Économie collaborative : le coavionnage arrive en France !

Départ d'avion (Crédit : Gabriel Rocha, Creative Commons)

Économie collaborative : après le covoiturage, le coavionnage ?

Par Romain Ryon.

Départ d'avion (Crédit : Gabriel Rocha, Creative Commons)
Départ d’avion (Crédit : Gabriel Rocha, Creative Commons)

L’économie collaborative repose sur une consommation moderne, basée sur un lien direct entre producteurs et consommateurs, sans intermédiaires, sur l’usage plutôt que la propriété. Comme tout système disruptif celui-ci cherche à bouleverser les schémas traditionnels de secteurs économiques qui ne dépendaient dès lors que de la vente de produit physique.

De AirBnB à Uber en passant par BlaBlaCar, le succès de ces pratiques est favorisé par l’utilisation d’outils numériques permettant la mise en relation directe et presque instantanée des consommateurs entre eux.

Le succès de ces startups est aujourd’hui très simple à expliquer, il repose sur la monétisation d’un actif jusque là inutilisé pour faire bénéficier offreurs et demandeurs du bien/service respectif. En ce sens, la société Wingly a osé le pari de pouvoir démocratiser le coavionnage en France.

Le coavionnage fonctionne sur le même principe que le covoiturage, il s’agit, via une plateforme internet, de mettre en relation pilotes et passagers. Cette mise en relation présente un double intérêt, d’une part elle permet au pilote de pouvoir effectuer des heures de vol à frais partagés et d’autre part, le partage des coûts permet au passager de voyager à des prix raisonnables.

Aujourd’hui, compte tenu du prix élevé d’une heure de vol (environ 160 euros/heure sur un DR400) et de celui d’une licence de pilote privée (environ 6000 euros) cette nouvelle forme de mise en relation apparaît comme une opportunité importante pour les pilotes.

Cependant, cette reconfiguration du marché des transports n’est pas passée inaperçue auprès de la direction générale de l’aviation civile (DGAC) qui, dans un communiqué du 15 septembre 2015, est venue mettre en garde contre cette pratique, avec comme principaux arguments l’assimilation de ces vols à du transport public de passagers et des garanties de sécurité qui ne seraient pas respectées.

Il convient cependant de venir clarifier certains points :

  • Le vol à frais partagés ne peut s’assimiler à du transport public, il s’agit là de « petits » avions (essentiellement DR400 et Cessna 172) pouvant transporter au maximum 3 passagers.
  • Par ailleurs, ces avions ne permettent pas de concurrencer les compagnies aériennes traditionnelles compte tenu des coûts fixes (location) qui sont à la charge du pilote et de ses passagers.
  • On ne peut assimiler cette activité à du « transport public », cette mise en relation n’a pas pour objectif la réalisation de profit mais bien un partage équivalent des coûts entre les occupants de l’aéronef.

Malgré tout, dans un baroud d’honneur propre au syndicalisme français, l’Union Syndicale du Personnel Navigant Technique (USPNT) est venue s’insurger contre cette nouvelle pratique allant même jusqu’à prétendre que celle-ci serait interdite en France.

« L’USPNT se félicite que la DGAC dans son communiqué de presse du 15 septembre 2015 sur le coavionnage reprenne à son compte les arguments soumis par l’USPNT dans son courrier du début du mois d’août envoyé à Madame la Ministre de l’Écologie du Développement Durable et de l’Énergie.

C’est ainsi que la DGAC rappelle que le coavionnage public est interdit en France. Un pilote privé ne peut transporter que des passagers faisant partie de son cercle de connaissances »

(Extrait du communiqué de presse de l’USPNT en date du 16 septembre 2015.)

Je ne peux que conseiller à l’USPNT de s’intéresser aux règles de droit qui réglementent son secteur d’activité et de ne pas simplement faire une interprétation du droit hasardeuse et à son profit.

En effet, le vol à frais partagés est une pratique parfaitement légale en France et en Europe. Le règlement (UE) n°379/2014 de la Commission du 7 avril 2014 modifiant l’article 6 du règlement (UE) n°965/2012 prévoit ainsi que les vols à frais partagés par des particuliers sont possibles « à condition que le coût direct soit réparti entre tous les occupants de l’appareil, y compris le pilote, et que le nombre de personnes supportant le coût direct ne dépasse pas six ».

Par ailleurs, il n’y aucune précision sur les passagers pouvant être transportés par le pilote, il ne se limite donc pas aux simples « cercles de connaissances » de celui-ci.

Malheureusement, ce n’est pas la mauvaise foi intellectuelle de l’USPNT qui suscitera l’adhésion du plus grand nombre.

On peut donc espérer que l’État, sous la pression des syndicats, ne vienne pas s’acharner à lutter contre cette révolution en marche qu’est l’économie collaborative.