Profs de sport : la facture qui fait mal

Coach (dad) pumps up the team credits Jim Larrison via Flickr ( (CC BY 2.0)

Le sport fait vivre des bataillons de profs en laissant une addition de plusieurs milliards d’euros au contribuable.

Par Alexis Constant.

Coach (dad) pumps up the team credits Jim Larrison via Flickr ( (CC BY 2.0)
Coach (dad) pumps up the team credits Jim Larrison via Flickr ( (CC BY 2.0)

Ne pas confondre : les professeurs d’éducation physique et sportive (EPS) qui dépendent du ministère de l’Éducation nationale et que l’on trouve dans tous les établissements scolaires, et les professeurs de sport.

Les premiers sont payés par la rue de Grenelle pour leur concours au sport scolaire et universitaire (Sciences et techniques des activités physiques et sportives, STAPS). Enseignement public et privé confondus, ils sont près de 40 000 au total et coûtent 3,5 milliards d’euros par an. Les autres émargent au budget du ministère de la Ville, de la Jeunesse et des Sports.

Autre différence : alors que les EPS sont polyvalents, les profs de sport, fonctionnaires de catégorie A, sont spécialisés dans une discipline. Ils sont payés pour entraîner des «espoirs», former d’autres fonctionnaires, promouvoir le sport…

Des super profs : les conseillers techniques sportifs 

prof de sport rené le honzecCertains de ces missi dominici sont mis à la disposition des fédérations sportives. Ils prennent alors le statut dérogatoire de conseillers techniques sportifs (CTS). Selon la Cour des comptes, 1 680 CTS sont placés auprès de 77 fédérations sportives. Coût pour le contribuable : de l’ordre de 110 millions d’euros par an. « La question de leur gestion et de leur répartition entre les fédérations est posée de façon récurrente, sans avoir trouvé jusqu’à présent de solution satisfaisante », indique la Cour des comptes.

Parmi les points à améliorer dans la gestion de ces personnels, leur mode de rémunération, qui est composé de trois éléments : le traitement indiciaire, une indemnité de sujétion (« compléments subventionnés » sur crédits d’État) et un complément éventuel de rémunération versé par la Fédération sur ses ressources propres, précisent les magistrats de la rue Cambon.

Compléments « subventionnés » et compléments de rémunération constituent un appoint substantiel. En 2010 (derniers chiffres disponibles) chaque CTS percevait 1 358 euros de prime annuelle subventionnée. Avec en sus, un complément de rémunération qui pour 28 d’entre eux dépasse la somme de 30 000 euros annuels, voire plus de 130 000 euros pour le directeur technique d’une grande fédération, qui n’est pas celle de football, celle-ci ayant refusé de communiquer ses informations à la Cour des comptes.

Ces super profs jouent gagnant à tous les coups puisqu’ils cumulent une rémunération publique et un défraiement privé, dont le montant n’est pas plafonné. Résultat, certains directeurs techniques touchent plus au titre de leur rémunération privée que publique et on peut se demander à quelle hiérarchie ils sont d’abord fidèles.

Les cadres techniques signant un contrat de « préparation olympique » bénéficient aussi d’un statut de super prof. Lorsqu’ils préparent des athlètes aux Jeux olympiques, ils peuvent alors toucher un salaire supérieur à la rémunération statutaire des professeurs de sport. D’abord distribués au compte-gouttes, ces contrats profiteraient aujourd’hui à plus de 400 personnes.

Aux dépenses consacrées au sport de haut niveau, s’ajoutent celles dédiées au sport de tous les jours. Elles consomment une partie du budget de l’Éducation nationale avec le salaire des profs d’EPS, des dizaines de milliers d’enseignants sélectionnés sur concours. Ils perçoivent un salaire net minimum de 1 690 euros après 2 ans de carrière et un maximum de 2 973 euros (chiffres 2014) après 30 ans de stade. Pas de quoi faire rêver un fonctionnaire du ministère des Sports !

À l’effort du ministère de l’Éducation nationale s’ajoutent les 833 millions d’euros du budget des Sports. Un ministère à forte tournure égalitariste. Avec l’opération « Sport pour tous », il demande aux profs de dérouler le saint tapis de l’intégration par le sport dans les banlieues. Leur mission (circulaire du 30 novembre 2012) : assurer le « développement et l’expression des potentiels de la jeunesse des quartiers populaires » en multipliant les équipements sportifs dans les zones « de diversité ». Cet éparpillement fait les beaux jours de nombreux animateurs sportifs. Même si beaucoup ne roulent pas sur l’or.

Pour alimenter la cassette des sports, l’État utilise également les fonds que le Centre national pour le développement du sport (CNDS) récolte en taxant la Française des Jeux ou en prélevant son écot sur les retransmissions sportives télévisées. Le budget de ce «machin» est d’environ 270 millions d’euros par an.

Une partie des fonds du CNDS est utilisée par des personnels dont le rôle est d’augmenter le nombre de profs. Ils favorisent la création de postes d’éducateurs sportifs (diplômés d’État) dans les structures associatives en les subventionnant pendant 4 ans. En définitive, toute cette diaspora parapublique est financée avec l’argent des contribuables.

  • « Sport et argent public : la France qui perd »Les Enquêtes du contribuable d’août/septembre 2015 – 5,50 €€. En kiosque. Vous pouvez commander en ligne ce numéro. 

Sur le web