Qu’est-ce que la « junk science » ?

Un certain nombre de faux savants ou d’escrocs met la science au service de ses intérêts ou de son idéologie.

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Qu’est-ce que la « junk science » ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 octobre 2015
- A +

Par Bernard Zimmern.

Doctor science credits JD Hancock (CC BY 2.0)
Doctor science credits JD Hancock (CC BY 2.0)

La science occupe dans notre vie une place de plus en plus importante, ne serait-ce qu’avec les développements de la médecine et des sciences de la vie. Il est certain qu’avec des chercheurs vivants aussi nombreux que la totalité des chercheurs qui ont pu exister, notre monde s’incline chaque jour davantage devant les édits des savants.

Mais c’est aussi ce qui permet à un certain nombre de faux savants ou d’escrocs de mettre la science au service de leurs intérêts ou de leur idéologie. Nous en avons de multiples preuves non seulement dans le domaine des sciences dites molles, comme l’économie ou même l’économétrie mais dans des domaines plus « durs » comme la chimie et la biologie.

C’est à l’une de ces grandes messes que nous allons assister fin novembre avec la grande manifestation pour le climat dont seront bien entendu exclus les climato-sceptiques.

junk science rené le honzecMais c’est ce qui se passe couramment sous l’influence de groupes de pression avec le bannissement des OGM ou la condamnation des inégalités par les égalitaristes et même par nos organes internationaux de mesure statistique les plus respectés.

Ces victoires sont étroitement associées au développement de ce qu’un site américain appelait la « junk science », la science camelote, consistant à présenter sous des dehors scientifiques ce qui n’est le plus souvent qu’affabulations.

On ne peut donc résister à publier un passage d’une publication d’un think-tank américain, « Capital Research Center »1 :

« Au printemps dernier, le Dr Johannes Bohannon et une équipe de scientifiques allemands ont découvert que les personnes mises au régime à faible teneur en glucides pourraient perdre du poids plus rapidement si elles mangeaient une barre de chocolat chaque jour.

Les rédactions du monde entier ont répondu avec empressement aux conclusions de Bohannon. « Excellentes Nouvelles : le chocolat peut vous aider à perdre du poids » a déclaré le Huffington Post Indes. Le Daily Mail du Royaume-Uni a explosé dans un titre, « Passez l’œuf de Pâques ! Une nouvelle étude révèle que la consommation de chocolat ne va pas affecter votre indice de masse corporelle … et peut même vous aider à perdre du poids !  »

Aux États-Unis, Modern Healthcare a conseillé : « Un régime amaigrissant ? Ne pas oublier le chocolat. » Le rapport a fait le tour du monde, avec la nouvelle de cette découverte sucrée sautant d’internet dans les médias écrits et la télévision. Le journal au plus fort tirage d’Europe, Bild, a obtenu dans l’action, la publication d’un rapport intitulé « Maigrir par le chocolat ! »

Les journalistes et les lecteurs sont passés au-dessus des détails trop-beaux-pour-être-vrais de la découverte et ont dévoré le gros de l’histoire.

Comme vous l’aurez deviné, la recherche de Bohannon était un canular.

Le chocolat n’est pas la clé de la perte de poids.

L’étude de santé a été fabriquée ; elle était un test de l’hypothèse que les scientifiques et les journalistes détectent rarement une science camelote.

Personne n’a vu la tromperie.

« Notre objectif n’était pas de montrer que les journalistes pourraient être trompés par les faussaires, mais plutôt que les scientifiques eux-mêmes, dans ce domaine et d’autres domaines, font les types d’erreurs que nous avons faites intentionnellement », a déclaré Bohannon, un journaliste dont le vrai prénom est John et qui est titulaire d’un doctorat en biologie moléculaire. « L’ensemble de ce domaine de la science est devenu corrompu par l’existence de normes [de qualité] vraiment pauvres entre les scientifiques et les journalistes.

Il expliqua au Washington Examiner que son intérêt pour le projet est né de son expérience personnelle : une publication qui avait laissé les reins de sa mère gravement endommagés. Bohannon commença à se demander combien d’autres études auraient échappé à une surveillance appropriée.

Jusqu’à quel point est-il facile de faire progresser de la science camelote sur le marché des idées ? Un journaliste de la télévision allemande nommé Peter Onneken l’avait approché avec le moyen de le savoir. « Il y a des gens intelligents ici-bas qui se font berner par ce genre de choses parce qu’ils pensent que les scientifiques savent ce qu’ils font », déclara-t-il.

Opérant sous une fausse organisation appelée l’Institut de l’alimentation et de la santé (Institute of Diet and Health), Bohannon et ses collaborateurs contactèrent des vrais cobayes humains et réalisèrent des tests, mais, quand ils ont publié les résultats, ils ont falsifié délibérément certaines de leurs données. Omettant des détails cruciaux, ils rédigèrent des communiqués de presse habiles et convaincants, mais faux, et attendirent pour voir combien dans les médias remarqueraient les anomalies.

Personne ne le fit.

« Pas une seule personne n’a revérifié nos recherches, dit-il. Personne n’a cherché l’avis d’experts indépendants. Personne ne lui a posé des questions sur d’éventuelles inexactitudes dans son travail. Je suis choqué par la gravité de ce type de comportement ».

Sur le web

  1. « Bee-mageddon, Magic Chocolate, and Bad Reporting on Science Junk science beats real science in newsrooms and in the halls of power » By T. Becket Adams. GreenWatch. Septembre 2015.
Voir les commentaires (12)

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  • oui, mais , je vais radoter, il faut sauf à se perdre dans des débats stériles affiner la terminologie.

    Le terme de scientifique est trop flou….

    Nous avons des chercheurs…
    des chercheurs professionnels,
    des savants dans un domaine ( les scientifiques au vrai sens du terme ; ceux qui savent un ensemble de faits vérifiés , tout en connaissant les limites et la relativité de leur savoir)..

    Les chercheurs professionnels sont souvent qualifiés de scientifiques or, compte tenu du volume de travail produit, le travail de contre vérification qui est censé garantir une qualité standard des travaux n’est pas assuré… Une masse considérable de publications sans valeur est produite et le problème est que cela garantit la carrière des chercheurs et leur financement.
    L’institution science PEUT pourrir par le financement et l’incompétence, l’absence ou l’existence de desseins des décideurs.
    Si toute vérité ou connaissance se vaut, il est clair que certaines recherches ont plus d’intérêts pour les gens qui financent la recherche que d’autres.
    Le décideurs publics saupoudrent certains chercheurs avec l’idée un peu floue d’une utilité reconnu de ceux ci, archéologues , paléontologues etc.. tandis qu’ils pensent pouvoir discerner , tel un investisseurs lambda des domaines, de recherche ou chaque sou mis en rapportera dix…

    le financement public de la recherche repose sur l’idée qu’un intérêt commun est définissable…

    Il faut aussi aborder le corporatisme et la trouille que le public qui vous paye soit mis à un moment où un autre en position de connaitre la nature exacte des travaux , qualité et objectif; alors que les scintifiques professionnels devraient être tenu de présenter les résultats de leur boulot de façon objective, il l’enjolive de façon presque systématique et refusent m^me toute évaluation par un tiers…

    Il n’y a pas de junk science, c’est ou ce n’est pas de la science… il y a par contre des sciences sans intérêts pour vous. Avec votre argent et surtout sans votre consentement seront effectués des tests pour savoir si tel pharaon a couché avec sa soeur… ça peut être passionnant pour certains; mais pour d’autres, si il n’y avait pas un rideau de fumée et un enfumage donnant à tout travail scientifique une importance quasi religieuse et mystérieuse, ça serait inacceptable.

    Il faut simplement que la science revienne à l’idée que la science c’est un ensemble de connaissances vérifiées…

  • Il n’y a pas de scientifique sans qu’il prouve ce qu’il affirme.
    D’une manière claire accessible et répétée !!
    Sans preuve , un « consensus » de 97%, ne prouve rien. absolument rien
    Seule l’expérience multiplement vérifiée prouve .

  • Il existe d’excellents journalistes scientifiques dans certains grands medias, le problème est que dans les disciplines relevant de la biologie, l’écologie, la climatologie, la nutrition ou la chimie ces bons scientifiques sont persona non grata. Allez donc voir ailleurs. Il leur est préféré des charlots incultes et idéologues mais dont les articles racoleurs ou qui jouent sur les peurs font recette auprès d’un public peu soucieux de rigueur et pas toujours averti de la chose scientifique.

    Quant aux scientifiques, le plus grand danger, outre la recherche de faire les gros titres, est leur acceptation d’une tutelle politique sur leurs travaux.
    Le GIEC est la caricature même de cette soumission mais chance pour ceux qui en tirent profit, ils ont encore quelques bonnes années devant eux avant que la supercherie ne soit dévoilée. Je le dis en étant pourtant convaincu qu’il existe bien un effet de serre anthropique mais les projections du GIEC sont une pure foutaise.

  • Soyons concrets :

    http://www.lepoint.fr/science/les-fourmis-ces-grosses-faineantes-02-10-2015-1970055_25.php

    – Des « scientifiques » ont passé leur temps à buller en observant des fourmis et ont conclu que la moitié des fourmis passaient leur temps à buller.

    – Grâce à l’argent du contribuable, les auteurs de l’étude ne savent évidemment pas si c’est une caractéristique des fourmis, un dysfonctionnement particulier ou commun à toutes les fourmilières, où s’ils n’ont simplement pas compris le rôle des fourmis qui bullent toute la journée.

    – Les grands reporters scientifiques du Monde et du Point font donc état de cette découverte fondamentale qui va changer le monde et Google News rapporte cette nouvelle sensationnelle bien plus importante que l’économie, les problèmes sociaux, le chômage, la vraie science ou la bête technologie qui pourrait modifier la société ou créer de l’emploi.

  • J’ai laissé un billet dans mon blog début septembre relatif au refroidissement climatique annoncé par certains géophysiciens :
    https://jacqueshenry.wordpress.com/2015/09/05/rechauffement-climatique-episode-6-fraude-scientifique-par-omission-leffet-du-soleil/
    J’ai eu plusieurs échanges de mails avec l’auteure de l’étude sur les fluctuations de la dynamo solaire. Elle était d’accord sur le principe que je ferais part de ses travaux dans mon blog. Cependant elle m’a demandé avec insistance de ne pas mentionner qu’on pouvait en déduire un refroidissement climatique (alors que c’est pourtant l’évidence) au risque de se voir inspectée par les sbires de Greenpeace, du WWF et consorts et de ne plus avoir de grants (crédits de recherche) pour poursuivre ses travaux de mathématicienne appliqués à la physique solaire.
    Je pourrais citer d’autres exemples de déviation de la science pour être en conformité avec le dogme du réchauffement climatique. Et quand on sait que le comité de lecture (peer-review) d’un journal comme « Nature Climate Change » ne peut pas ne pas être orienté, il est légitime d’émettre des doutes sur des pans entiers de la science contemporaine …

  • Est il besoin de s’étonner…

    Y a t’il un journaliste qui fasse son travail tel qu’il nous est présenté dans la vision romantique du métier?

    des passe-plats et des champions du copier / coller, ouais.

  • « Pas une seule personne n’a revérifié nos recherches, dit-il. Personne n’a cherché l’avis d’experts indépendants. Personne ne lui a posé des questions sur d’éventuelles inexactitudes dans son travail. Je suis choqué par la gravité de ce type de comportement ».

    Avec Bohannon, on est tombé sur un vrai naïf.
    Il doit se faire refiler à tour de bras des aspirateurs par les vendeurs à domicile ce garçon.

    Quand on balance une information comme celle de l’article sur le chocolat, je ne vois pas pourquoi il faudrait s’attendre à ce que quelqu’un vérifie.

  • Des professionnels qui baclent le travail, délibérement ou par incompétence, il y en a dans tous les domaines. La difficulté dans la recherche est dans l’évaluation. Les scientifiques travaillent sur des sujets pointus et seuls les spécialistes du secteur sont à même de les évaluer. Les journalistes sont fatalement dépassés. Le grand public aussi. L’évaluation par les pairs, en particulier au travers des publications, reste le seul système admis. Il est imparfait, mais comment faire autrement?

  • Il y a une tendance depuis quelques années aux adeptes des sciences humaines à vouloir s’ingérer dans la recherche en sciences exactes qui par définition n’a pas d’orientation politique ou sociale. quand des sociologues se mettent à vouloir décider de ce que la science doit être et de ce qu’elle doit faire, on va droit dans le mur (les sciences humaines, j’en suis …. et ce me désole de voir cela)

  • Que vous soyez choqué, cher Monsieur, atteste de votre fraîcheur d’âme 🙂

    Les journalistes n’en ont rien à faire que le puceron à pattes palmées pétri en purée réduise ou non l’échec scolaire, ou que le cornet de frites-mayonnaise soit le précurseur d’une carrière de top modèle …

    Ce qui compte, c’est LE TITRE ! Celui qui fait que tous les cancres, tous les parents affligés, et toutes les bonnes grosses se ruent sur le journal !

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