Police privée : ça existe et ça fonctionne !

Ian Fuller-DSC02983(CC BY-NC 2.0)

Quand les services publics ne conviennent pas à la population, des entrepreneurs trouvent le moyen de satisfaire la demande, y compris pour la sécurité.

Par le Minarchiste

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Ian Fuller-Patrol Ford Police(CC BY-NC 2.0)

 

Pour plusieurs économistes, l’une des justifications de l’existence des gouvernements est la gestion des biens publics. Ces biens sont des choses dont tout le monde bénéficie, mais pour lesquelles il n’est pas possible de facturer les usagers. Plus exactement, pour que l’on considère un bien comme public, il faut 1) qu’on ne puisse empêcher certaines personnes de l’utiliser et 2) que l’utilisation par certains ne réduisent pas la disponibilité du bien aux autres. Les exemples fréquents sont la défense nationale, les phares maritimes, les systèmes de gestion des inondations et l’éclairage des rues. Selon plusieurs, les services policiers entrent dans cette catégorie. Encore une fois, les faits nous démontrent que ce n’est pas le cas…

Au 19e siècle, les polices privées étaient fréquentes aux États-Unis. Il y avait entre autre la fameuse agence Pinkerton dans le Far West. Croyez-le on non, la ville de San Francisco bénéficie encore des services de policiers privés… et ça semble très bien fonctionner ! La San Francisco Patrol Special Police existe depuis 1847, au moment de la ruée vers l’or californienne. À l’époque, la ville comportait 20 000 habitants et aucun service de police. C’est pourquoi les habitants ont créé un service de police privé, financé par les commerçants.

Les 40 officiers de l’agence opèrent en parallèle avec les services municipaux, qui comptent 2 500 agents. Depuis 1994, ils ne peuvent procéder qu’à des arrestations civiles, mais ils sont tout de même armés et portent un badge. Ils sont engagés par des commerçants, des associations de propriétaires résidentiels, des organisateurs d’événements et même par le gouvernement. Les services présentement offerts incluent la patrouille de base (d’une propriété et de ses environs), le service de fermeture (d’un commerce), la réponse suite au déclenchement de l’alarme, les appels d’urgence et les escortes de transport.

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Source : Wikipedia (domaine public)

Un sondage réalisé auprès des clients du service en 2009 a révélé que ceux-ci appréciaient le professionnalisme et le niveau de courtoisie des agents. Les clients ont mentionné que les agents s’adaptaient particulièrement bien aux besoins spécifiques de la tâche qui leur était confiée. Les problèmes étaient résolus rapidement et avec discrétion. Les agents sont perçus comme étant proactifs de manière à résoudre les délits mineurs efficacement et à prévenir les crimes plus sérieux. Leur temps de réponse est aussi beaucoup plus rapide. En revanche, ces clients ont mentionné que le service de police public n’est pas digne de confiance et met trop de temps à arriver.

En fait, le SFPSP ne remplace pas le service de police public. Le budget du San Francisco Police Department est de $250.000 par année par agent, ce qui n’inclut pas les coûts reliés aux régimes de retraite ! À un tel coût, il est normal que la ville ne soit pas tentée d’augmenter la capacité du service. C’est pourquoi les citoyens demeurent insatisfaits des services de police publics, d’autant plus que ceux-ci sont bien occupés à tenter d’atteindre leurs quotas de contraventions routières et à courir après les petits vendeurs de drogues, ce qui ne laisse pas beaucoup de temps pour protéger la population.

Cependant, l’ampleur du SFPSP n’a cessé de diminuer depuis 1916. C’est le syndicat des policiers gouvernementaux qui a fait du lobbying pour qu’en 1994, leur droit de procéder à une arrestation formelle leur soit retiré (voir ceci). En fait, le syndicat fait tout ce qu’il peut pour nuire et éventuellement éradiquer le SFPSP. Le nombre d’agents est alors passé de 250 à 18 en quelques années, pour remonter à 40 aujourd’hui (en 1916, ils étaient près de 1.200). Le syndicat n’aime pas le SFPSP puisqu’en cas de grève des policiers publics, le SFPSP peut prendre la relève, ce qui réduit le pouvoir de négociation du syndicat (c’est arrivé en 1975). Par ailleurs, plusieurs policiers retraités démarrent leur propre agence de sécurité, avec lesquelles la SFPSP entre en concurrence…

Le service de police n’est pas nécessairement un bien public. Il serait possible de privatiser la grande majorité des forces de police. Pensez à une ville comme s’il s’agissait d’un gigantesque centre commercial. Quand vous allez faire des courses, avez-vous à payer pour le toit au-dessus de votre tête, pour l’eau des lavabos, pour les toilettes, les agents de sécurité, l’éclairage des aires communes, la musique ambiante, la climatisation, le déneigement du stationnement ? Non, ces choses sont payées par les commerçants à travers leurs loyers et vous les payez à travers les prix des produits que vous achetez. À San Francisco, la police fonctionnait jadis de la même manière, mais à plus grande échelle.

Conclusion

Bien public ou pas, quand les services publics ne conviennent pas à la population, des entrepreneurs trouvent moyen de satisfaire la demande convenablement. Les services de police ne constituent pas une exception, ni une « faille de marché ». D’ailleurs, dans son livre de 1974, Ronald Coase a démontré que même les phares maritimes ne sont pas des biens publics. Il observa qu’ils pouvaient être financés par les ports environnants et leurs coûts absorbés par les frais portuaires à la charge des bateaux accostant.

Finalement, il semble donc qu’un bien public soit une chose qui n’existe pas.

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