Arabie Saoudite : l’hypocrisie barbare

Saudi Arabia grunge flag credits Nicoals Raymond via Flickr ( (CC BY 2.0)

Ali Mohammed al-Nimr encourt la peine de mort pour avoir osé manifester.

Par Stéphane Montabert, depuis Renens, Suisse.

Saudi Arabia grunge flag credits Nicoals Raymond via Flickr ( (CC BY 2.0)
Saudi Arabia grunge flag credits Nicoals Raymond via Flickr ( (CC BY 2.0)

Il y a deux jours de cela, vous n’aviez probablement jamais entendu parler d’Ali Mohammed al-Nimr. Le portrait du jeune Saoudien s’affiche désormais partout. Les médias font leur travail, mais un peu tard : cela fait un an déjà qu’il a été condamné à mort. Son dernier appel vient d’être rejeté. Il peut donc être exécuté à tout moment. Et pas de n’importe quelle façon :

« Le condamné sera décapité. Son corps sera ensuite monté sur une croix et exposé publiquement jusqu’au pourrissement de ses chairs. »

En réparation de quoi la justice d’un pays peut exiger cette débauche de barbarie ? De quel crime inqualifiable Ali Mohammed al-Nimr s’est-il rendu coupable ?

Il a manifesté.

Il aurait – le conditionnel est de rigueur – participé à une manifestation en 2012 dans la région de Qatif et, employant toujours le conditionnel, aurait lancé des projectiles en direction des policiers. Il est difficile de savoir avec exactitude de quoi il retourne malgré ses aveux complets, ceux-ci lui ayant été extorqués sous la torture.

Ali Mohammed al-Nimr était mineur au moment des faits. Il était encore mineur lorsqu’il fut torturé par les autorités du royaume pour lui faire avouer tout ce que ses geôliers voulaient entendre.

Dire qu’il suffit de contempler l’Arabie Saoudite pour se retrouver au Moyen Âge serait une insulte faite au Moyen Âge. Il y a une explication derrière la sévérité de la sentence à l’encontre du jeune homme : il est le neveu d’un des plus fervents opposants au régime, le dignitaire religieux Nimr Baqer Al-Nimr. Comme ce dernier, Ali Mohammed est chiite, une minorité bien peu tolérée au pays du sunnisme absolu. Il s’agit donc de tuer le neveu pour frapper l’oncle. En Arabie Saoudite, on ne fait pas dans la dentelle.

Peut-être verrons-nous des manifestations spontanées de par le monde pour tenter de sauver la vie d’Ali Mohammed al-Nimr, mais je n’y crois pas trop ; d’expérience – et sans même effleurer l’à-propos du verdict dans cette affaire – les manifestants contre la peine de mort se font plutôt rares lorsque le pays désigné n’est pas les États-Unis. Les Saoudiens ont pourtant le sabre leste, depuis le début de l’année, le royaume a déjà exécuté 134 condamnés.

CParabieTout au plus voyons-nous quelques manifestations de mauvaise humeur surgies de certains officiels des Nations unies, à Genève. Le timing choisi par la justice saoudienne est mauvais : le lundi, on nomine l’Arabie Saoudite à la tête d’un groupe stratégique du Conseil des droits de l’homme, et le jeudi de la même semaine, on décapite et on crucifie jusqu’au pourrissement des chairs. Quel agenda chargé !

Notez bien que depuis la première condamnation du jeune Ali Mohammed, les vaillants diplomates de nos instances internationales auraient pu se pencher davantage sur le royaume des Al Saoud. Ils savaient très bien ce qui s’y passait. Quelques-unes des 2208 victimes de la peine de mort depuis 1985, parmi lesquelles plus d’un millier d’étrangers, des mineurs et des handicapés mentaux, auraient pu amener une petite enquête. Même récemment nos bureaucrates ont des piqûres de rappel sur les droits de l’homme, comme les 10 ans de prison et les mille coups de fouet infligés à Raif Badawi, un abominable blogueur.

Ils n’ont rien fait.

Et ils ne feront rien.

C’est pour cela et nulle autre chose que le hasard des décisions de justice saoudienne déplaît en haut lieu : le hasard de l’actualité met sous le feu des projecteurs l’inaction et la corruption si caractéristiques des organisations internationales. Voilà ce qui les dérange et rien d’autre, et certainement pas ce qu’il adviendra d’Ali Mohammed al-Nimr.

Alors, faites-vous bien à cette idée : l’Arabie Saoudite est membre de plein droit du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, comme 46 autres pays, comme le Pakistan qui prodiguait récemment encore ses bons conseils à la Suisse. Et non seulement un membre de plein droit mais un membre respecté, puisque désormais à la présidence du comité qui nomme ses experts. Trois fois rien en somme !

Il paraît qu’il y a encore des gens pour avoir la foi dans les nids de vipères que sont les institutions internationales. On en trouve de grands fans jusque dans le gouvernement helvétique. Ils pensent que ces bureaucraties supranationales sont l’avenir de l’humanité. Suivant ce qui leur tient lieu de logique, leur suggestion la plus appropriée pour sauver Ali Mohammed al-Nimr aujourd’hui serait probablement… de convoquer le Conseil des droits de l’homme.


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