, le libéral Justin Trudeau serait-il en passe d’être le prochain Premier ministre canadien ?

Une campagne électorale longue et agitée

Suite à la dissolution du Parlement le 2 août dernier par Stephen Harper, Premier ministre conservateur, depuis près de dix ans au pouvoir, la campagne électorale la plus longue de l’histoire du Canada a été déclenchée. Deux fois plus longue et deux fois plus coûteuse que celle de 2011, cette campagne aura duré en tout 78 jours.

78 jours pour séduire, convaincre et défendre sa « plate-forme », cela a semblé largement suffisant pour Justin Trudeau, chef du Parti Libéral, parti centriste de tendance social-démocrate, qui apparaît aujourd’hui comme le favori des sondages (37% des intentions de vote) et vient ainsi déstabiliser le tandem Conservateur Vs. NPD (nouveau parti démocratique) qui forme l’opposition officielle depuis 2011. Un bouleversement inattendu, comme le laissent penser les médias canadiens, qui témoigne d’un paysage politique bien plus mouvementé et marqué par la renaissance de partis comme le Bloc Québécois.

La « fraîcheur » de Justin Trudeau

Au pouvoir juste avant la victoire des conservateurs en 2006, les libéraux ont formé, ces dernières années, un parti instable et impopulaire avec notamment plusieurs changements de chef, le plus souvent des intellectuels que des personnalités politiques. L’arrivée de Justin Trudeau en 2013 à la tête du Parti fait alors grand bruit : qui est-il, ce « farceur » arriviste, à l’aube de la quarantaine, héritier et fils de l’ancien Premier ministre canadien Pierre Elliot Trudeau ? D’abord critiqué en raison d’un prétendu manque de maturité, il est aujourd’hui encensé pour ses qualités politiques « inattendues » et le vent de fraîcheur qu’il apporte au sein du Parti mais aussi sur la scène politique canadienne.

Une idée de Canadian dream

Enseignant, militant et chef de Parti, mais aussi boxeur et père de trois enfants (voir aussi l’histoire de la rencontre avec sa femme sur son site officiel), Justin Trudeau manie avec brio son image médiatique tout en menant une campagne extrêmement dense auprès des Canadiens de tous bords politiques : affirmant faire entièrement confiance aux électeurs pour choisir le « meilleur » gouvernement, il va même jusqu’à s’adresser directement aux fervents conservateurs. « Nous n’avons pas besoin de les convaincre d’abandonner le parti conservateur. Nous devons juste leur démontrer que c’est le Parti de Stephen Harper qui les a abandonnés » déclare-t-il, déterminé à prouver qu’une « nouvelle décennie comme celle de Stephen Harper » ne serait que néfaste. Sa plateforme à lui (« programme » à la canadienne), Changer ensemble proposerait au contraire une « vision […] d’un pays où tous et toutes ont une chance de réussir » avec des valeurs que l’on pourrait qualifier de « centristes » ou « social-démocrates », c’est-à-dire, plus à gauche que les conservateurs et plus à droite que le NPD.

La « plate-forme la plus progressive de l’histoire du Canada »

Face aux sondages qui le placent aujourd’hui en tête des intentions de vote, Justin Trudeau appelle les Canadiens à ne pas en tenir compte et à considérer davantage son programme politique.

Fondé sur le thème du changement, tout comme celui du NPD, et dans une optique de vote-sanction contre les conservateurs, le programme du Parti Libéral prévoit notamment un réajustement du système de taxes au profit des classes moyennes et défavorisées, une revalorisation de la prise de décision locale en particulier pour les politiques environnementales ou encore une « restauration de l’intégrité démocratique » avec une parité homme-femme dans les cabinets ; et il refuse une intervention contre ISIS en Irak et en Syrie (le NPD également). Quant aux débats épineux autour du niqab et de la marijuana, Justin Trudeau prend clairement position : « Je fais confiance aux Canadiens » affirme-t-il pour soutenir la légalisation de la marijuana, tandis que le port du niqab est selon lui, « un droit en tout temps et en tout lieu », et qu’il faut respecter les décisions de la Cour fédérale, y compris sur la question du port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté. Il accuse d’ailleurs le Premier ministre Stephen Harper de pratiquer une « politique de peur et de division » et d’en vouloir retirer des bénéfices électoraux.

Un « concours de popularité » ?

Si Justin Trudeau qualifie le programme de Thomas Mulcair, chef du NPD, d’un « plan mirage » qui ne pourrait jamais relever le pays des années Harper, le Parti Libéral n’est pas non plus épargné par des critiques et accusations : tandis que ses positions sur les questions fiscales et sociétales sont considérées, sans surprise, comme tout à fait scandaleuses par les conservateurs, l’attitude de Justin Trudeau est aussi remise en cause. « Cette élection est sérieuse », « ce n’est pas un concours de popularité » ont notamment condamné le ministre sortant des Finances, Joe Oliver, et l’ex-ministre des Affaires étrangères, John Baird. Un constat qui, cependant, ne devrait sûrement pas être imputé qu’au Parti Libéral…

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